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Maladies infectieuses

D’une manière générale, toutes les maladies de la mère prédisposent aux fausses couches, mais plus particulièrement les maladies infectieuses.

1° Variole. — Je vous ai dit, en étudiant l’historique de l’avortement provoqué, que l’inoculation variolique, chez une femme qui n’a pas encore été atteinte de cette maladie, est, pour les Arabes, un moyen de provoquer l’avortement (t).

Depuis bien des siècles, la fréquence considérable des avortements au cours de l’infection variolique a été signalée. Mauriceau (2) en parle ; en 1785, Borsieri rapporte des cas d’avortements (3); Thomas, sur 7 observations qu’il publie, relate 7 avortements et 6 morts (4). Serres, sur une statistique de 27 femmes atteintes de variole, note 22 avortements (5). Plus près de nous, Welch a constaté 14 avortements sur 20 cas (6), et Jobard sur 8 cas de variole discrète a noté 4 avortements (7).

(1) Voy- p. 32.

(2) Mauriceau, Traité des maladies des femmes grosses.

(3) Borsieri, Institutiones medicinæ practicæ. Milan, 1785.

(4) Thomas, Dissertation sur la variole chez les femmes enceintes. Thèse de Paris, 1829.

(5) Serres, Gazette médicale de Paris , 1832.

(6) Welch, Philadelphia medical Times , 1878.

(7) Jobard, Influence de la variole sur la grossesse et le produit de la conception. Thèse de Paris, 1880.

Le moment de l’avortement est variable. Suivant Lothar- Meyer, l’influence la plus néfaste de l’infection variolique s’observerait surtout à partir du troisième mois. Voici sa statistique. Sur :

23 femmes enceintes de 1 à 3 mois 5 avortements.

18 — 4 à 7 mois 12 —

6 — plus de 7 mois 5 —

Lop a étudié cette question (1); il donne les chiffres suivants. Sur :

Il femmes enceintes de 1 à 3 mois 2 avortements.

14 — 4 à 7 mois 4 —

7 — plus de 7 mois 3 —

Talamon, sur 6 femmes enceintes de moins de six mois, atteintes de variole, ne constata qu’un seul avortement, alors que sur 18 femmes enceintes de six à neuf mois, 13 avortèrent.

L’avortement est d’autant plus fréquent que l’infection de l’organisme est plus profonde. Lesueur a étudié ce point spécial en compulsant les observations antérieures et celles qu’il a pu réunir à l’hôpital d’isolement d’Aubervilliers ; iî arrive au résultat suivant (2) :

Sur 31 cas de variole discrète ou de varioloïde, il y a eu 17 avortements ; 4 femmes moururent. Sur 30 cas de variole confl uente ou hémorragique, il y a eu 25 avortements ; 2 femmes accouchèrent d’enfants mort-nés, 1 est morte sans expulser son fœtus; chez 2 seulement l’accouchement fut normal et à terme ; 25 des femmes atteintes moururent.

Il semble également qu’au point de vue de l’avortement certaines épidémies soient particulièrement graves.

Ainsi Esterle n’a observé au cours d’une épidémie de variole qu’un seul avortement sur 15 cas de variole gravidique, alors que, pendant l’épidémie de Milan de 1870 à 1872, toutes

(1) Lop, Variole et vaccine dans la grossesse. Thèse de Paris, 1894.

(2) Lesueur, Grossesse et variole. Influence , de celte maladie sur la mère et l'enfant. Les suites de couches. Thèse de Paris, 1895.

P. Brouardel. — L’Avortement. 5

66 CAUSES DE L’AVORTEMENT NATUREL

les femmes enceintes avortèrent et l’on n’en put sauver que 5 sur 17 (1).

Ayant été, de 1869 à 1876, chargé de services de varioleux dans les hôpitaux de Paris, et particulièrement pendant la terrible épidémie qui a sévi sur Paris pendant la guerre •de 1870-1871, et a occasionné la mort de 5 000 à 6000 soldats ou mobiles, j’eus l’occasion de soigner un grand «ombre de femmes enceintes varioleuses.

Le nombre des avortements est excessivement considérable, environ de neuf sur dix, non seulement dans les cas de variole grave, mais même dans les varioles bénignes ou les varioloïdes, qui se manifestent par des symptômes généraux peu alarmants et par l’éruption de quelques rares pustules. Dans les cas de variole hémorragique, l’avortement est la règle et le plus souvent la mort de la mère en est la conséquence.

