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Curettage de f utérus

Cette méthode ne me semble pas avoir été, jusqu’ici, employée dans un but criminel, au moins en France ; en Allemagne, plusieurs avortementspar cette méthode ont été signalés.

11 y a quelques années, un médecin de Breslau publia un mémoire, tendant à prouver que, dans les cas où il est nécessaire de pratiquer un avortement médical, l’emploi de la curette, enlevant par grattage l’œuf et le placenta, a l’avantage de prévenir les accidents graves qui peuvent être provoqués par la rétention du placenta. Vous savez en effet, Messieurs, que lorsque le produit de la conception est expulsé dans les premiers mois de la gestation, deux cas peuvent se présenter : l’œuf vient en entier, c’est-à-dire -comprend le fœtus, les membranes et le placenta, ou il se rompt, et, dans ce cas, le fœtus sort et le placenta peut séjourner assez longtemps dans l’utérus, provoquant des hémorragies ou des accidents septicémiques parfois mortels.

En France, cette communication du médecin allemand fut peu remarquée, et l’on ne s’occupa de cette question, à l’Académie de médecine, qu’à l’occasion d’un cas communiqué par le Dr Mouchet (de Sens). Ayant eu à pratiquer un avortement médical, ce médecin fort distingué employa le curettage, mais il en modifia légèrement la technique, en remplaçant l’emploi de la curette tranchante par la curette mousse. La femme qui avait subi cette opération était morte peu après.

Dans la séance de l’Académie du 20 décembre 1892, Charpentier, en termes du reste très mesurés, blâma notre confrère d’avoir employé la curette mousse, avec laquelle on a de grandes chances de laisser des débris placentaires dans la cavité utérine (1).

(1) Yoy. p. 206 et suivantes.

MANOEUVRES ABORTIVES DIRECTES

Jusqu’à quelle époque de la grossesse cette méthode peutelle être employée? On est d’accord pour en fixer le terme à la fin du troisième mois, attendu qu’à partir de cette époque les os du fœtus sont suffisamment résistants pour produire des déchirures utérines graves au cours de l’opération.

Messieurs, c’est cette question qui a été portée devant la Cour d’assises, dans l’affaire Boisleux et de La Jarrige, non pas par le rapport des experts, mais au cours des débats. Voici quels étaient les faits :

Dans les environs de l’hôtel de ville, le Dr Boisleux avait une clinique, dans laquelle il pratiquait des opérations gynécologiques. Une malade, Mlle Thompson, lui fut adressée par l’un de ses amis, le Dr de La Jarrige, dans les circonstances suivantes :

Cette femme était la maîtresse d’un ami du Dr de La Jarrige; comme elle avait eu un retard dans l’apparition de ses règles, elle alla, accompagnée de son amant, consulter le Dr de La Jarrige, et, d’après l’acte d’accusation, elle lui fit part de ses craintes de grossesse. Cette allégation fut contredite par le Dr de La Jarrige. Ce médecin l’adressa au Dr Boisleux; quelques jours plus tard, elle subit l’opération du curettage, au domicile de ce dernier et non à sa clinique.

Un premier point est resté assez vague. Le Dr Boisleux prétend avoir ignoré l’état de grossesse de la patiente, et, d’après lui, le Dr de La Jarrige lui aurait simplement dit qu’elle avait des pertes blanches, nécessitant un curettage. Quoi qu’il en soit, l’opération fut décidée, et la malade fut endormie par un jeune médecin américain, qui assistait souvent le Dr Boisleux.

La malade étant dans le sommeil chloroformique, le Dr Boisleux pratiqua le toucher et constata la présence d’une tumeur qui adhérait à l’utérus, mais il commença aussitôt le curettage, sans s’inquiéter de la nature de cette tumeur. Bientôt la curette ramena des débris de fœtus, et Boisleux se borna à dire à mi-voix : « Gravide /» L’opération fut con-

tinuée; il n’y avait du reste rien autre à faire à ce moment.

La tète du fœtus était séparée du tronc, et le Dr Boisleux s’efforcait de l’extraire de l’utérus, lorsque, au cours de ses manœuvres, il perfora l’utérus et vit une anse intestinale de la mère faire hernie à la vulve. Tl proposa, avec raison, de pratiquer la laparotomie, et le Dr de La Jarrige alla en informer l’amant de Mlle Thompson, qui s’y refusa.

La malade fut recouchée et, quelques heures plus tard, de très vives douleurs éclatèrent; le Dr Boisleux pratiqua la laparotomie dans la nuit et, malgré cette intervention, la malade succomba trente-six ou quarante-huit heures plus tard.

Pour l’autopsie, je fus commis avec M. Thoinot; pour l’appréciation des faits, je demandai qu’iLnous fût adjoint un accoucheur : M. Maygrier fut choisi par le Juge d’instruction. Je vous donnerai, à l’occasion de l’étude des lésions consécutives à l’avortement, une description sommaire des résultats de nos recherches, mais, en ce qui concerne la responsabilité du Dr Boisleux, un point était bien établi, c’est qu’il n’avait pas examiné sa cliente en état de veille, mais seulement au moment de l’opérationr quand la malade était endormie; il avait pratiqué l’exploration bimanuelle et avait constaté la présence d’une tumeur abdominale, de la nature de laquelle il ne s’était pas inquiété.

Là était la faute. Quand une femme en âge de concevoir présente une tumeur abdominale, il faut, avant toute intervention, s’inquiéter de savoir si cette tumeur n’est pas constituée par l 'utérus gravide , et, en cas de doute, il faut s’abstenir : ou les signes de la grossesse deviennent évidents, et l’intervention n’a plus sa raison d’être; ou le diagnostic de tumeur fibreuse ou autre se trouve confirmé,, et l’intervention est parfaitement licite. Le Dr Boisleux n’avait pas pris les précautions usitées en pareil cas.

Voici quelles furent sommairement les conclusions do notre rapport et des consultations :

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