‹ L'E?glise de Gene?ve, 1555-1909;Chapitre 15 sur 170 · EXAMENS DEMANDES · texte numérisé non relu

EXAMENS DEMANDES

vier, l'examen était terminé. Les censures faites, on lui donna lecture des articles des Ordonnances et on lui fit la remontrance accoutumée. Le lendemain, il prêta serment devant le Conseil et le dimanche8 janvier 1553 il fut présenté à l'église de Russin-Dardagny par le ministre Des Gallars, accompagné des chàtelains de St-Victor et de Peney, représentant la Seigneurie !.

Après la fondation de l'Académie, il est plus aisé de se rendre compte des examens réclamés. Ils roulent en général sur les langues grecque, latine et hébraïque, sur la morale, sur la philosophie, sur l'explication des textes, sans doute au point de vue de la controverse et de la doctrine, puis ils se terminent par la prédication d'un sermon sur un texte donné. Après quoi, le candidat était invité à prendre les engagements doctrinaux dont nous allons parler ; puis les portes étant ouvertes, il recevait séance tenante l'imposition des mains du modérateur.

Une correspondance entre la Compagnie et les Eglises Wallonnes de Hollande, en 1720, nous donne les renseignements suivants sur les examens exigés des candidats au saint ministère.

«Nos ministres, écrit le représentant de la Compagnie, emploient quatre années à la théologie, aux langues saintes, à l’histoire ecclésiastique. Ils font ces études sous cinq professeurs. [ls doivent composer huit propositions qu'ils récitent en présence de leurs professeurs et du modérateur qui y est toujours invité; puis une thèse qu'ils soutiennent devant les magistrats et la Compagnie. Ils sont grabelés en

! Reg. de la Compagnie, À, p. 213-214.

l'absence de leurs parents. On les reçoit à vingt-quatre ans, après l'examen le plus sévère de leur conduite. Ils font deux propositions d'examen composées et apprises en quarantehuit heures. Ils font des examens pour les langues saintes [le latin, le grec et l'hébreu], la philosophie, la théologie, l'analyse d’une épitre, l’histoire ecclésiastique, la morale, sur laquelle ils font un discours composé en trois ou quatre heures, sans autre livre que la Bible, dans un lieu enfermé sous la surveillance de trois pasteurs; puis la Compagnie délibère à nouveau par balottes; elle examine surtout la bonne et saine connaissance que le candidat peut avoir de l'Ecriture Sainte, et, pour éviter tout danger du côté des sentiments [c'est-à-dire la doctrine], il font publiquement la protestation solennelle composée par notre grand Calvin dont on explique encore aujourd'hui régulièrement le catéchisme deux jours par semaine dans chacune de nos trois paroisses [de la ville]!. »

Cette lettre parle de thèses. Sans entrer ici dans cette question qui exigerait une trop longue digression et que nous avons traitée ailleurs?, disons toutefois que la soutenance des thèses n'était pas nécessairement la fin des épreuves imposées aux candidats, car elle avait lieu quelquefois au cours des études. Les examens ne semblent pas avoir conféré de grades académiques. Ils n'en étaient pas moins considérés comme très complets et comme portant non pas sur les cours suivis mais sur l’ensemble des disciplines théologiques, et 1l serait facile de certifier que, pour les personnages distingués en tous cas, le titre de ministre de Genève équivalait à l'étranger au grade de docteur en théologie. En 1815, la Compagnie

1 Lettre citée par GaBerez, Hist. de l'Eglise de Genève, t. III, p. 178 et par Cu. Borceaun, t. I, p. 542.

? H. Hexer, Catalogue des thèses de théologie, p. LXII.

appelée à délibérer sur cette question, tout en refusant de délivrer un diplôme de docteur au pasteur Coutau-Abauzit, reconnaît que quoique les pasteurs ne s'appellent pas à Genève du nom de docteur, «tous ceux qui sont consacrés au saint ministère sont censés recevoir ce titre parmi nous, et [en] ont souvent Jjoui dans les pays étrangers. »

Engagements imposés aux candidats. — Dans la première édition des Ordonnances (1541), Calvin demande que les ministres aient « bonne et saine connaissance de l'Ecriture », et dans le serment prêté devant la Seigneurie, le pasteur qui venait d'être élu s'engageait à « servir fidèlement à Dieu. pourtant [annonçant] purement sa Parole pour édifier cette Eglise... », et il promettait de garder les Ordonnances ecclésiastiques ?.