2° Fièvre typhoïde. — Dans cette maladie, l’avortement •est très fréquent et on le constate dans la moitié des cas de fièvre typhoïde survenant au cours de la grossesse.

D’après Bourgeois (2), sur 22 cas de fièvre typhoïde survenus dans les premiers mois de la grossesse, 6 femmes n’ayant eu qu’une maladie légère n’ont pas avorté, 16 ont eu une forme grave et 12 ont avorté. Sur 15 cas survenus chez des femmes enceintes d’au moins sept mois, il y a eu •9 accouchements prématurés, dont 5 dans le premier septénaire de la maladie et 4 dans le deuxième.

Selon Duguyot, 40 fois sur 62 cas il y aurait eu avortement (3).

Pour qu’il y ait expulsion du produit de la conception, il n’est pas absolument nécessaire que la fièvre typhoïde soit grave, bien que, dans ces conditions, les risques soient plus

(1) Tarnier et Budin, Traité de l’art des accouchements , t. II, p. 13.

(2) Bourgeois, De l’influence des maladies de la femme pendant la ■grossesse sur la constitution de la santé de l'enfant ( Mémoires de l'Académie de médecine, t. XXV, 1861).

(3) Duguyot, Grossesse et fièvre typhoïde. Thèse de Paris, 1879, p. 38.

considérables ; on a va survenir l'avortement dans des cas très bénins, ceux que Lorain appelait des lyphoïdettes.

Des poursuites ont été exercées à la suite d’avortements survenus au cours de cette maladie et, dans deux cas, la mère une fois rétablie, je fus commis. Heureusement, ces femmes avaient été soignées à l’hôpital, et les renseignements que je pus recueillir dans les services hospitaliers, concernant la température et la marche de la maladie, me permirent de conclure que, ces femmes ayant été atteintes de fièvre typhoïde, on devait considérer leur avortement comme naturel.

3° Rougeole. — Scarlatine. — Bourgeois (1) a consigné les résultats de 15 observations de rougeole survenue pendant la grossesse : 8 femmes avortèrent ou accouchèrent avant terme ; chez les 7 autres, la grossesse suivit son cours normal.

La rougeole semble, d’après les différents auteurs, être d’un pronostic sévère pour la mère.

Quant au fœtus, il a souvent eu une éruption morbilliforme au moment de la naissance ou quelquesjours après (2).

La scarlatine semble extrêmement rare au cours de la grossesse. Olshausen en a réuni 7 cas, recueillis par six observateurs. Cinq femmes avortèrent, trois succombèrent après l’expulsion du fœtus.

4° Pneumonie. — Cette maladie est particulièrement grave lorsqu’elle survient au cours de la grossesse, tant à cause du nombre considérable de décès qu’elle occasionne, qu’à cause de la fréquence des avortements.

Sur 18 observations de pneumonie prises sur des femmes enceintes, Grisolle a constaté 8 cas de mort. Sur ces femmes, 13 étaient enceintes de moins de six mois, il y eut 5 avortements du quatrième au quinzième jour de la

(1) Bourgeois, Mémoires de l'Académie de médecine, 1861, p. 400.

(2) Tarnier et Budin, Traité de l'art des accouchements , t. H, p. 17.

CAUSES DE L’AVORTEMENT NATUREL

maladie. Les cinq femmes, dont la grossesse variait de six à neuf mois, succombèrent toutes, 4 deux jours après l’expulsion du fœtus et 1 avant d’accoucher (1).

Ricau fît plusieurs communications sur ce sujet (2). Sur 28 pneumonies survenues avant le cent quatre-vingtième jour de la grossesse (sixième mois), 23 guérirent, 6 après avortement, 17 sans avortement. D’autre part, sur 15 pneumonies survenues après le cent quatre-vingtième jour, il n’y eut que 8 guérisons, dont 5 avec accouchement prématuré et 8 sans expulsion de fœtus. Sur les 7 morts, 5 ont été précédées d’accouchement prématuré.

5° Choléra. — Toutes les fois qu’il existe un flux intestinal considérable avec coliques, il y a menace d’avortement. C’est pourquoi les purgatifs drastiques ont été, de tous temps, considérés comme des moyens abortifs actifs,

Dans l’infection cholérique, l’avorlement est très fréquent ; la mort est parfois si rapide qu’elle survient avant que l’expulsion du fœtus ait pu se produire.

Tarnier et Budin donnent le tableau suivant (3) :

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