LA FACULTÉ DE THÉOLOGIE
Tous les professeurs assistaient à la dispute des thèses du samedi et aux propositions des étudiants!.
Malheureusement, Antoine Maurice meurt à 79 ans en 1795, et l’année suivante David Claparède est frappé d’apoplexie pendant qu'il présidait aux grands examens d'un candidat au saint ministère. On sort à peine des pires années de la Révolution. La Compagnie à perdu ses fonds?. Le trésor public est à sec. Le gouvernement n'autorise plus que deux professeurs de théologie. Sous la domination française, la situation devient plus critique encore. Comment
Nouveau Testament. En effet, depuis la mort de David Claparède jusqu'à la nomination de Cellérier, soit pendant vingt ans, il ny a pas eu de cours d’exégèse, mais Pierre Picot, dans un rapport, expose qu’il cherche à remédier à cette lacune en dictant aux étudiants des extraits des cours de Claparède dans des leçons qu'il leur donnait en particulier et en surveillant leurs travaux à domicile. Ami Bostraconte dans ses mémoires qu'il était plus souvent en petit bateau sur le lac que sur les banes de l'Auditoire, si bien que tel de ses professeurs ne devait pas même le connaître de vue. Peut-être que s’il avait été plus régulier il eût été mieux orienté et serait parti de Genève avec un bagage scientifique plus considérable. Gabriel Pasteur, en décrivant l'histoire apostolique, expliquait à ses élèves une partie du Livre des Actes, tandis que son collègue chargé de la controverse donnait sur les textes bibliques nombre d'explications exégétiques à l'appui. Il est bon de rappeler que l'on sortait alors du Collège de Genève sachant très bien son grec (ce qui n'a pas toujours été le cas dans la suite), et que les cours publics de même que les soutenances de thèses se faisaient en latin, la seule langue parlée dans les disputes académiques.
! Cu. Borceaun, t. I, p. 561.
2 Les fonds qui appartenaient à la Compagnie ne lui venaient point de l'Etat, mais lui avaient été confiés par des amis de l'Eglise pour faciliter l'exercice du culte ou subvenir à certaines dépenses, par exemple aux frais de remplacement et soulagement des pasteurs, etc. 50,000 florins avaient été perdus dans la Chambre des blés. Une somme égale, croyons-nous, avait dû être versée dans le trésor public en 1794.
les études ne s’en seraient-elles pas ressenties? Mais les déficits de l’enseignement ne sont point une conséquence de l'arrêté du 1° juin 1725, abolissant en fait les confessions de foi!. C’est le résultat des difficultés du jour et de la situation politique. Jamais ne fut plus vrai le mot de Calvin à propos de l'organisation de l'Eglise à Genève : « Nous avons fait non pas ce que nous avons voulu, mais ce que nous avons pu. »
La Faculté en était réduite à Pierre Picot, qui professait la théologie, et à J.-L. De Roches, qui donnait les lecons d'hébreu. Gabriel Pasteur accepta d'être professeur honoraire d'histoire ecclésiastique et, sous le nom de cette discipline, s’efforca de combler quelques-unes des lacunes inévitables. Sans doute, c'était déplorable, mais encore une fois la cause en est non pas à la dogmatique, mais au malheur des temps. C'était l’époque où on lit dans les procès-verbaux de la Compagnie cette phrase Significative en réponse à une demande de secours de coreligionnaires étrangers : « Vu le malheur des temps, à notre grand regret nous ne pouvons répondre favorablement à cette requête *. »
Dès que les circonstances le permirent, la Compagnie adjoignit à P. Picot le professeur J.-L. Duby, chargé d'enseigner l'éloquence sacrée dès 1802, et il s'en acquitta d’une manière fort remarquable.
Presque au même moment, Peschier, tout ortho-
1 De Gourz, op. cit., p. 125.
? Reg. de la Compagnie J. J. et K. K. passim.
doxe qu'il était, fut appelé à faire le cours de morale!.
A la mort de Jean-Ami Martin, Gabriel Pasteur, obligé de se consacrer plus que jamais aux affaires d'administration, donna sa démission de professeur. Il fut remplacé par J.-P.-E. Vaucher. Enfin, en 1816, à J.-L. De Roches succédait J.-E. Cellérier, fils du vénéré pasteur de Satigny, qui allait imprimer à la Faculté une direction nouvelle. Ces choix étaient excellents et l'enseignement théologique à l’Académie de Genève était maintenant à une hauteur digne de son passé et des nécessités du jour.
L'année suivante, il fallut nommer un professeur de dogmatique en remplacement de Pierre Picot. On y appela J.-J.-C. Chenevière.
! Nous soulignons ici le fait que J.-L. Peschier était orthodoxe; mais nous sommes persuadé qu’en l’appelant à enseigner la morale, la Compagnie ne songea pas aux opinions théologiques du professeur. Ce qui la guidait dans ses choix, c'étaient moins les idées théologiques du candidat que ses aptitudes et ses talents. D'ailleurs, au XVIIIe siècle, il y avait évidemment alors dans le corps pastoral des opinions, des groupements divers, il n’y avait pas des partis théologiques ou ecclésiastiques. Il a fallu le Réveil et l’exclusivisme de ses docteurs pour amener les pasteurs à se grouper en partis ; et encore cherchat-on toujours à atténuer ces divisions. Il ne faudrait pas conclure de ce que nous disons ici que pour la Compagnie d'alors la dogmatique fût chose secondaire, ce serait vraiment s'égarer tout à fait dans son jugement. Tout ce qu’on peut dire, c’est que l'attention n'était pas portée de ce côté. D'ailleurs la Compagnie surveillait d'assez près l’enseignement donné aux proposants pour redresser immédiatement ce qui aurait pu lui déplaire. Ce qui dut diriger la Compagnie dans ses nominations, ce fut souvent une question d'économie et l'on préféra maintes fois élire un professeur dont la situation de fortune était suffisante pour ne pas entrainer une augmentation dans les charges de l'Etat. Il y avait alors chez tous les serviteurs de la République un désintéressement et un dévouement dont la génération actuelle ne se doute guère.