Manœuvres directes dans le vagin et sur le col
1. Injections vaginales. — On a préconisé, dans les cas où l’accouchement doit être provoqué, l’emploi d’injections d’eau chaude, d’eau froide ou d’eau tiède.
Kiwisch a conseillé les injections très chaudes ou très froides, répétées pendant cinq ou six jours ; Lazarewitch a publié douze cas, dans lesquels la simple injection d’eau à 95°Fahrenheit (35° centigrades) a provoqué des contractions utérines suffisantes pour amener l’expulsion du fœtus (1). L’époque la plus précoce à laquelle cette méthode a été employée est la trentième semaine(210e jour), et. le plus souvent, les femmes avaient atteint la trente-sixième semaine de la gestation (252e jour), ce qui est une époque beaucoup plus avancée que celle à laquelle l’avortement est pratiqué d’ordinaire.
Je ne pense pas que ce moyen, au point de vue abortif, ait une grande valeur ; les résultats consignés se rapportent à l’accouchement provoqué à un âge assez avancé de la grossesse, c’est-à-dire à un moment où les fibres utérines sont déjà plus faciles à exciter. Bien des femmes prennent des injections sans que l’avortement s’ensuive, et, du reste, les traités d’accouchement autorisent la prescription des injections tièdes pendant les derniers mois de
(1) Lazarewitch, Jcihresbericht iiber die Leistungen und Fortchritte in - der gesrammten Medicin , 1868, t. 11, p. 632.
MANŒUVRES ABORTIVES DIRECTES
la grossesse, à condition toutefois que l’on prenne certaines précautions, que par exemple la canule ne pénètre pas dans le col dilaté et que le jet du liquide injecté ne vienne pas, frappant avec force le col utérin, occasionner un traumatisme, même très léger.
Dans le but de provoquer plus sûrement l’avortement, certaines femmes prennent des injections avec les substances les plus imprévues; je puis vous signaler deux cas, au sujet desquels je fus commis, et qui tous deux se terminèrent par la mort.
Dans le premier cas, une femme, afin d’amener l’avortement, prit une injection de pétrole ; l’expulsion du foetus eut lieu huit heures plus tard, mais la mère eut, consécutivement, une péritonite généralisée à laquelle elle succomba. Quand j’interrogeai cette femme, peu de temps avant sa mort, elle était dans un état lamentable; elle m’affirma qu’elle avait agi seule, sans aide, qu’aucune autre manœuvre directe n’avait été antérieurement tentée. Je voulus bien la croire, sans être cependant persuadé, et je ne poussai pas plus loin mon interrogatoire, car la femme était sur le point de succomber.
Une autre fois, je fus commis pour examiner une femme qui, elle aussi, succomba à des accidents de péritonite localisée; elle avait pris une injection très chaude avec une infusion de tabac.
Ce ne sont là, Messieurs, que des procédés accessoires, dont l’efficacité est au moins douteuse.
2. Manœuvres sur le col sans pénétration. — Les traumatismes du col , sans pénétration dans son canal, ont été préconisés, et à ce point de vue le coït répété a été recommandé. Il se peut qu’il y ait eu avortement, dans certains cas, chez des femmes ayant une excitabilité anormale de l’utérus. Je vous ai parlé de ces faits, ainsi que du danger des cautérisations du col utérin (1).
O) Voy. p. 113.
Chez certains peuples, les traumatismes du col sont fort employés pour provoquer l’avortement.
Les Arabes se servent d’un pessaire spécial et de substances irritantes portées sur le col.
D’après Hureau de Villeneuve (lj, les Chinois utiliseraient,, dans le but de produire l’avortement, un petit instrument nommé hérisson , que l’homme place dans le sillon balanopréputial ; il est fait de barbes de plumes et destiné, en principe, à la satisfaction de plaisirs vénériens. « D’après les conseils d’hygiène donnés aux époux, cet instrument ne doit pas être employé quand la femme est enceinte, car la turgescence de la muqueuse qu’il provoque amène souvent des hémorragies nuisibles au produit de la conception. » Mais, contrairement à cet avis, ce moyen est fréquemment employé pour provoquer l’avortement.
Parmi les moyens destinés à exciter les contractions utérinês, Tardieu cite X électricité et rapporte en ces termes un cas qui lui fut signalé (2) :
« Je dois au Dr Devouges (de Corbeil) la connaissanced’un fait très inattendu. Je reproduis les termes de la lettre qu’il m’écrivait à ce sujet, à la date du 14 mars 1864 « Une femme qui est accouchée clandestinement et a fait « disparaître son enfant, accuse son patron, père de l’en- « fant, de l’avoir fait avorter au moyen de l’électrisation « le tribunal de Corbeil me demande si la chose est pos- « sible et si semblable fait s’est déjà produit. C’est surtout « sur le second point que je vous prie de m’éclairer, et je « vous demande s’il est à votre connaissance qu’une machine « électrique quelconque ait été employée dans le but de « provoquer un avortement.
« Pour le premier point, il ne me paraît pas douteux que « l’homme en question n’ait essayé une machine électrique « dans le but de provoquer un avortement ; mais il l’a fait
(1) Hureau de Villeneuve, L'accouchement dans la race jaune. Thèsede Paris, 1865, p. 28.
(2) Tardieu, Etude médico-légale sur V avortement , 1898, p. 57 (Rapport du Dr Devouges, p. 243).
MANOEUVRES ABORTIVES DIRECTES. 15
« d’une manière si maladroite, qu’il ne pouvait arriver à?
« son but, et il y a renoncé ; mais je ne doute pas qu’avec « la machine employée, et qui a été soumise à mon examen « (c’est une machine composée de deux couples de Bunsen,
« renforcés par une bobine Rumkorf, et donnant des secousses « musculaires d’une extrême énergie), je ne doute pas, dis-je,
« qu’il ne soit possible de provoquer un avortement, en l’em- « ployant convenablement, je vous demande pardon du mot*
« je veux dire en en faisant un emploi dicté par les connais- « sances physiologiques. »
Dans ce cas, un des pôles fut, dans la dernière tentative^ appliqué sur le col utérin.
Tardieu partagea complètement l’avis de Devouges ; mais il ne put d’ailleurs lui citer un autre exemple et il considère le fait comme unique.
3. Manœuvres sur le col avec pénétration dans sa cavité. — L 'éponge préparée, les tiges laminaires , introduites dans le col pour en dilater l’orifice, sont des moyens employés exclusivement par des personnes ayant des connaissances médicales; leur maniement demande en effet une certaine habileté. Dans ce cas, l’interrogatoire de la personne qui s’est fait avorter permet souvent de reconnaître la nature de l’objet dont l’opérateur s’est servi, et Tardieu cite un cas dans lequel le prévenu, officier de santé, prétendait n’avoir employé qu’un pessaire en éponge, destiné à combattre des ulcérations, tandis que la femme décrivait très nettement l’éponge préparée, qui avait servi à dilater le col (1).