En 1561, on lit ce paragraphe qui est nouveau :

«Aussi, pour éviter tous dangers que celui qu'on veut recevoir nait quelque mauvaise opinion, il est requis qu'il proteste de tenir la doctrine approuvée en l'Eglise, surtout selon le contenu du Catéchisme *. »

En 1576, le ministre promet de «tenir la doctrine des saints prophètes et apôtres comme elle est comprise ès livres du Vieil et Nouveau Testament, de laquelle doctrine nous avons un. sommaire en notre Catéchisme ».

! Reg. de la Compagnie, du 3 février 1815.

* Ordonnances 1541, art. 5.

3 Opera Calvini, t. X, pars I, p. 93.

* Ordonnances 1576, art. VI.

A la suite de controverses suscitées par la présence à Genève d'Alexandre Morus, qui fut nommé professeur de grec à l'Académie en 1639, puis pasteur et professeur de théologie de 1642 à 1649, la Compagnie fut amenée à décider, le 6 août 1647, que désormais tout candidat au saint ministère s'engagerait, outre l'ordinaire, à enseigner conformément à ce qui a été arrêté au Synode de Dordrecht et aux Synodes nationaux de France jusqu à présent, et à rejeter particulièrement cette nouvelle doctrine de l’universalité de la grâce et de la non-imputation du premier péché d'Adam!.» Deux ans plus tard, on rédigeait, sur ces questions controversées, toute une série de thèses, dites thèses de 1649, qui furent signées par Morus avant son départ de Genève, ainsi que par le modérateur et le secrétaire de la Compagnie au nom du Corps?. En 1669, la controverse ayant repris, tous les membres de la Compagnie durent apposer leur signature au bas des dites thèses, précédée de ces mots : Sic sentimus (Ainsi nous croyons). Les opposants furent obligés par le Conseil à signer également.

Dès 1669, ces thèses furent présentées à tous les candidats au saint ministère qui durent les signer en ces termes : Sic sentio, sic profiteor, sic docebo et non contrartum docebo (Ainsi je crois, ainsi Je pro-

! Reg. de la Compagnie, ad diem. Voir H. Hexer, Catalogue des thèses de théologie, Introduction, p. Lxxxv et suiv.

? Tbid., p. Lxxxvin.

> Jbid., p. Exxxvunr.

fesse, ainsi j'enseignerai et n'enseignerai rien de contraire)!.

Dix ans plus tard, après de longues délibérations, la Compagnie se décida, par arrêté du 15 février 1678, à adhérer, non sans réserves toutefois, à la formule de concorde [Consensus] approuvée et signée par toutes les Eglises réformées de Suisse et par celles de leurs alliés?. Le Consensus fut signé, le 27 décembre, au nom de la Compagnie, par Jacob Sarasin, modérateur, et Bénédict Calandrini, secrétaire «ad actum. Dès lors, jusqu'au 21 mai 1706, il fut signé par tous les candidats au saint ministère.

A la suite de nouvelles délibérations, amenées entr autres par les réclamations de Gamaliel Vautier et de Jacques Vial, lors de leur entrée dans la Compagnie, le formulaire de réception fut adopté en ces termes le 27 août 1706 * :

« Vous protestez et jurez devant Dieu de croire et de faire profession de croire tout ce qui est contenu dans les Saintes Ecritures du Vieux et du Nouveau Testament, qui sont la véritable et l'unique règle de notre foi.

« Vous promettez encore de n’enseigner rien qui ne soit conforme à la Confession de foi et au Catéchisme de cette Eglise, conmme contenant le sommaire de ce qui nous a été enseigné dans l’Ecriture Sainte. |

«Vous êtes enfin exhortés à n'enseigner rien ici

! Heyer, Catalogue des thèses de théolosie, p. Lxxxvux et xor. * Ibid., p. xen-xciv.

% Jbid., p. xev et xevr.

dans l'Eglise et dans l'Académie contre les canons du Synode de Dordrecht, contre les règlements de la Vénérable Compagnie et contre celui des Eglises de Suisse, et cela pour le bien de la paix et pour garder l’uniformité dans la manière d'enseigner.

« N'est-ce pas ce que vous promettez ?

« liéponse : Je le promets. »

La même année, la Compagnie arrêta de supprimer, dans l'article dont on exigeait des ministres la signature, ces mots : Sic sentio. La formule d'adhésion devint donc :

Sic profiteor, sic docebo, nthil contrarium docebo (Ainsi je professe, ainsi j'enseignerai et n'enseignerai rien de contraire).

