‹ L'Avortement Est Un CrimeChapitre 11 sur 16 · TA EL · texte numérisé non relu

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trouvaille fort exploitée. « La femme est maîtresse absolue de son corps. Le paquet rouge « ! ! ! » inclus dans sa matrice, lui appartient comme si c'était un polype qu’elle peut, à son gré, garder ou extirper ».

Dans la Régénération de 1907, sous la signature de RoBiN DE CEMPUIS — « Un fimtus n’est qu’une portion du corps d’une femme; elle peut donc en disposer à son gré, comme de ses cheveux, de ses ongles, de ses excréments ». Les actes suivent et dans son programme « La Ligue de la Régénération » demande des « consultations données par des praticiens dont les adresses seront fournies aux personnes intéressée ». « Il n’est pas besoin d’être grand clerc, constate le Docteur Roy, pour deviner en ces praticiens : avorteurs et matrones ».

Ces arguments, avec la liberté de conception, l'union libre également prônée, et, quelques thèmes de propagande exploitant des difficultés économiques et sociales, ont la faveur de nombreux écrivains. Des livres tels que « Ton corps est à toi » et d’autres dont les titres tout aussi transparents indiquent bien l'esprit de l’œuvre, s’étalent à la devanture des libraires. La plupart de ces écrivains d’ailleurs donnent le plus souvent une excuse à l’avortement plutôt que des arguments probants susceptibles de le justifier. C'est un jeu facile où l’on gagne à tous coups que de se servir de certaines circonstances adroitement combinées pour ridiculiser la rigidité de la loi-morale. Cela ne prouve rien; mais cet humanitarisme de mauvais aloi a prise sur le lecteur peu cultivé, surtout sur la femme. On veut être de son temps, on refuse de tenir compte des exigences de l’ordre social, de la morale la plus élémentaire. La presse s’en mêle, hâtent elle aussi, « la chute prochaine, la déchéance inévitable que n’endigueront plus d’impossibles réveils ».

Cette propagande a été néfaste, et, en France, chaque année, plus d’un demi million d’enfants périssent avant

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d’avoir vu le jour. Pas de romancier moderne, soucieux de décrire les mœurs de notre époque, qui ne conduise son lecteur dans l’antre d’une de ces matrones appelées fort justement par un médecin « Les Hyènes de la matrice ». L'expression « faiseuse d’anges » est trop belle pour l’appliquer à de si viles criminelles. Le théâtre luimême s’en est mêlé, et jusqu’au dernier mode d’expression, le cinéma. Dans un film d’ailleurs remarquable (Carnet de bal) un de nos metteurs en scène des plus originaux a campé un personnage de médecin marron fort saisissant. Une femme encore jeune vient-elle à pénétrer dans son cabinet, il ne prend même pas la peine de l’interroger; connaissant sa clientèle il flambe automatiquement : spéculum, pince de Museux et tous ses instruments.

Voyons maintenant à la lumière des faits, ce que valent ces arguments un peu disparates. Nous laisserons volontiers de côté, les questions d'économie politiques et sociales réfutées ailleurs.

La maternité enlaidit la femme. Voilà une affirmation toute gratuite et non prouvée. Les médecins, au contraire, remarquent tous combien, jeuné, souriante et heureuse de vivre est la femme qui vient de mettre au monde un petit être. Elle a cette joie intérieure rayonnante qui la transforme et lui donne cette beauté triomphante de la mère qui a inspiré tant d’artistes, et non des moindres.

La chute des seins n’est pas due uniquement à l’allaitement; certaines longilines stériles ont les seins tombant et des brévilignes multipares des seins parfaits. La chirurgie esthétique, des massages bien compris, peuvent permettre à une femme mère ou non de garder une belle poitrine, et les danseuses de music-hall le savent fort bien.

Il y a bien les vergetures, encore qu’elles ne soient

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pas uniquement le lot des femmes enceintes, dont beaucoup n’en présentent même pas; c’est un bien petit inconvénient sans grande importance esthétique.

