Déposition du médecin traitant, le 16 novembre
J’ai été appelé près de la femme Mo... lundi dernier, à 2 heures de relevée.
L’état de la malade, qui n’offrait aucune analogie avec les accidents qui peuvent se produire dans les fausses couches, m’a littéralement frappé.
La femme Mo... était froide, elle avait le visage taché de noir, et comme ecchymosé. Elle avait un refroidissement comme dans la dernière période cholérique, des vomissements verdâtres. Elle se plaignait de souffrances dans le ventre.
ANNEXES
Tous ces symptômes ont attiré mon attention d’une façon particulière, et m’ont conduit à penser que je me trouvais en présence d’un avortement provoqué.
Lors d’une dernière visite, dans la nuit du lundi au mardi, vers d heure du matin, j'ai adressé quelques questions à la malade, après avoir demandé qu’on me laissât seul avec elle.
Je n’ai pu que lui faire des questions générales.
Je lui ai demandé si, lors d’une fausse couche remontant à quatre ans, la femme Ro... n’avait pas pratiqué sur elle des manœuvres de nature à déterminer un avortement.
La malade a hésité un peu, puis elle m’a répondu affirmativement.
Alors je lui ai demandé si, dans le cas présent, l’avortement n’avait pas encore été provoqué comme la fois précédente par la même sage-femme.
Après des hésitations plus prononcées qu’à la première question, la femme Mo... m’a répondu affirmativement, mais en bégayant selon son habitude, et de telle sorte que son attitude, son geste, ont plutôt formé ma conviction que sa parole.
J’ignorais qu’on nous entendît et j’ai su depuis que les personnes de sa famille, restées sur le palier, et plus habituées que moi à saisir ses paroles, malgré le bégaiement, auraient nettement entendu ces paroles : «Oui! Et puis après? »
Je crois, en effet, que ce sont bien là les paroles qu’elle a prononcées.
J’ignorais que la femme Ro... fût présente lors de mes dernières visites.
Je l’avais interpellée le matin et ne lui avais pas déguisé que j’avais des soupçons sur ses agissements dans la circonstance même.
C’est le lundi, à 2 heures de relevée, lors de ma première visite à la femme Mo..., que j’ai ainsi interpellé la femme Ro....
Lecture faite, le Dr To,.. a persisté et signé avec nous.