Cette résolution fut approuvée par le Petit Conseil.

Enfin, le 1° juin 1725, grâce à l'influence de plus en plus prépondérante de Jean-Alphonse Turrettini, la Compagnie, sous la présidence de Samuel Turrettini, modérateur, €opinant sur le formulaire de 1706, mitigé sur l'ancien, dont on s'est servi depuis lors à la réception des ministres, après deux tours, l'avis unanime, à une ou deux voix près, a été de ne plus se servir désormais du dit formulaire, mais de s’en tenir à l'article VI du titre l° de nos Ordonnances ecclésiastiques, dont on lira les termes suivants :

« Vous protestez de tenir la doctrine des saints prophètes et apôtres comme elle est comprise dans les livres du’ Vieux et du Nouveau Testament, de laquelle doctrine nous avons un sommaire dans notre

Catéchisme.

« Et en même temps le modérateur sera chargé d'intimer à ceux qu'il recevra au saint ministère de ne traiter dans les chaires aucune matière curieuse et inutile et qui tende à troubler la paix.

« Ce qui a porté la Compagnie à prendre cette résolution, c'est : 1° que les disputes qui ont donné lieu à la protestation de 1706 ayant cessé entièrement, [celle-ci] devient par là inutile.

«2° La Compagnie a considéré que l’on ne peut conserver cette protestation, sans faire de la peine à quelques-unes des Eglises réformées, où l’on a des idées contraires à celles des formulaires dont il est parlé dans la protestation susdite.

«3° Elle a remarqué qu'en gardant cette protestation, on fait ce que les Puissances Protestantes ont désapprouvé dans d’autres Eglises, puisqu on s'engage comme elles à ne point enseigner contre le Consensus.

«4° Ce qui la détermine est la considération des Luthériens, que le Synode de Dordrecht et le Con- SeCNSUS éloignent extrêmement de se réunir avec nous.

«Enfin, ce qui a engagé la Compagnie à substituer au précédent formulaire la protestation que prescrivent les Ordonnances, en y joignant les exhortations à éviter tout ce qui pourrait troubler la paix, c'est :

« |” Que cette protestation ne renferme rien que de sage, qu'elle nous engage uniquement à suivre et à enseigner la doctrine de l’Ecriture, engagement sous lequel doivent être tous les ministres de l'Evangile, que si elle parle du Catéchisme, ce n'est pas

pour l’égaler à l'Ecriture, ni pour nous engager à le suivre en tout, mais simplement pour témoigner que nous reconnaissons que l’on y trouve la substance et le sommaire de la doctrine chrétienne; que d’ailleurs cette protestation et ces exhortations pourvoient à tout ce que l'on cherche par la voie des Formulaires, puisqu'elles engagent à enseigner d'une manière pure et à ne rien avancer qui puisse occasionner des disputes. Qu'enfin en se servant de cette dernière protestation, on s'en tient aux Ordonnances, on suit les vues des Réformateurs et on se remet sous la règle qu'on aurait dù suivre et sous laquelle notre Eglise à vécu pendant plus d’un siècle. « Avisé aussi que le tout sera porté à M. le Premier Syndic, ce dont M. le Modérateur a été chargé !. » Cette décision, prise à la presque unanimité des voix, fut le dénouement de la lutte qui, depuis le milieu du XVIT° siècle, était engagée à Genève entre le parti calviniste et le parti arminien. Le parti calviniste, dirigé surtout par François Turrettini, s'était efforcé d'imposer silence aux théories arminiennes sur la grâce, mais en vain. À partir de 1669, les symboles étaient signés comme règles de foi. Dès le 23 avril 1706, on ne les signait plus que comme règles

1 Reg. de la Compagnie, du vendredi 15 juin 1725 : « M. l'ancien modérateur a rapporié que M. le premier syndic lui avait dit que le Conseil avait approuvé unanimement l'avis de la Compagnie au sujet du Formulaire de 1706, de même que le tour qu'on avait donné à cette affaire, mais que le Conseïl souhaitait en même temps que l’on en fit le moins de bruit quil serait possible et surtout que ceux de ce Corps qui ont des correspondances dans les pays étrangers n’écrivissent pas sur ce sujet. »

d'enseignement, dès le 27 août de la même année, que comme articles de paix.