La mère est une femme saine et forte, les puissantes décharges hormonales, dûes à la grossesse, contribuent à son plein épanouissement physique et moral. La beauté moderne stérile, aux formes longues et grêles, aux hanches trop fines, au ventre plat, est belle assurément, mais d’une beauté froide. Elle semble sortie du cerveau d’un intellectuel impuissant, elle n’inspire pas le désir. Combien au contraire sont appétissantes ces Vénus bien en chair de la Grèce antique, ces rieuses filles des peintres flamands, ces madones au sourire angélique de la Renaissance italienne. Ces femmes sont vraiment belles, car elles le sont volüptueusement et surtout sensuellement. On devine qu’elles ont été mères.

Une phrase de Léon BLUM, quoique un peu discutable, résume assez bien la question : « À vingt ans, l'enfant déforme les femmes, à trente il les conserve, et je crois bien qu’à quarante, il les rajeunit ».

Quant aux douleurs de l’enfantement, elles varient d’une femme à l’autre, nulles pour certaines, elles revêtent pour d’autres un certain degré d'intensité. « Les douleurs d'intensité moyenne, dit le Professeur LE Lo- RIER, Sont de beaucoup les plus fréquentes et ont pour caractère commun de s’oublier bien vite. A peine la naïissance a-t-elle eu lieu que la jeune maman est déjà toute souriante et ne pense qu’à son bébé qu'elle enveloppe d’un regard de tendresse où la rancune n’a aucune part ». Des techniques modernes peuvent obvier dans une large mesure à ces petits inconvénients. Si, de l’avis d’obstétriciens très avertis, l'accouchement sans douleur n’est pas absolument sans danger pour la vie de l'enfant, il reste à la disposition du praticien de bien précieux remèdes, ne serait-ce que le chloroforme et la morphine. Pour ce

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qui est du chloroforme « promettez-le longtemps avant de le donner, dit le Professeur Marcel METZGER, car il n’est utile qu’à la fin pour l’expulsion; à ce moment, sachez vous en servir, votre accouchée vous en sera reconnaissante, ear elle peut accoucher dans un état de subconscience qu’elle saura apprécier ».

Le médecin, et même le grand public, savent d’autre part qu’un avortement est autrement douloureux qu’ün accouchement normal. I/’opérateur dans le premier cas, n’est souvent pas un homme de l’art, la femme perd confiance, le sang la trouble; angoissée elle s’agite, a peur, elle a entendu parler d’hémorragie fatale, de mort subite, de tétanos post-abortum et tout cela, n’est pas, loin de là, pour amoindrir une souffrance physique qui est grande. Les complications de l’avortement criminel sont la règle, la non complication l’exception. La rétention placentaire réclamant un simple curetage est relativement bénigne, encore que la curette, même entre des mains -expertes, est dangereuse. Souvent hélas, l’hystérectomie totale s’impose, faisant d’une femme jeune une infirme pour le reste de sa vie. Cela mérite réflexion ét, à choisir, il ne devrait y avoir aucune hésitation.

La jeune fille séduite a servi de thème à la plupart des romanciers populaires à gros tirages, et son cas reste dans le peuple un des arguments massue en faveur de l’avortement. Le séducteur, pour corser le drame, est le plus souvent le fétard riche et désœuvré, le beau danseur cosmétiqué, taré et sans cœur aux paroles mielleuses, enjôleur de profession ou le mauvais patron, profitant de son pouvoir pour abuser de filles dont il a la charge. Tout ce beau monde par surcroît, est vérolé. L'héroïne est la petite bonne innocente et sans ressources, la campagnarde sans défense, la dactylo au grand cœur. Elles se sont abandonnées un soir, l’une pour éviter le renvoi, l’autre par besoin d'affection et de sou-

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tien, la troisième parce que le concert était particulièrement langoureux et caressant. Le viol est également très à la mode, les maladies vénériennes ne le sont pas moins.

