SUBSTANCES ABORTIVES. — IF
Le premier cas a trait à une jeune^ fille, enceinte pour la seconde fois, qui prit, dans le but de se faire avorter, un breuvage composé d’une forte décoction de feuilles et de petites branches d’if. Elle succomba sans que le fœtus, âgé de trois mois et demi environ, fut expulsé. A l’autopsie, l’estomac présentait, au voisinage de la grande courbure, une injection capillaire notable et une légère altération de texture.
Le second cas est celui d’une jeune fille de vingt et un ans, qui dissimulait une grossesse parvenue au septième mois environ.
Elle se procura des branches d’if, dont elle écrasa les feuilles avec un marteau ; elle avala le suc ainsi exprimé dans une tasse de la contenance Fig> 5 If (Taxus baccatay plante
de 3 à 4 décilitres. de la famille des Conifères.
Il était plus de minuit
quand elle prit ce breuvage. Yers cinq heures du matin, ayant été obligée de se lever pour son service, elle se
plaignit d’un violent malaise, de troubles de la vue et
d’étourdissements. Son état empira rapidement; elle perdit la vue et se laissa tomber sur son lit, dans un assoupissemenLprofond. On n’a constaté aucune évacuation alvine involontaire; un peu avant six heures du matin, elle était morte.
A l'autopsie, l’utérus ne présentait ni lésion, ni commencement de travail; dans l’estomac, il y avait plusieurs ecchymoses, dont la plus large avait la dimension d’une pièce de deux francs. Le foie était très volumineux, gorgé de sang et presque friable. Le cerveau et le cervelet, très friables* étaient légèrement sablés de sang ; la pie-mère était d’un rouge brun ; il n’y avait pas d’hémorragie dans l’encéphale.
Dans les deux cas, la mort survint avant l’expulsion du fœtus.
Ces faits ont été confirmés par l’expérience : une chienne, grosse de cent jours, à laquelle Chevallier, Duchesne et Reynal firent prendre un breuvage contenant du suc d’if, mourut sans avorter.
Le vétérinaire Dujardin eut l’occasion de voir une jument, pleine de sept mois, qui mourut après avoir mangé des rameaux d’if ; la mort survint très rapidement ; quelques instants avant, elle expulsa un fœtus entouré de ses enveloppes.
Schroff, cité parHofmann, a montré l’analogie de l’action des feuilles et des branches du Taxus baccatael de celle de la sabine. Lucca(l) etMarmé(2) démontrèrent l’action toxique des fruits. Ils isolèrent le principe actif, la taxine , et déterminèrent la mort en quinze h vingt minutes, en injectant dans les veines jugulaires 15 à 20 milligrammes de taxine pour un lapin et 30 à 50 milligrammes pour un chat.