‹ L'E?glise de Gene?ve, 1555-1909;Chapitre 12 sur 170 · ET L'INSTRUCTION PUBLIQUE · texte numérisé non relu

ET L'INSTRUCTION PUBLIQUE

Aussi voyons-nous les fonctions de pasteurs et de régents ou de professeurs sans cesse cumulées par la même personne. Et pendant trois siècles une des principales attributions de la Compagnie fut bien la surveillance de l'instruction publique sous le contrôle du Conseil. C’est elle. avons-nous vu, qui nommait les ministres, régents et professeurs et qui soumettait ensuite son choix à la ratification du Conseil. C'est elle qui choisissait le principal du Collège, et, jusqu'en 183%, ce fut presque toujours à un membre de la Compagnie que cette fonction fut confiée. C'est elle qui gouvernait les écoles primaires qui ne tardèrent pas à se constituer au-dessous ou à côté du Collège. Elle prenait le recteur de l'Académie dans son sein. Jusqu'à la fin du XVIT* siècle ce fut souvent à un pasteur non professeur qu'échut cette fonction, toute gratuite du reste. « Ce régime, dit Auguste Bouvier, peut paraître singulier aux hommes d’un temps comme le nôtre, où prévaut la sécularisation de la science et de l’école. Il n'avait pas mal réussi pourtant jusqu'à la fin du XVIII siècle, et il fut rétabli avec la Restauration genevoise en 18147. » IL aurait probablement duré longtemps encore si Genève n'était pas devenue un canton mixte.

Ce qu'il y a de certain, c'est que pendant les XVI", XVII et XVIII siècles, à l'époque qui nous occupe, c'était la Compagnie qui établissait les programmes, fixait les horaires, faisait subir les examens et dirigeait chaque année la fête des Promotions. Dès le

L Encyclopédie des Sciences religieuses, Paris, 1877-1882, art. Genève,

XVI° siècle, quelques chaires furent confiées à des laïques. Puis, à mesure que l’enseignement supérieur se développa, le nombre des professeurs laïques augmenta et alors on distingua la Compagnie ecclésiastique et la Compagnie académique où les professeurs laïques siégeaient à côté des pasteurs.

« L'ennemi héréditaire de la haute école genevoise, remarque M. Borgeaud, fut toujours l’anémie du trésor public, alliée à un esprit d'économie poussé à l'extrème!. » Voilà ce qui paralysa les intentions les meilleures, ce qui s'opposa à la réalisation des projets de développement les mieux concus. Si malgré cela on put progresser, ce fut grâce au dévouement de tous à la chose publique. De là cette ingénieuse idée des chaires honoraires qui donnaient à leurs titulaires le crédit, la situation et leur part d'influence, mais ne coûtaient rien au trésor, Du étaient gratuites.

En 1588, alors que la République était engagée avec ses seules ressources dans la guerre contre le due de Savoie, que les finances de l'Etat étaient complètement épuisées, et les citoyens ruinés par les charges sans cesse renouvelées, le Conseil dut, malgré lui, congédier les professeurs et fermer l'école. La Compagnie multiplia d'abord les démarches pour faire ajourner une mesure si funeste ; puis, quand les ministres comprirent qu'il faudrait céder, ils insistèrent pour qu'on trouvât l'argent nécessaire en suppri-

1 Ca. Borcraup, /listoire de l'Université de Genève, t. I, L'Académie de Calvin, p- 379.

Page 1