Enceinte, c’est le déshonneur pour ces pauvres filles, le scandale, les reproches violentes d’un père intransigeant sur le chapitre de la morale et de l’honneur familial, le manque de ressources pour élever décemment un bébé.

Domaine de la fantaisie où tous les lieux communs de la littérature à bon marché ont cours, ces cas sont dans la réalité bien rares. Admettons cependant leur fréguence. « Les délits de justice, les cruautés de la Société sont peut-être, sont souvent une excuse, jamais une justification de l’avortement provoqué » (Professeur AUDE- BERT). Il est possible à la rigueur, quoique très dangereux, de soutenir que dans ces conditions très spéciales et quelques autres absolument similaires, la femme ne soit pas tenue d’accepter l'enfant — qu'elle évite cependant de le tuer, à la Société de le prendre én charge. Il existe en France un grand nombre de maternités secrètes; Paris en compte 14 et les départements au moins, une chacun. Tous les médecins et les Assistantes sociales ont la liste de ces établissements, fournie par le Ministère de la Santé Publique. Ils peuvent dans le cas échéant renseigner utilement leurs clientes. L'hospitalisation est gratuite; l’état civil n’est pas exigé et le nom de la parturiente, s’il vient à être connu accidentellement, ne peut être divulgué, le secret: médical étant très strict. La femme peut choisir une maternité éloignée de son domicile si elle le juge utile. Voilà donc écartée la crainte du déshonneur et du scandale, le souci de charges trop lourdes. L’avortée ne possède plus d’excuses. Evidemment, ce procédé présente quelques petits ennuis, mais n’eut-il pas été plus sage d'y penser auparavant, avant par exemple d’aller au clair de lune dans les bois

de Meudon ou sur les bords de la Marne « faire la bête à deux dos ».

Aucun médecin n’a jamais songé à nier l’étroite dépendance de la mère et du fœtus, mais de là à considérer ce dernier comme une tumeur, toxique parfois, gênante dans tous les cas, et dont on a le droit de se débarrasser chirurgicalement, il y a un grand pas, que peu se sont autorisés à franchir.

« Le fœtus n’est pas un simple parasite accolé à la mère et vivant par elle, constate le Docteur DESPLATS. C’est un sommensal qui vit en elle et avec elle. Il lui apporte des stimulations spéciales qui vont éveiller en elle des activités sommeillantes qui seront la cause de son achèvement physique... de l’épanouissement plein de charmes dont la grossesse est le point de départ, chez les jeunes femmes ». L'enfant supplée parfois à l’organisme maternel déficient, les secrétions internes du fœtus remplacent ou stimulent, dans une certaine mesure, celles de la mère, et cet échange de bons procédés fait de la grossesse, le type même de la symbiose harmonieuse.

L’individualité, elle aussi, est constituée dès le début de la conception, non à la naissance ou à l’humanisation. Elle ne cesse de s’affirmer pendant le cours de la vie intrautérine. Les futures mamans le sentent bien et, parlant d’elles, il leur arrive souvent de dire avec une belle conviction mébranlable : « Maintenant nous sommes deux ». Elles ont d’ailleurs parfaitement raison. L'homme est en puissance dans la cellule initiale, issue de la conjonction du spermatozoïde et de l’ovule. Cette cellule première, par division, aboutit à un amas cellulaire peu différencié d’abord, mais qui peu à peu va s'organiser, et ceci très rapidement, pour aboutir finalement à un être humain et non à un animal ou un végétal quelconque. Cette agglomération de cellules métérielles' orientéés vers une fin

"Tite — 46 — LA précise qui est l’homme, il est absurde de vouloir à tout prix, lui méconnaître une dignité et une noblesse toute spéciale et ne la considérer que comme un fibrome, par exemple, d’ont l’évolution néfaste et dangereuse requiert l'intervention du chirurgien.

