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AVORTEMENT PROVOQUÉ PAR INSTRUMENT PIQUANT

Serment préalablement prêté, ai procédé à cette autopsie, le 5 mai 1886.

Le cadavre est celui d’une peune femme de vingt-huit ans environ, mesurant lm,65 et paraissant bien constituée. La putréfaction est très avancée; les gaz qui s’échappent par les différentes ponctions pratiquées sur ce cadavre brûlent avec une flamme bleuâtre. On ne constate aucune trace de violences sur les différentes parties du corps. Par la pression des seins, on fait sourdre un peu de colostrum. Il s’écoule par le nez un peu de liquide san- ‘guinolent. On ne constate pas de pointillé hémorragique sur les épaules.

Il n’y a pas d’épanchement sanguin sous le cuir chevelu. Les os • du crâne ne sont pas fracturés. Le cerveau est un peu exsangue ; il présente une coloration mastic et une consistance très molle. Le cerveau, le bulbe et le cervelet ne présentent aucune lésion, ni tumeur.

L’œsophage, le larynx et la trachée sont sains. Il existe un petit épanchement sanguin dans le corps thyroïde.

Les plèvres contiennent une certaine quantité de liquide teinté en rouge par transsudation de la matière colorante du sang. Le poumon droit est retenu par quelques adhérences. Les poumons sont très peu congestionnés et ne contiennent pas de tubercules.

Le péricarde contient un peu de liquide de transsudation. Il n’y a pas d’ecchymoses sous-péricardiques. Le cœur n’est pas volumineux ; il est mou et flasque. Le ventricule droit contient un caillot assez volumineux, le ventricule gauche est vide. Les valvules sont saines.

L’estomac est vide et sa muqueuse, qui est fcolorée par la bile, ne présente pas d’ulcération.

Le foie est putréfié, les fragments surnagent. La vésicule biliaire ne renferme pas de calcul.

La rate est putréfiée et très diffluente.

Les reins sont également putréfiés ; ils se décortiquent très facilement.

Les intestins paraissent sains. La cavité abdominale ne contient pas d’épanchement. L’ovaire gauche présente quelques adhérences anciennes avec l’S iliaque.

Sur la face antérieure de l’utérus, se trouve *une petite bosse, entourée de fausses membranes récentes. L’incision de celte petite bosse permet de constater qu’elle est formée par un décollement du péritoine, séparé de l’utérus par un peu de pus sanieux. Au niveau du cul-de-sac péritonéal, se trouvent quelques débris de caillots

ANNEXES

sanguins ayant déjà subi une dégénérescence ocreuse et paraissant remonter à quelques jours.

L’utérus, y compris ses annexes, pèse 220 grammes; il mesure 12,2 de longueur et 8 centimètres de largeur, d’une trompe à l’autre.

Le col de l’utérus est gros et mou ; à l’œil nu, il ne présente pas d’ulcération.

Sur la face antérieure de la muqueuse utérine, se trouvent des débris tomenleux du placenta. Cette insertion placentaire correspond à la petite bosse constatée sur la face antérieure de l’utérus. A ce niveau, la coupe de l’utérus présente un petit trajet infiltré de sang faisant communiquer la face interne avec la bosse qui faisait saillie sur la face externe de la paroi antérieure.

L’ovaire droit présente un corps jaune affleurant la surface externe. Cet ovaire ne présente rien de particulier.

La vessie est vide et sa muqueuse est saine.

Conclusions. — 1° Le cadavre de cette femme ne présente aucune lésion viscérale permettant d’expliquer une mort naturelle;

2° La putréfaction est trop avancée pour qu’il soit actuellement possible de constater des traces de violences qui n’auraient intéressé que les parties superficielles de la peau ;

3° Le développement de l’utérus, d’une part, et les débris d’une insertion placentaire sur une des faces de cet organe, d’autre part, indiquent que cette femme a fait récemment une fausse couche;

4° Par suite de la rétraction de l’utérus, après l’expulsion du fœtus, et des dimensions que cet organe présente actuellement, il est probable que cette femme était arrivée au quatrième ou cinquième mois de la grossesse ;

5° Leslésions constatées sur l’utérus indiquent qu’un instrument rigide, analogue à une sonde, a été introduit dans l’utérus, qu’il a perforé incomplètement la paroi antérieure. Cette manœuvre a été pratiquée très vraisemblablement dans le but de provoquer un avortement.

11. — Avortement provoqué par des manœuvres directes. — Mort. — Mutilation du cadavre (4).

Ce fait d’avortement provoqué par manœuvres directes, suivi de mutilation du cadavre, en apparence inouï, n’est pas sans

(1) Tardieu, Avortement , 5e édition, 1898, p. 172.

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