Cette journée du 1° juin 1725 a été célébrée par les adversaires des confessions de foi et rabaissée par leurs partisans. Avec M.F. Chaponnière!, nous répétons volontiers que cette date

...n'a mérité Ni cet excès d'honneur, ni cette indignité.

Ce jour, en effet, ne marque nullement l'abolition de toute confession de foi à Genève, puisque l'arrêté fut voté d'un commun accord par le parti calviniste comme par le parti arminien, et que ce fut un simple retour aux Ordonnances du XVI° siècle. Sans doute, dit encore M. F. Chaponnière « la Compagnie déclara que le Catéchisme n'était pas égalé à l'Evangile, qu on n'était pas forcé de le suivre en tout, » mais elle déclara, d'autre part, qu'on y trouvait la « substance de la doctrine chrétienne, » et elle y reconnut, par conséquent, une confession de foi dans le sens large du mot. Ce qu'elle entendait abolir, e’était la tyrannie des formules caractéristiques du ealvinisme rigoureux et celle des déterminations doctrinales enfantées par la scolastique du protestantisme. Enfin, il ne faut pas oublier que l’autorité des Ecritures avait alors à Genève un sens autrement plus rigoureux qu aujourd hui.

Quoi qu'il en soit, cet arrêté de la Compagnie a été vivement attaqué par les théologiens dissidents et par leurs partisans. On a prétendu que cette décision

1 F. Cnaponnière, La question des Confessions de foi, Genève, 1867, Ire part., p. 151.

de la Compagnie n'avait pas de valeur légale puisqu elle n'avait pas eu la sanction du Conseil Général. On méconnaît que l'arrêté de 1725 se borne, au fond, à reprendre le paragraphe des Ordonnances de 1576 et que les additions qui y furent introduites n'avaient jamais été soumises au vote du Conseil Général. On a beaucoup appuyé également sur le fait que le Petit Conseil pria instamment les pasteurs d'éviter de faire mention de leur décision dans leur correspondance avec les pasteurs de la Suisse. Mais on ne doit voir, dans cette injonction du Conseil, qu une simple mesure de prudence, tout à fait dans le mode d'agir du magistrat genevois. Il savait à quel point les gouvernements des cantons évangéliques (LL. EE. de Berne principalement) tenaient au Consensus, et il pouvait craindre que la mesure adoptée par la Compagnie avec le plein assentiment des Conseils genevois ne lui attiràt des difficultés avec les alliés helvétiques.

Ajoutons que l'un des principaux motifs allégués par la Compagnie, c'est le désir d’arriver à un rapprochement entre les protestants et il est clair qu'elle n’entend point émettre une opinion sur les formulaires précités. En fait, la Compagnie inaugure ce qu'on lui a tant reproché dans la suite, cette ère de tolérance, de latitudinarisme ou, si l’on veut un terme moderne, d'union des protestants sur la base de l'autorité des Ecritures librement interprétées".

! Le Protestant de Genève. 1831, p. 87 et suiv.; 141 et suiv.; 532 et suiv.; GABEREL, /istoire de l'Eglise de Genève, t. III, p. 151 et suiv.

$ 5. Œuvres collectives des pasteurs de Genève.

1. La version de la Bible. — On sait que la Bible sortie en 1535 des presses de Pierre de Wingle, établi alors à Neuchâtel, fut traduite par Robert Olivétan, cousin de Calvin, à la requête et aux frais des Vaudois des Vallées des Hautes Alpes de France et du Piémont!. Olivétan mourut à Ferrare en 1538. Calvin, qui avait suivi très attentivement tout le travail du traducteur, prit en main son œuvre et, par des éditions successives du Nouveau Testament, améliora déjà cette version ?. Mais ce n était pas ce que le Réformateur demandait. Il « souhaitait que quelque savant homme, garni de tout ce qui est requis pour une telle œuvre, se consacràt tout entier, pendant une demi-douzaine d'ans, à la traduction de la Bible, et qu'ensuite il communiquât son ouvrage à plusieurs personnes habiles, qui le reviseraient de concert avec lui°. »

Th. de Bèze apporta de bonne heure sa collaboration. En 1561, paraissait à Genève une version du Nouveau Testament, avec ces mots en sous-ttre :

1 HerminsArD, Op. cit., t. II, n° 393, p. 453, n.18 et 19; t. LT, p. 423; Tu. Durour, Notice bibliographique sur le Catéchisme et la Confession de foi de Calvin, etc., Genève, 1878, in-16, p. cexxy et sui.