L'âme qui permettra plus tard à cet être d’absiraire, de connaître les choses d’une manière immatérielle, d'émettre des actes d’intellection et de volition, qui en outre coordonnera chez lui les autres phénomènes vitaux; le principe interne du moi conférant à l'individu concret, le caractère spécial qui en fait une personne, un être spirituel et subsistant, un être conscient, libre et indépendant... infusé à la matière, seul ce principe, objecte-t-on, est le critérium de l’humanisation. Le quarantième jour, les mâles sont animés prétend ARISTOTE ; pour les filles, il faut attendre quatre-vingts jours. Pourquoi cette date admise également à la suite du philosophe grec par certains pères de l'Eglise latine ,.… Dieu seul le sait. SAINT-THOMAS p’AQUIN donne une explication toute pérsonnelle, à savoir la nécessité d’un certain degré d’organisation matérielle pour la réception de l'âme. A la lumière de l’embryologie, BRUPBACHER, de Zurich, ‘se basant sans doute sur le développement, du cerveau fœtal, fixe l’animation à la fin du troisième mois. L’avortement avant cette date resterait entièrement licite. C'est vouloir, avec nombre de méta-physiciens matérialistes, reconnaître à l’âme essentiellement immatérielle un siège maternel, en l'occurence le cerveau. C'était déjà l'opinion de PLATON, et DESCARTES la logeait dans la glande pinéale. Cette position est abandonnée de la plupart des philosophes modernes; l'âme reste toujours, pour le penseur, la grande et passionnante énigme; on se refuse à la renfermer dans des limites précises. Aucun argument scientifique valable et décisif ne permet donc de fixer la date réelle de l’humanisation. Dans cette éventualité, pourquoi ne pas admettre le sage point de

. vue religieux ? Il y a doute, le doute porte sur une matière trop grave, il doit incontestablement jouer en faveur du fœtus.

L'homme physique et spirituel, est visiblement tout entier dans les cellules initiales, comme le spermatozoïde et l’ovale mûrs, sont déjà en principe dans le testicule du garçonnet et l’ovaire de la fillette. Qui oserait sou: tenir, Sans se faire traiter d’imbécile, de fou dangereux, s’il est médecin, que la castration du garçonnet ou de la fillette soit un droit et non un crime avant la puberté ? Pourquoi cette différence, alors-qu’il s’agit de la vie ,droit essentiel et primordial, le plus grand et le plus précieux de tous les biens, dont en entendidisposer à sa guise sous le fallatieux prétexte qu’elle ne s’est pas encore manifestée ? On ne le répétera jamais trop : certaines cellules, du fait de leur destination, ont une éminente noblesse; leur destruction violente peut être un crime; c’est un homicide anticipé quand il s’agit d’avortement. Dès lors, qu'importe que l’embryon ait ou non à tel âge, un cerveau bien développé, un cœur autonome, un système osseux ébauché; la morula humaine a autant. de droit à notre respect que le fœtus de huit mois. L'enfant, dès l’instant même qu’il est conçu, a une personnalité morale et juridique, des droits, dont celui à la vie, inaliénables et imprescriptibles, à la sauvegarde desquels doivent veiller ses parents et l’Etat ? Tout autre point de vue, même étayé sur des théories philosophiques ou juridiques fort séduisantes, est faux et dangereux, car, tôt ou\tard, il conduit à des catastrophes inévitables. L’histoire est là pour nous l’enseigner. L’expérience russe est récente; de l’avis même des dirigeants soviétiques, des médecins les plus qualifiés de l’U. R.S. S. elle s’est soldée par un échec total. Le 26 mai 1936, le Comité de Santé du peuple de l’Union Soviétique, publie un décret demandant l'interdiction de l’avortement, exception faite bien entendu pour l’avortement thérapeutique médicalement

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justifié. Le projet est adopté le 27 juin 1936, et prend force de loi: il est intéressant à un autre point de vue; soucieuse de ne laisser à l’avortement aucune excuse,-la loi prévoit un ensemble de mesures d’assistance ANA femme enceinte et à la famille nombreuse dont beaucoup de législations pourraient utilement s'inspirer. Depuis, du fait de la guerre, nous sommes sans documents, mais, -à en croire des renseignements oraux tout récents, l’union soviétique n’a cessé de renforcer ses mesures d’assistance sociale, de protéger la famille, rendant le divorce de plus en plus difficile et de veiller sévèrement à la répression énergique de l’avortement.

