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RESPONSABILITÉ DU MÉDECIN OU DE LA SAGE-FEMME

taines affections utérines, de reconnaître si le col de l’utérus est rétréci, ou si l’utérus est en antéversion ou en rétroversion. Dans ce but, ils mesurent le degré de déviation, en introduisant dans la cavité utérine un hystéromètre.

C’est là une dangereuse pratique, car si la femme est enceinte, l’introduction de ce corps étranger, et le cas s’est produit fréquemment, provoque un avortement au sujet duquel des poursuites peuvent être engagées. Dans deux cas qui me sont connus, il y eut un commencement d’enquête. Je ne crois pas cependant que, jusqu’à ce jour, la question ait été posée devant les tribunaux, mais elle peut l’être et je tiens à vous signaler ce danger.

A côté de l’introduction de l’hystéromètre, il y a les cautérisations du col , à l’aide d’un caustique ou du fer rouge, dont vous devez vous montrer très sobres; je vous ai déjà rappelé qu’à la suite d’une intervention de ce genre, Jobert de Lamballe eut à déplorer un avortement de deux mois et demi.

Messieurs, vous ne devez procéder à des manœuvres d’exploration ayant pour but la guérison d’une affection utérine quelconque, que lorsque vous avez acquis la certitude que l’utérus est vide.

Mais, et cela arrive souvent, le médecin peut être trompé ; une femme, ayant toutes les apparences de la bonne foi, se présente à votre consultation; elle se plaint de douleurs dans le ventre, de pesanteur, elle a de la leucorrhée, ses règles sont douloureuses, elle vous demande un traitement. Vous l’examinez, puis vous l’interrogez, afin de savoir si elle est bien réglée, si ses règles sont abondantes, et quelle a été la date de sa dernière menstruation. Elle vous répond, sans hésitation, que celle-ci vient de se terminer quelques jours auparavant.

Méfiez-vous! il peut se faire que cette femme désire se faire avorter, et vous ait choisi comme complice inconscient. Examinez votre cliente avec soin, mais sans introduire

aucun instrument dans le col de l’utérus. Dites-lui qu’il vous est impossible de faire actuellement un diagnostic précis, et que, pour vous éclairer, il est nécessaire de pratiquer un nouvel examen, le dernier jour des règles prochaines.

Si elle est de bonne foi, elle viendra ; vous pourrez vous renseigner complètement et instituer un traitement convenable, sans craindre, involontairement, de commettre un acte délictueux. Si au contraire elle est de mauvaise foi, elle se sentira découverte, comprendra vos scrupules et «n’osera pas se représenter chez vous.

Un autre cas peut encore vous faire participer, à votre insu, à, un acte criminel. Il arrive que des femmes qui désirent se faire avorter se rendent chez un avorteur de profession, qui, bien entendu, accède à leur désir; une fois l’avortement par piqûre de l’œuf eu par décollement des membranes accompli, celui qui l’a pratiqué recommande à sa cliente de se rendre immédiatement chez une sagefemme ou un médecin et de se faire examiner, sans parler, même si on l’interroge, des manœuvres qu’elle vient de subir. Il est ainsi fait, et si ultérieurement des poursuites sont ordonnées, c’est le dernier praticien qui se trouve compromis.

A cette occasion, je vous rapporterai l’anecdote suivante, qui prouve qu’il est parfois difficile de se dégager.

Un médecin, accoucheur de grand mérite, reçut un jour la visite d’une de ses clientes, dont le mari, officier de marine, était absent; elle était enceinte et lui demanda de la faire avorter. Bien entendu, le médecin s’y refusa ; mais elle, sans perdre contenance, le prévint qu’elle ferait pratiquer l’avortement par une autre personne, et que, l’avortement terminé, elle l’appellerait à son chevet pour lui donner ses soins. L’accoucheur refusa encore et lui dit que, quand bien même elle le ferait demander, il ne se rendrait pas à son appel.

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