= Ta. Durour, op. cit. p. ccrxvir-cezxix; Cu. Borceau», 1. I, p. 319.

$ L. Seconp, La Sainte Bible, Ancien Testament, Genève, 1874, MMOLMNECC CMP; x

« Revu de nouveau et corrigé sur le grec par l'avis des ministres de Genève!.» Dès lors, Th. de Bèze ne cessa d'en publier d'autres éditions ; il avait étudié cette partie de la Bible sur dix-neuf manuscrits, sur lesquels deux étaient d’une réelle valeur : le Codex Cantabrigensis, dont il fit cadeau à l'Université de Cambridge en 1581, et le Codex Claromontanus !. Lorsque Corneille Bertram fut nommé à la chaire d'hébreu (1567), Bèze entreprit avec lui la traduction de l'Ancien Testament. Cette version fut revue par une réunion de théologiens. Telle fut l’origine de cette Commission de la Bible qui fonctionna pendant trois siècles. Elle fut alors composée, outre Théodore de Bèze et Bertram, de Charles Perrot, Rotan et Jaquemot. Bertram en fut le principal reviseur et il dessina les figures dont elle est ornée. Cette version parut à Genève en trois éditions (in-folio, in-quarto, in-octavo), en 1588. Les frais en furent avancés par Rotan et le produit net de la vente en fut attribué « à la communauté des pauvres réfugiés de divers pays et nations en cette Eglise?. »

C'est, dit M. Borgeaud « la fameuse Bible des Pasteurs et Professeurs de Genève (1588), l'une des publications, à en juger par le nombre des éditions et par l'influence exercée sur le monde, les

1 Th. de Bèze étudia aussi les Pères et les versions syriaques, de sorte que grâce à Jui le texte fut amélioré. — Æncyclopédie des sciences religieuses, art. Bèze, t. I, p. 270.

1 Cu. Borceau», op. cit., t. I, p. 322 et suiv.; H. Heyer, Catalogue des thèses de théologie, p. xu.

plus importantes qui soient jamais sorties d'une haute école. » Dans l’épitre placée en tête du volume, les auteurs, sans prétendre qu'on ne puisse faire mieux, émettent le désir qu'on s’en tienne à leur œuvre. « Elle se présenta, suivant le professeur L. Segond, avec une telle autorité et fut si bien accueillie des Eglises réformées, qu'elle ferma jusqu'à nos jours l'accès à toute tentative de traduction indépendante, d’après les textes originaux et en conformité avec les progrès dans les études historiques, philologiques et exégétiques. » Malgré l’immense succès de cette version, on sentit de bonne heure le besoin de l'améliorer. Mais les fidèles s yopposaient. « Tout ce qui dépassait les limites d’une légère retouche ou d'un simple redressement de la langue était frappé de réprobation! ». La Compagnie ne semblait plus la maîtresse de son œuvre, bien qu'elle en connût les défectuosités. En 1721, sous l'impulsion de J.-A. Turrettini, on se remit à l'œuvre et l’on peina pendant plus de trois quarts de siècle. Y travaillèrent J.-Alph. Turrettini, Samuel Turrettini, J. Dentand, Ant. Maurice, J.-Th. Le Clerc, Jacob Vernet, David Claparède, Jean Sarasin, J.-L. de Roches, Senebier, Jean- Ami Martin ?, etc. Enfin, tout ce labeur aboutit. La Compagnie fit paraître le Nouveau Testament en 1802 et la Bible entière en 1805. Dans la préface de celle-ci, qui est due à la plume de Jean-Ami Martin, l’auteur expose que la Compagnie, «en cédant aux invitations

! L. Secoxp, ibid.; Reg. de la Compagnie, passim. * A. Bouvier, Votes manuscrites sur le XVIIIe siècle, Bibl. de la

Compagnie.

réitérées qui lui ont été faites d'accélérer la publication de ce travail, a cru que cette version, telle qu'elle est [c'est-à-dire sans s’en dissimuler les imperfections|, aussi littérale que la langue pouvait le permettre, faite d’ailleurs avec candeur, sans prévention pour les opinions particulières, et dans laquelle on n’a cherché que la vérité, pourrait mériter l’'approbation des hommes instruits et contribuer à l’édification des fidèles. » La préface, après quelques détails sur le travail des reviseurs, s'étend sur la valeur incomparable de la Bible, sur son excellence et sa divine autorité. « Cette édition, dit le professeur Segond, est plus qu'une revision, mais ce n'est pas dans son ensemble une traduction émanant en ligne directe du texte hébreu. Elle n’a pas eu le sort prospère de sa sœur aînée; on l’a repoussée plutôt qu'accueillie... Peut-être n’a-t-elle pas encore été impartialement Jugée. » Elle n'obtint pas, suivant Douen, pour des motifs étrangers à l’ordre scientifique, le succès quelle méritait!.

