‹ L'avortementChapitre 62 sur 136 · Manœuvres directes sur l’utérus et dans l’utérus · texte numérisé non relu

Manœuvres directes sur l’utérus et dans l’utérus

Nous abordons maintenant, Messieurs, l’étude des procédés d’avortement dont l’efficacité est beaucoup plus certaine. C’est, du reste, à ces moyens qu’ont recours les

(1) Tardieu, loc. cit., p. 195. Obs. LXVI.

avorteuses de profession, surtout parce que, pratiqués d’une façon habile, ils ne laissent aucune trace et que la femme peut même ignorer les manœuvres exercées sur sa personne.

Ainsi que je vous l’ai déjà dit, une expertise dans une affaire d’avortement ne se pratique pas dans les mêmes conditions qu’une expertise ordonnée à la suite de coups ou de blessures. Le plus souvent, avec quelque soin que vous examiniez la femme, il vous est impossible de retrouver trace d’un traumatisme. Le rapport et ses conclusions sont donc vagues ; vous indiquez simplement ce que vous avez constaté et c’est au Juge d’instruction qu’il appartient d’en tirer les déductions nécessaires à son enquête.

Cependant, il est, dans ces expertises, un point important, et j’y insiste, parce que votre avis sera demandé à ce sujet. L’inculpé, qui, souvent, est très versé dans la pratique obstétricale, se défend pied à pied et, au cours des nombreux interrogatoires qu’il subit, établit un système de défense, sur lequel votre opinion vous sera demandée. « M. X... explique sa conduite par telles ou telles raisons ; «ont-elles correctes ou en désaccord avec les données scientifiques? » Bien entendu, vous avez à répondre à cette consultation, ainsi qu’à toutes les questions qui peuvent vous être posées au sujet des témoignages. C’est de ces réponses que le Juge d’instruction tire les éclaircissements nécessaires pour justifier ou rejeter les poursuites. La tâche du médecin légiste est donc fort délicate, car l’expertise médico-légale ne lui fournit pas de renseignements suffisants pour conclure négativement ou positivement, et il est obligé de répondre à des questions qui sont tirées du système de défense de l’inculpé ou des témoignages divers. La formule est en général celle-ci : « Étant donné que : (suit la circonstance relevée par lejuge),leschoses pouvaient-elles se passer comme le dit l’inculpé, et, s’il en est ainsi, la conduite de celui-ci doit-elle faire admettre ou rejeter l’idée de manœuvres abortives? »

Ce sont ces réponses qui sont discutées en assises; or,

MANŒUVRES ABORTIVES DIRECTES

dans la pratique, les événements ne se succèdent pas avec une constance qui puisse être regardée comme constituant des règles précises. Il n’est pas un avortement qui soit identique à un autre. La consultation ne peut donc se terminer par des conclusions absolues et le terrain de la discussion pendant les débats est à peu près illimité (1).

11 arrive également que la femme, lors de l’examen que vous avez à pratiquer sur elle, se laisse aller à avouer le crime qu’elle a commis ou à faire des révélations au sujet de ses complices. Si vous vous trouvez dans ces conditions, je ne saurais trop vous recommander, non seulement de ne pas lui poser de questions, de ne pas favoriser ses aveux, mais de vous refuser absolument à les entendre. Ce n’est pas votre rôle. Vous devez lui expliquer que ce qu’elle •croit devoir vous dire ne concerne pas votre mission, et que toute révélation, tout aveu doit être fait au Juge d’instruction et à nulle autre personne. Si, en effet, vous acceptez de jouer ce rôle d’intermédiaire entre l'inculpée et la justice, c’est non sur votre rapport, mais sur la déposition que vous •seriez obligé de faire aux assises, répondant à des questions précises du Président, que s’appuierait l’accusation du Ministère public. Je n’ai pas besoin d’insister plus longuement. Vous n’aviez pas autorité pour recevoir ces aveux, •que la femme peut rétracter à l’audience ; vous auriez donc le double rôle d’accusateur et d’expert, sans même pouvoir prouver la réalité des confidences qui vous ont été faites; vous n’avez à fournir que des documents médicaux à l’accusation ou à la défense ; vous devez vous renfermer strictement dans les termes de votre commission et rester -absolument neutre.

Avant d’entrer dans le détail des manœuvres abortives directes, je veux vous parler d’une profession nouvelle, dont je n’ai pas eu personnellement à m’occuper, mais dont l’existence m’a été révélée parla Préfecture. Dans quelques

(1) Je donne, page 236, la liste des questions principales posées par les Juges d’instruction dans les affaires d’avortement.

quartiers, et ayant des attaches avec certains établissements spéciaux, il existerait des femmes que l’on nomme des laveuses , dont le rôle est le suivant : elles vont trouver les filles de conduite légère, particulièrement exposées à des grossesses intempestives, et s’informent si un retard ne s’est pas produit dans leur écoulement menstruel. Dans l’affirmative, elles proposent un lavage utérin , qu’elles pratiquent en injectant dans la cavité de l’organe une solution de lysol, de thymol, ou d’une autre préparation désinfectante.

Je ne sais si cette industrie est très répandue; pour ma part, je n’en ai eu connaissance que par une communication indirecte. Mais je vous la signale, car il se peut qu’un jour ou l’autre celte question soit soulevée devant les tribunaux.

Les manœuvres directes sur l’utérus et dans l’utérus employées pour amener l’avortement comprennent : la déchirure et la ponction des membranes de l’œuf; le décollement des membranes, et, enfin, un troisième moyen, encore peu employé, et purement chirurgical, le curettage de la cavité utérine.

Page 1