Une autre objection est courante : l'exercice de la conscience est le critérium de la personnalité. Cet argument est de tous le plus inadmissible; c’est refuser la dignité humaine à l’enfant avant l’âge de raison, au malade dans le coma ou sous l'emprise d’un anasthésique, à l’adulte pendant le sommeil. C’est légitimer l’homicide dans les mêmes circonstances, Dieu merci personne #'n est encore là, si ce n’est peut-être, alors qu'il s’agit d vieillards, de contrefaits ou d’incurables, certains euthaæ nasistes illuminés.

Nous ne voulons pas discuter ici la valeur des arguments invoqués en faveur de l'avortement thérapeutiqué. D'âpres et passionnantes discussions mettent encore aux prises, de nos jours, défenseurs et détracteurs. Dangereux du point de vue social, c’est disent les natalistes, la porte ouverte à l’avortement eugénique et social, et tôt ou tard à l'avortement tout court. Les catholiques le condamnent au nom de la morale religieuse et de la législation canonique. « Insontem et justum non occides », est-il écrit dans l’Exode, et SaINT-PAUL ajoute: : « non faciamus mala ut eveniant bona ». Certains médecins visent les résultats thérapeutiques. La législation française le reconnaît, le code de la famille le réglemente, le méde-

cin qui le pratique, la mère qui l’accepte, ne peuvent donc être considérés, légalement du moins, comme des criminels. Deux existences pour le législateur sont en danger de mort; aux médecins de décider, en tenant compte des circonstances, de l’avis de la mère et des parents, principaux intéressés, laquelle il convient de sauvegarder. Mais, et le Docteur BALTHAZARD insiste sur ce fait, il faut que soient remplies les conditions suivantes : « La mère court un danger, ce danger est sous la dépendance de la grossesse, l’interruption de la grossesse le fera sûrement cesser, il n'existe aucun autre moyen que l’avortement pour sauver la mère ». Les obstétriciens considèrent lavortement thérapeutique comme un pis aller, mais tous sont pratiquement de l’avis du Docteur PORTES. « Si nous pouvions, Comme dit PINARD à propos de l’embryotomie sur l’enfant vivant, dire un jour que l’avortement thérapeutique a vécu, nous aurions éliminé de l’exercice de notre art le dernier geste véritablement empreint de barbarie. Il est probable que nous sommes encore loin de pouvoir atteindre un tel but. Nous devons cependant le poursuivre inlassablement, car il reste certain qu’en dépit de tous les arguments qu’invoque la pitié humaine en faveur de la mère menacée, l’avortement thérapeutique est une méthode moralement illicite ». L’ovation enthousiaste faite à ces paroles, prononcées par le Professeur PORTES à sa leçon inaugurale le 17 mars 1942, montre que les élèves partagent entièrement l’avis d’un de leurs maîtres les plus éminents.

Concluons sur les sages paroles de Monsieur BOVRAT : « Plus un être est jeune, plus il est criminel de lui enlever la vie. Assassiner un malheureux vieillard est un crime affreux dont le récit fait frémir et qui mérite la peine de mort; et pourtant ce vieillard n’aurait plus à vivre que quelques années où les tristesses l’emporteraient de loin sur les joies. Tuer un pauvre malade condamné par les médecins, se débarrasser de lui parce qu’il

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est gênant est un forfait abominable qui vaudra à ses auteurs le bagne ou la guillotine; et pourtant ce malade n’a plus devant lui que des heures de souffrances.

