CIRCONSTANCES DE ^EXPERTISE
Enfin, pour ce qui est de l’avortement et de l’accouchement prématuré, on dira que l’interruption de la grossesse était urgente, à cause de vomissements incoercibles, d’insertion vicieuse du placenta, ou de dystocie pelvienne. Il n’y a guère que cette dernière allégation dont vous pourrez vérifier l’exactitude, les autres accidents ayant disparu en même temps que l’état de gestation.
Une excuse, sinon fréquente, au moins possible de l’avortement, est qu’il s’agissait non d’une grossesse normale, mais d’une grossesse môlaire. Yous savez, Messieurs, qu’autrefois on considérait toutes les tumeurs utérines comme des môles. Actuellement, on en distingue trois variétés : la môle tératologique, qui consiste en un monstre acéphale, dont le corps est très incomplètement formé; la môle charnue , masse compacte, composée de tissu embryonnaire plus ou moins dégénéré; enfin la môle hy datif orme , de beaucoup la plus fréquente.
De longues discussions se sont élevées, au sujet de la constitution de la môle hydatiforme; les uns la considèrent comme un simple néoplasme utérin; d’autres lui attribuent une origine ovulaire. C’est cette dernière opinion qui a triomphé, et, depuis les recherches de Virchow, la môle hydatiforme est considérée comme se développant aux dépens des villosités choriales et amenant consécutivement une dégénérescence kystique. C’est un myxome chorioplacentaire.
Elle est constituée par un amas de vésicules, variant de la grosseur d’une tête d’épingle à celle d’une noisette, disposées en forme de grappes ; chaque vésicule est composée d’une membrane d’enveloppe, remplie d’un liquide transparent. Ces vésicules sont le plus souvent réunies dans une enveloppe constituée par les membranes ordinaires de l’œuf.
Le pronostic de cette dégénérescence est toujours grave : d’une part pour le fœtus qui succombe le plus souvent, bien qu’on ait signalé des cas dans lesquels, au milieu des vési-
cules, on a trouvé un fœtus vivant et même viable; d’autre part pour la mère, à cause des hémorragies, parfois très abondantes, qui peuvent survenir.
Quand, dans une expertise, la femme prétendra avoir expulsé une môle, votre examen plus ou moins tardif sera fort délicat et il vous sera parfois impossible d’établir un diagnostic précis. Hormis le cas où vous pourrez avoir sous les yeux le produit expulsé, vous devez baser votre appréciation sur des signes de probabilité, dont la valeur est assurément contestable.
En premier lieu, vous devez vous souvenir que les môles se rencontrent surtout chez les femmes qui deviennent enceintes à une époque relativement peu éloignée de la ménopause.
En second lieu, et ce point est important, dans les premiers mois de la fausse grossesse, il y a des hémorragies abondantes et répétées.
En présence de ces deux signes, vous pourrez sinon affirmer, au moins admettre comme possible qu’il y a eu grossesse môlaire.
Dans un cas de présomption d’avortement au sujet duquel je fus commis, il s’agissait d’une femme de vingt ans, qui était soupçonnée de s’être fait avorter. Le Dr Mouchet (de Sens), qui avait été commis environ quatre semaines après l’expulsion du produit, avait conclu à l’avortement d’un fœtus, arrivé aux environs du septième mois de la conception. Bien qu’un temps assez long se fût écoulé entre l’expulsion du fœtus et sa visite, il avait trouvé l’utérus encore facilement perceptible au-dessus de la symphyse pubienne ; de plus, il existait une déchirure de la fourchette.
Le Dr L..., qui avait donné des soins à la femme, non au moment de la fausse couche, mais auparavant, prétendait que cette femme était accouchée d’une môle charnue, âgée de cinq mois. Je ne sais sur quelles raisons ce médecin basait son diagnostic; la fille avait vingt ans, il n’y avait pas eu d’hémorragies, l’examen avait été très superficiel. Le