ET L'INSTRUCTION PUBLIQUE
mant trois postes de pasteurs, s engageant à être néanmoins tous au travail. Ils firent d’autres offres encore. Quand il fallut se soumettre à la décision du magistrat, Th. de Bèze, « comme auparavant au temps de la peste, soutint ce qui pouvait rester de cours publics et fit chaque semaine trois heures de lecons de théologie!. »
Nous verrons plus tard que, pendant la révolution, la Compagnie se trouva en présence de difficultés analogues, et que c’est en faisant appel au dévouement de ses membres ou de ses amis qu'elle put, sinon répondre à tous les besoins, du moins faire face aux plus pressants.
Pendant le XVI[° siècle il y eut entre la Compagnie et le Conseil, toute une série de discussions relatives aux nominations des professeurs. À l'origine la Seigneurie laissait à la Compagnie le soin de se rendre compte de la capacité des candidats : le Conseil ne se mélait point d'examiner leurs titres scientifiques. Cela regardait les ministres. Et durant tout le XVI: siècle, ce principe fut scrupuleusement respecté par le magistrat. Le premier aecroc donné à cette tradition semble avoir été, suivant M. Borgeaud, ce qu'il appelle «la cabale » d'Antoine de la Faye, qui profita de la vieillesse de Th. de Bèze pour s'efforcer de prendre sa succession et chercha à écarter toute supériorité risquant de faire échec à ses vues
! Reg. de la Compagnie, 5 août et 7 octobre 1586; Reg. du Conseil, mêmes dates; Cu. BorcEAUD, 0p. cit., t. I, p. 192-194.
dominatrices. Lorsqu'il fut question de remplacer. dans la chaire d'hébreu, par Théodore Tronchin. Jean Diodati appelé à celle de théologie, le Conseil, sous l'inspiration de Jacques Lect, pensons-nous, délégua auprès de la Compagnie le syndic Chabrey, J. Lect, J. Sarasin pour s'enquérir de la capacité du dit Théodore Tronchin. On l’exhorta à faire trois mois, sans gages, la profession d'hébreu, pour qu'on pût juger sainement de ses aptitudes !.
Dès lors l'usage s'établit que le Conseil envoyât une délégation de ses membres assister aux examens pour la repourvue des chaires vacantes. La Compagnie céda assez facilement à cette prétention de la Seigneurie, mais elle réclama le droit d’élire à huis elos, ce qui était légitime, puisqu'en-fin de compte toutes les nominations de la Compagnie étaient soumises à la ratification du Conseil.
A la mort du syndic Jacques Lect, enlevé à l’âge de 51 ans, les cours de droit, qu'il n'avait Jamais cessé de faire, furent suspendus. On y pourvut d'une manière intérimaire jusqu à ce que Jacques Godefroy, filleul de Lect, ayant achevé ses études, vint sur le conseil de son père postuler la charge vacante. Le 16 octobre 1619, après un stage de quelques mois, pendant lequel il enseigna gratuitement, il fut nommé, et dès lors, selon l'expression d'un de ses successeurs, le professeur Bellot, il fut (tout à Genève et tout pour Genève. » Entré la même année dans le Conseil des Deux-Cents, il ne cessa de se vouer à l'Académie
1 Can. Borceaun, t. I, p. 420-421.
ET L'INSTRUCTION PUBLIQUE ol
et à la république. Le Conseil voulait qu'il assistât, comme professeur de droit, aux séances de la Compagnie où l’on traitait des affaires de l'Académie.
La Compagnie voulait bien avoir J. Godefroy comme expert, mais elle craignait que sa condescendance en ces circonstances ne fit précédent. Elle estimait, non sans raison, que puisque les membres de la Compagnie étaient forclos à bon droit des séances du Conseil, les membres du Conseil devaient être également forelos des séances de la Compagnie. Du reste, ceile-ci était si bien disposée pour Godefroy. qu à trois reprises, en 1621, 1622 et 1629, elle insista auprès du Conseil. pour que les cours de Godefroy, loin d'être suspendus, fussent maintenus, malgré la rigueur des temps et les nouvelles fonctions du titulaire. Celui-ci, en effet, continua ses cours, quoiqu il fit du Conseil des XXV ; il ne les suspendit que pendant son syndicat (1632-1638).
Les élections de 1699 firent entrer au Petit Conseil Robert Chouet, qui fut aussitôt nommé secrétaire d'Etat. Il profita de cette situation pour fouiller les archives et se rendre compte de bien des choses importantes. Il comprit, dit M. Borgeaud, le rôle capital que l'école de Calvin avait joué à l'époque huguenote. Récemment, il avait aidé de tout son
1 En 1626, la Seigneurie ne maintint pas sa manière de voir. Mais en 1630, la même question s'étant posée de nouveau lors de l'élection du professeur de philosophie, le Conseil statua que Godefroy aurait voix délibérative, « vu, que par les termes de l'Ordonnance, les professeurs en droit ne sont pas forclos de ladite élection. » Cu. BorcEAUD, t. I, p. 376.