Mais que sont ces crimes en comparaison de celui des misérables qui font mourir un être humain qui a devant lui soixante années de vie, dont quinze années d’enfance, trente années de jeunesse ? Que penser de la mère qui tue ainsi le petit être qu’elle a créé ? Comment la considérer autrement que comme une meurtrière,

Que dire des professions de l’avortement qui, pour s’enrichir pratiquent en série ce massacre d’innocents, Sinon que ce sont d’inexcusables assassins. |

du point de vue catholique, protestant, israélite et musulman

L’avortement est un crime incontestable pour toutes religions d’origine biblique. Le catholocisme considère comme le plus grand et le plus odieux de tous les homicides, « Appliquant à l’avortement le texte « insontem et justum non occides » de l’Exode, l’Eglise, proclame le Professeur PorTEs, a$simile l’avortement à un meurtre, au meurtre d’un innocent, et qui plus est au meurtre d’un innocent non baptisé, c’est-à-dire au plus grave de tous les meurtres puisqu'il prive la victime de l’éternelle vision de Dieu ».

Les Pères de l’Eglise primitive les premiers dans leurs écrits et leurs prédications, se sont tous attaqués véhémentement à ce fléau, l’une des grandes causes de la décadence de Rome.

Les conciles d'ELVIRE, d’'ANCYRE, de LERIDA, CONSTAN- TINOPLE, MAYENCE, WoRMs ainsi que nous l’avons déjà vu s'efforcent de protéger la vie de l’enfant in utéro, en menaçant de peines spirituelles et corporelles graves quiconque y attente.

SIXTE-QUINT (Bulle effrenatam dt 29 octobre 1588) INNOCENT XI en 1679, GREGOIRE XIV (bulle Apostolicae sedes, 9 juillet 1591) et tant d’autres Papes dont l'Eglise s’enorgueillit à juste titre stigmatisent et frappent de sanctions sévères les menées abortives.

Tout dernièrement, Sa SAINTETE PIE XI est revenue sur la question, pour une mise au point qui s’imposait. L'Encyclique « casti connubii », sur le mariage chrétien condamne formellement à son tour, non seulement l’avorte-

ment criminel, mais aussi l'avortement thérapeutique dit

légal, et s'élève vigoureusement contre le néo-malthusianisme dont la prépondérance de plus en plus grande influence d’une facon inquiétante et néfaste certaines législations modernes.

Des controverses passionnées, courtoisement violentes, mirent néanmoins aux prises les théologiens à pro-

-pos de l’avortement et ce jusqu’à la fin du dix-septième

siècle. L'objet du litige est le problème de l’animation, il s’agit de Savoir à partir de quand il y a meurtre : dès la conception ou à une date ultérieure fixée arbitrairement, et présumée celle de l’infusion de l'âme.

Les Pères grecs, pour la plupart, d'accord en cela semble-t-il, avec les docteurs de l'Eglise toute primitive, sont de fervents partisans de la fusion immédiate de l’âme et du corps. La simultanéité de l’origine de l'âme et de celle du corps ne fait pour eux aucun doute. C’est ce qu'enseigne en particulier SAINT GREGOIRE DE NYSSE (De hominis opificio) ; SAINT BASILE, du même avis, déclare done coupables d'assassinat ceux qui provoquent l’avortement d’un fœtus, qu'il soit formé ou non (Ad Amphilochium epistola secunda). Le concile grec Quini- SEXTE OU IN TRULLO sanctionne ce point de vue en décrétant au canon 91 : « Les femmes qui donnent des remèdes pour procurer l'avortement ainsi que celles qui les

prennent doivent être soumises aux peines qui frappent les meurtriers ».