D'après le passage cité plus haut, la Commission certifie que son œuvre est une œuvre de bonne foi, et qu'elle s’est efforcée de traduire sans se laisser influencer par des préoccupations dogmatiques. Or, c'est ce que de toutes parts on s’est absolument refusé à admettre. Si la bonne foi se trouvait dans une égale mesure chez les contradicteurs et chez les traducteurs, nous doutons qu’on en puisse dire tout à

1 L. SEGOND, Op. cit. p. XI; Encyclopédie des sciences religieuses, art. Version de la Bible, t. XII, p. 347.

fait autant de l'impartialité. Cette version, il faut le reconnaitre, cherche trop la pureté du style, elle tombe trop souvent dans la paraphrase, et ce défaut n'est pas suflisamment compensé par les notes indiquant le sens littéral du texte original!. Quoi qu'il en soit, la Compagnie, qui se rendait compte mieux que personne sans doute des défauts de ce vaste travail, donnait tout aussitôt à une Commission permanente le mandat de le revoir®?.

Celle-ci se mit au travail *. Après diverses phases, les théologiens qui la composaient estimèrent que le moment était venu d'entreprendre non pas une simple revision, mais bien une version entièrement nouvelle. Et alors il leur parut indispensable « que l'œuvre prit un caractère individuel et qu'elle fût accomplie par un homme spécialement préparé, qui y consacràt tout son temps, toutes ses facultés, tous ses soins et qui en eùt en quelque sorte la responsabilité devant l'Eglise et

! « Le français, » lisons-nous dans La Bible en France de Petavel- ONiF, p. 178, « est devenu tout à coup pour ces théologiens le point capital... L'ancien et obscur littéralisme fut tellement mis de côté que l'on tomba dans l'excès contraire. Ce texte se lit très bien parce qu'il est à la fois transparent pour le sens et élégant pour la forme... Mais le parfum antique et oriental se dissipe de la sorte et se perd ici plus entièrement encore que sous l’étreinte des pronoms relatifs et sous la bigarrure des italiques dans les autres traductions. Perret-Gentil disait que c'était dans cette Bible qu'il avait pour la première fois entrevu les beautés qu'il a admirées dès lors dans l'original. »

? L. Secoxp, ibid.; Reg. de la Compagnie.

# Outre les survivants de l’ancienne Commission, citons J.-E. Cellérier, D. Munier, L. Segond. Hirschgartner, ete. pour l’ancien Testament; et pour le Nouveau Testament, Weber, Bedot, Ant. Cherbuliez, puis H. Oltramare.

devant Dieu. » La Compagnie accepta les vues de la Commission et confia le travail au pasteur Louis Segond, docteur en théologie, que ses études sur l'Ancien Testament et sa profonde connaissance de la langue hébraïque désignaient à ses suffrages. Cette traduction parut en 1874. S

Quant au Nouveau Testament, nous avons dit que la Compagnie le fit paraître seul en 1802 ; puis en 1835, à l'époque du jubilé de la Réformation, elle mit en vente une nouvelle version. À l'exactitude, mérite incontestable de celle de 1805, les auteurs de la revision de 1835 se sont efforcés, dit la préface, d'ajouter celui de la précision, de l'énergie, de la couleur locale, de la simplicité antique, qui n appartenaient pas au même degré à sa devancière. Pour être complet, disons que cette traduction a partagé, dans une certaine mesure, la défaveur de l'édition de 1805. Un critique disait spirituellement naguère à son sujet : « La preuve que cette version est excellente, c'est qu'en général les auteurs lui donnent la seconde place, la première place étant réservée à leur propre traduction. »

Quoi qu’il en soit, à peine l'édition de 1835 étaitelle mise en vente, que la Commission permanente se remettait à l'œuvre. Mais bientôt on se demandait si ce n'était pas le moment de renoncer aux anciens errements d’une collaboration, et s’il n’était pas préférable d'encourager une œuvre homogène. C'est pourquoï, en demandant au docteur Louis Segond

1 L. Seconn, La Bible, Ancien Testament, 1874 préface.

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