UNE FEMME PEUT-ELLE SE FAIRE AVORTER ELLE-MEME ? 16T
révéla un utérus volumineux, avec un col ulcéré dans la majeure partie de son étendue. Je portai alors le diagnostic de métrite chronique et j’annonçai à la malade que le traitement serait de longue durée.
« Je fus très surpris de voir la guérison se produire très rapidement; au bout de quelques semaines, le col avait repris son volume normal et il n’existait plus de traces de l’ulcération observée lors de mon premier examen.
« La même malade vint me consulter de nouveau, plusieurs mois plus tard, atteinte des mêmes phénomènes douloureux et des mêmes symptômes locaux. Le traitement,, comme la première fois, amena la guérison dans un espace de temps très limité.
« Ce qui me surprit, c’est lorsque la même personne revint, quelques mois plus lard, toujours atteinte des mêmes symptômes. Pensant que je devais trouver l’explication de ces retours de métrite dans des manœuvres exercées sur l’utérus, je pressai la malade de questions et je parvins à lui faire avouer que les trois visites qu’elle m’avait faites avaient été précédées de manœuvres abortives directes, que la patiente pratiquait de sa propre main, en procédant de la façon suivante : couchée sur un lit, dans le décubitus dorsal, elle glissait un doigt jusque sur le col utérin, dont un étudiant en médecine lui avait appris à connaître l’orifice, puis elle introduisait dans le col le manche d’un porteplume en bois, effilé vers son extrémité et renflé vers le milieu. Le renflement limitait l’introduction.
« Je pus alors me rendre compte que les symptômes de métrite, constatés à trois reprises, devaient être attribués à un défaut d’involution utérine à la suite d’avortements, et je pus aussi m’expliquer la guérison rapide des symptômes pseudo-inflammatoires observés. »
Charpentier (1) rapporta un fait semblable à celui de M.Le Blond, qu’il avait eu l'occasion d’observer dans sa clientèle.
(1) Charpentier, Ann. d'hyg. publ. et de méd. lég., 1884, t. XI, p. 524.-
Il s’agissait d’une dame qui avait eu deux enfants et qui, ne voulant pas augmenter sa famille, se ût avorter à deux reprises différentes, au moyen d’une sonde qu’elle s’intro-, duisait elle-même dans la cavité utérine. Cette dame avait l'habitude de se toucher le col, après le coït, dans le but, disait-elle, d’enlever le sperme qui pouvait s’y trouver adhérent. L’introduction de la sonde avait lieu dans le décubitus dorsal, au moyen d’un doigt introduit dans le vagin et servant de conducteur à l’instrument.
Hofmann (1) rapporte le cas d'une femme de vingt-cinq ans, à laquelle un chirurgien retira de l’utérus un morceau d’aiguille à tricoter. Cette femme raconta que, ne voulant plus avoir d’enfants, elle avait consulté une sage-femme qui lui avait conseillé de pratiquer, immédiatement après le coït, une sorte de curettage utérin, en introduisant dans la matrice une aiguille entourée d’un linge. Cette singulière manœuvre aurait été exercée assez souvent, lorsqu’un jour l’aiguille cassa, et le linge seul put être retiré. La femme ■expliqua que, pour opérer, elle se plaçait dans la position accroupie, faisait un effort pour faire descendre l’utérus, et guidait l’aiguille à l’aide des deux doigts de la main gauche introduits dans le vagin.
M. Yibert, dans une expertise qui lui fut confiée, eut à s’occuper d’uneancienne sage-femme devenue hémiplégique, qui vendait des substances abortives et donnait à ses clientes des indications pour se faire avorter elles-mêmes. Elle leur conseillait de s’accroupir au-dessus d’un miroir placé entre les jambes, et de s’introduire un spéculum qu’elle leur fournissait; le col de l’utérus devenu ainsi visible, il était facile, disait-elle, d’y placer une canule, pour pratiquer une injection intra-utérine.
Il semble, du reste, que ce soit là une méthode assez fréquemment employée par certaines prostituées, qui savent fort bien examiner leur col utérin, en se servant ainsi d’un
fl) Hofmann, cité par Vibert, Précis de médecine légale , 1900, p. 449.