Voici à titre de curiosité quelques arguments apportés en faveur de leur opinion. « Le corps ne saurait exister avant l’âme, soutient SAINT MAXIME ABBE, s’il existe avant toute âme il est mort car il n’y a de vivant que ce qui

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est animé, et s’il existe avant l'âme raisonnable seulement mais avec une âme végétative, ou une âme sensitive l’homme engendre une plante ou un animal, ce qui paraît impossible car la plante procède de la plante et non pas de l’homme, de même l’animal ».

MELETIUS ne peut davantage accepter l’animation médiate « car, dit-il, de même qu'un cachet saurait s'adapter à l'effigie faite sur la cire par un cachet différent, ainsi l’âme image et sceau de la divinité ne saurait s'adapter à un corps marqué du sceau d’une autre et organisé par elle ».

THEODORET cependant est d’un autre avis; il est le principal représentant chez les Pères grecs de l’humanisation médiate. Interprétant la Bible il tire Son argumentation de la GENESE. « L’ETERNEL DIEU forma l’homme de la poussière de la terre il souffla dans ses narines un souffle de vie et l’homme devint un être vivant. (GENESE II, 9). Il invoque également en faveur de sa thèse le libre de JoB. « Je n’existerais pas, je serais comme l’avorton caché, comme ces enfants qui n’ont pas vu la lumière ». (Jo II, 16.)

L'infusion de l’âme, pour la plupart des Pères latins nécessite au préalable un certain degré d'organisation du fœtus. Une hérésie de TERTULLIEN semble être pour beaucoup dans cette opinion. Esprit fougueux, vigoureux polémiste, TERTULLIEN défend le principe aujourd’hui presque universellement admis par les théologiens, de l’animation immédiate de l’embryon, et en déduit logiquement : « c’est être homicide que d'empêcher de naître ». Cela est parfait, malheureusement, il eut le tort de prétendre que l’âme comme le corps est le fruit de la génération « des âmes du père et de la mère se détache le germe d’une âme nouvelle, un rejeton pour ainsi dire de la race d’ApaM ». (P. L. de anima, tome II.) Une telle proposition, du point de vue catholique est une hérésie,

LD — car si la conception est bien l’œuvre des parents; l’animation par contre est le résultat de la création de l’âme

par Dieu.

Le Traducianisme (1) a d’autres représentants aux premier siècle du christianisme, où le problème de l’âme, surtout celui de son origine et de son mode de transmission, est l’objet de longues recherches. SAINT-AUGUSTIN lui-même hésitera à se prononcer entre un certain tradudianisme et le créationisme. TERTULLIEN à vécu au cours de cette période de confusion; il a dû lui-mêce imaginer cette solution, qui chez lui semble en outre entachée d’un matérialisme assez caractérisé. Quoiqu'il en soit, le traducianisme fut condamné en particulier par SAINT ANAS- THASE II le 23 août 498 dans une lettre aux évêques de GAULE (DENZINGER, n° 170).

« Pour mieux accuser encore le caractère hérétique de cette doctrine les théologiens de l’époque se rallièrent, au principe de l’animation médiate du fœtus qui rend évidemment l’union de l’âme et du corps rigoureusement indépendante de la conception ». (Professeur PORTES.)

La date de cette humanisation provoque de nombreuses controverses. L'opinion de SAINT THOMAS, Ou plus exactement l’opinion d’'ARISTOTE, adaptée par SAINT-THoO- MAS aux besoins du catholicisme: prévaut en dernier lieu. L'âme, au dire d’'ARISTOTE et de son illustre commentateur THoMAS D'AQUIN, ne s’unit au corps qu’au quarantième jour de la vie intra utérine pour les mâles et si l'embryon est du sexe féminin il faut attendre le centquatre-vingtième jour. Aucun argument scientifique n’est à la base de cette doctrine, la date est fixée arbitrairement. L’intervalle libre entre la conception et l’animation est le temps nécessaire au corps pour acquérir un

(1) Doctrine soutenant entre autre que l'âme des enfants est une parcelle de celle des parents.

