‹ L'avortementChapitre 66 sur 136 · Une femme peut-elle se faire avorter elle-même · texte numérisé non relu

Une femme peut-elle se faire avorter elle-même

D’après l’ensemble des faits que nous venons de rapporter, il semble difficile que l’avortement puisse être opéré par la femme sur elle-même; cependant, quelques faits ont été signalés, qui montrent, sinon la fréquence, au moins la possibilité de cet acte criminel.

Graves rapporte qu’une femme, enceinte de quatre mois,

(1) Yoy. pièce n° 18, p. 344.

(2) Yoy. p. 4.

avait provoqué sur elle-même un avortement, à l’aide d’une aiguille à tricoter. Elle se perfora l’utérus et, au cours de l’avortement, elle rendit des matières fécales et des ascarides par l’orifîce du col. A la suite, il survint une péritonite dont elle guérit au bout de six mois ; depuis, elle eut deux nouvelles grossesses, qu’elle conduisit jusqu’au terme normal.

Dans un autre cas cité par le même auteur, une femme enceinte se fît avorter en s’introduisant dans l’utérus une baleine de parapluie (1).

Le Dr Couillaud (d’Épernay), a signalé le fait suivant à la Société de médecine légale (2). Commis pour examiner une fille que l’on supposait s’être fait avorter, il lui fut possible d’affirmer qu’il y avait eu une ou plusieurs grossesses, dont la dernière remontait à quelques mois, et avait dû arriver au voisinage du terme normal. A l’examen du col utérin, il constata sur la lèvre antérieure, à environ 1 centimètre et demi de l’orifice, une cicatrice triangulaire. La femme lui a alors avoué avoir eu une grossesse, qu’elle avait fait cesser à l’aide de ciseaux longs de 15 centimètres, à pointe très effilée, qu’elle s’était introduits à deux reprises différentes dans le vagin, en se guidant avec les doigts.

La première fois, elle n’avait obtenu que du sang, mais la seconde fois il y avait eu perforation des membranes et écoulettient de liquide.

L’avortement se fit peu après: la grossesse était, paraîtil, arrivée au septième mois.

Dans le rapport qu’il fit sur ce fait, le Dr Le Blond (3) cite l’observation suivante :

« Une femme de vingt-cinq à trente ans vint me consulter, il y a plusieurs années, pour des douleurs dont l’utérus était le point de départ. L’examen des organes génitaux me

(1) Graves, Virchow's Jahresb., 1862, t. II, p. 608. — Virchow's Jahresb.,. 1873, t. II, p. 651.

(2) Couillaud, Communication à la Société de médecine légale, séancedu 7 avril 1884, et Ann. d'hyg. pubt. et de méd. lég.t 1884, t. XI, p. 524.

(3) Le Blond, Eapport sur un / ait d’avortement [Ann. d’hyg. publ. et d& méd. tég.f 1884, t. XI, p. 520).

Page 1