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(4) Lundblad, Upsala lâkarefôr. fôrh. XVII, 1, 1881-82, p. 4.
CAUSES DE L’AVORTEMENT NATUREL
tion phosphorée; la mère ne présenta que des phénomènes d’intoxication légère. Cependant la dose ingérée dépassa de beaucoup la dose mortelle de 0gr,05; la malade avait fait dissoudre la moitié d’une boîte d’allumettes, composée de 75 bâtonnets, dont chacun porte environ de 3 à 5 milligrammes de phosphore.
Dans la plupart des cas, les femmes mirent à dissoudre les extrémités des allumettes d’une boîte entière et même plus, une fois le contenu de 10 boîtes.
Lewin explique l’innocuité relative de ces doses énormes par les vomissements intenses qui suivent immédiatement l’ingestion de la substance abortive, et par le rejet de la plus grande quantité du phosphore.
Le fœtus fut, en général, expulsé du troisième au cinquième jour qui suivit l’intoxication, quelquefois après douze heures; dans d’autres cas, l’avortement fut tardif, cinq ou six semaines après l’ingestion.
Quelques observations démontrent que, dans certains cas d’intoxication grave accompagnés d’avortement, il n’y eut pas terminaison fatale. On n’observa même pas la moindre influence nocive sur la santé ultérieure, ni sur les grossesses suivantes (1).
Lewin cite en outre 27 cas d’intoxication par le phosphore, dont 23 furent suivis d’avortement ; dans les 4 autres cas, il n’y eut pas expulsion du fœtus. Presque toutes ces femmes succombèrent dans un délai assez court.
Grônwall (2) rapporte, sous le titre intoxication phosphorée chronique, le cas d’une femme qui prit pendant huit jours consécutifs la valeur journalière de la tête de 4 allumettes phosphorées; deux mois plus tard, elle accoucha d’un enfant bien portant.
A cette question se rattache celle de l’industrie des allumettes. Yous savez que l’emploi du phosphore blanc pour la
(1) H. Allard, Upsala lükarefôr. forh. 1896, 1. — Husemann, Die Theropie der Gegenwart , 1897, p. 237.
(2) Grônwall, Eira, 1891, p. 386.
confection des allumettes chimiques a été considéré comme occasionnant des troubles graves de la santé. Il est parfaitement exactque beaucoup d’ouvriers maniantle phosphore on t présenté des accidents. Cependant, il est hors de doute que le nombre des malades a été considérablement surfait.
Les deux accidents de beaucoup les plus fréquents attribués à cette intoxication chronique sont la nécrose phosphorée et l’avortement.
La nécrose phosphorée, qui se porte surtout sur le maxillaire inférieur, paraît avoir son origine dans la pénétration du phosphore au niveau d’une dent cariée, d’où infiltration purulente, formation de séquestres, et enfin des lésions d’infection secondaire, puis, par suite de la cachexie consécutive à ces accidents, la mort dans 40 à 45 cas sur 100 des faits observés. Ce serait donc une intoxication professionnelle des plus graves, et comme les ouvriers allumettiers sont pensionnés parle gouvernement, environ le cinquième des ouvriers qui avaient travaillé dans les manufactures de l’État recevaient des pensions, ce qui constituait une charge budgétaire considérable.
Cependant, la nécrose n’est pas aussi fréquente qu’on l’avait cru et beaucoup d’ouvriers se prétendaient atteints, alors que les douleurs qu’ils ressentaient étaient dues à des odontalgies d’origine banale, qu’au besoin ils prenaient soin de ne pas traiter dès le début, de manière à pouvoir, dans la suite, prétendre à des secours.
Devant le nombre sans cesse croissant des malades, consécutivement des pensionnés, le gouvernement fit faire une enquête très sérieuse, par des praticiens compétents, et l’on reconnut que les trois quarts des ouvriers qui avaient reçu des pensions n’étaient que des simulateurs. A la suite de cette constatation, les enquêtes furent plus rigoureuses et les cas de nécrose phosphorée diminuèrent dans des proportions considérables (1).
(1) Courtois-Suffit, Phosphorisme professionnel. Congrès d’hygiène de Paris, 1900. — Annales d'hyg. et de méd. lég. , 3e série, t. XLIV, 1900, p. 358-
P. Brouardel. — L’Avorlemeot. 6
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Pour V avortement , il en est de même. Chaque fois qu’une femme enceinte travaille dans une industrie qui emploie des substances toxiques, elle ne manque pas, si elle fait une fausse couche, de l'attribuer à l’absorption des substances nocives. Ce fait peut certainement se produire, des cas nombreux ont été signalés, mais, à mon avis, leur nombre a été fort exagéré, et ce que je vous dis actuellement se rapporte non seulement au phosphore, mais à tous les avortements d’ouvrières employées dans les usines où l’on manipule des substances toxiques, du plomb, du mercure, du sulfure de carbone, de l’arsenic.
Alors que j’étais chargé, comme jeune médecin des hôpitaux, de la consultation du Bureau central à l’Hôtel-Dieu, j’eus la curiosité d’interroger, au point de vue des grossesses suivies d’avortement ou ayant évolué normalement, les femmes qui demandaient une consultation; toutes étaient des ouvrières, et le résultat que me donna cette statistique montre qu’à Paris, et je suis persuadé qu’il en est de même dans les grandes villes, beaucoup de femmes de la classe ouvrière mènent rarement leur grossesse à terme. Vous-mêmes, si vous vous livrez à une semblable enquête dans les salles d’hôpital, vous pourrez vous rendre compte facilement que le nombre des fausses couches chez les ouvrières est sensiblement supérieur à celui des grossesses normalement terminées.
Dans ces conditions, vu la fréquence des avortements dans la classe ouvrière, en dehors de toute intoxication, je pense que beaucoup de ceux que l’on a classés sous la rubrique d’avortements professionnels sont des avortements naturels, et que l’importance du maniement habituel de substances toxiques a pris une trop grande place dans l’étiologie de l’avortement spontané.
Au point de vue spécial de l’avortement des femmes employées à la manipulation du phosphore, je ne crois pas que l’on puisse, d’une façon certaine, en affirmer l’existence. Du reste, des recherches fort consciencieuses furent
entreprises sur ce sujet par A. Chevalier (1) dans les circonstances suivantes :
Un M. d’A... écrivit à Chevalier pour lui dire que, d’après ses observations personnelles, toutes les femmes qui manipulaient le phosphore dans les fabriques d’allumettes avortaient, ou que si, par extraordinaire, elles n’avortaient pas, l’enfant qu’elles mettaient au monde était chétif, malingre, de mauvaise venue, et ne vivait pas longtemps. Dans tous les cas, au dire de M. d’A..., le délivre était verdâtre et ramolli, indiquant l’influence néfaste de l’intoxication phosphorée sur le produit de la conception.
Chevalier, sur ces indications, fit une enquête minutieuse qui eut un résultat négatif.