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certain degré de maturité, une certaine organisation susceptible de le rendre apte à recevoir des mains du Créateur, l’âme.

Sans admettre le droit à l’avortement, certains théologiens, certains conciles, certains papes même, tout en réprimant vigoureusement toutes pratiques abortives, arrivent à déclarer : « Ce n’est pas un homicide de détruire un embryon auquel l’âme humaine n’est pas encore unie, que si l’on détruit ce fœtus inanimé sans aucune raison de force majeure sera une faute assurément, mais si la vie de la mère est mise en danger par la présence de l'embryon sans âme dans son sein, elle peut se défendre contre cet agresseur et se faire avorter.. l'embryon qui n’a pas d’âme humaine ne peut être considéré comme séparé de la mère mais une partie d’elle-même : pars viscerum ». (Dict. Théologie Catholique.)

Le décret de GRATIEN 1150, ne dit pas autre chose, et le casuiste espagnol SANCHEZ (xvi' siècle) pense lui aussi qu’il est permis de se débarrasser de l’enfant avant l’animation, si ce dernier se comporte comme un injuste agresseur. L’avortement mérite la peine de mort aux yeux de GREGOIRE XIV; il est pourtant moins répréhensible | selon lui s’il précède l’humanisation fiætale. Ces conclusions sont loin d’être admises par tous, et CASSIODORE déjà, tout en admettant l’animation médiate, fait part de ses doutes et remarque pertinemment : « Dans des questions aussi obscures, il vaut mieux avouer son ignorance que de se prononcer avec une audace dangereuse ».

Ces discussions sont closes au Sein de l'Eglise catholique depuis fort longtemps. Seuls discutent encore de l’animation et de la légimité de l’avortement aux premiers Stades de la grossesse quelques malthusiens, fiers de soutenir des idées d’avant-garde abandonnées depuis plusieurs siècles.

Le catholicisme ne se prononce pas sur la date réelle

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de l'animation, il considère qu'il y a doute et le plus sage dans ces conditions est d’agir pour le mieux dans les intérêts de l’enfant, de le considérer comme doué d’une âme spirituelle dès l'instant même de la conception.

Aussi bien l'Eglise prescrit-elle de baptiser les fœtus quel que soit leur âge (quovis tempore editi) et sur ce point, le texte du RITUEL lui-même (rubrique du baptême) a été modifié dans le sens de l’opinion désormais commune des théologiens. Au texte ancien « Personne ne doit être baptisé dans le sein de sa mère » a été substitué le texte suivant : « Personne ne doit être baptisé dans le sein de sa mère, tant qu’il y a un espoir sérieux d'expulsion d’un fœtus viable permettant un baptême normal ». L'Eglise ordonne donc énergiquement et sous peine de péché, à tous ses fidèles à défaut de prêtres, de baptiser tous les fiætus abortifs quel que soit leur âge, d’une manière absolue: s'ils sont certainement vivants, et sous condition si douteusement vivants.

Le Souverain Pontife Pie XI dans son admirable et puissante encyclique « casti connubii »; tout récemment encore, a rappelé à tous les chrétiens, et même à tous les hommes la doctrine de Rome (en l'occurence la loi naturelle) en matière d’avortement et de limitation des naissances. Nous exposerons le point de vue actuel du Catholicisme, en nous inspirant presque exclusivement de ce texte où se trouve en outre la condamnation du néomalthusianisme, de l’eugénique coupable et de toutes les doctrines philosophiques et sociales sur lesquelles l’homme tente de s'appuyer pour légitimer l’homicide.

« Parmi les biens du mariage, les enfants tiennent la première place » et invoquant la haute autorité de SainT AUGUSTIN, le Pape le cite longuement : « Que la procréation des enfants soit la raison du mariage l’Apôtre (SAINT PAUL) en témoigne en ces termes : je veux, déclare-t-il, que les jeunes filles se marient; et comme pour répondre

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