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UNE FEMME PEUT-ELLE SE FAIRE AVORTER ELLE-MEME

miroir et en écartant les parois vaginales avec les doigts.

J’ai eu moi-même l’occasion de recevoir les confidences d’une dame fort intelligente, qui, devenue veuve, était à la tête d’une grande maison industrielle. Elle était enceinte d’un de ses commis, et, comme elle ne pouvait l’épouser, elle se fit avorter elle-même. Lui demandant comment elle s’y était prise, elle me dit s’être accroupie et avoir introduit dans l’orifice du col une baguette pointue. C’était une femme qui avait eu, antérieurement, plusieurs grossesses, et, dans la position qu’elle m’indiquait, le col utérin affleurait la vulve.

Dans un autre cas, à l’occasion de poursuites judiciaires, Vibert eut à examiner une femme qui s’était fait avorter, en s’introduisant dans le col de la matrice une règle appointée (1).

L’avortement, provoqué par la femme sur elle-même, est donc possible; mais, dans presque tous les cas que je vous ai cités, il s’agissait de femmes ayant un utérus abaissé. L’enquête est d’ailleurs difficile, car parfois des femmes peuvent s’accuser, afin de sauver leurs complices.

Il y a quelques mois, un Juge d’instruction de province me demanda mon avis dans les circonstances suivantes. Dans un rapport d’autopsie très bien fait, pour un cas présumé d’avortement, le médecin légiste avait noté que l’utérus avait 12 centimètres sur 8. « La muqueuse de l’utérus est gonflée, ramollie, mais ne présente d’ecchymoses qu’en un seul point, au niveau de l’orifice de la trompe gauche et dans une étendue de 2 à 3 centimètres environ autour de cet orifice. En cet endroit, on remarque : 1° quatre érosions irrégulières ou déchirures, au-dessous desquelles se distinguent des ecchymoses ; 2° une série de saillies punctiformes, séparées par des dépressions très profondes, le tout formant une surface granuleuse, tomenteuse, d’une étendue de ô centimètres dans son plus grand diamètre, qui est dirigé

(1) Yibert, Précis de médecine légale , 1300, p. 447.

perpendiculairement à l’axe de la matrice. Cette surface granuleuse n’est interrompue qu’au niveau des érosions et des déchirures mentionnées précédemment. »

Pour répondre à une des questions posées par le Juge, notre confrère ajoutait dans ses conclusions : « Ces déchirures (décrites plus haut) indiquent qu’on a dû gratter la surface de l’insertion de l’œuf avec un instrument peu piquant, mais à extrémité irrégulièrement arrondie », et, sans être favorable à cette hypothèse, il ne rejetait pas complètement la possibilité que la femme ait pu faire, sur elle-même, les lésions utérines relevées à l’autopsie.

Sur la nature des lésions trouvées au voisinage de l’orifice de la trompe, je déclarai que je ne partageais pas l’opinion de mon confrère, et qu’elles pouvaient être rapportées aux inégalités qui succèdent au détachement du placenta, qu’en tout cas il ne me semblait pas possible qu’une femme se soit fait elle-même ces lésions. En effet, s’il est démontré qu’une femme peut provoquer un avortement sur sa personne, nous ne connaissons que des cas dans lesquels l’acte a été la simple pénétration d’une tige dans le col ; maïs l’introduction d’un instrument, qui serait manœuvré comme une curette, qui éviderait par places la muqueuse utérine, me semble à peu près impossible (1).

5. — Conditions dans lesquelles la responsabilité du médecin ou de la sag-e-femme peut se trouver engagée à tort.

Messieurs, bien que vous ayez agi avec une entière bonne foi, il est des circonstances, exceptionnelles il est vrai, dans lesquelles votre responsabilité peut se trouver engagée.

Depuis vingt ou vingt-cinq ans, un grand nombre de médecins pensent qu’il est indispensable, au cours de cer-

(1) Voy. pièce n° 12, p. 317.

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