CHAPITRE" IX
L'Eglise de Genève sous la Constitution de 1842.
L'administration de l'Eglise protestante nationale — tel est le nom donné à l'Eglise réformée par la Constitution de 1842 — est confiée désormais à la Compagnie des pasteurs et à un Consistoire”.
On avait reconnu dès longtemps la nécessité
! Les députés à la Constituante de 1842, quand ils abordèrent le chapitre du Culte, se trouvèrent pour la plupart fort embarrassés. Plusieurs invoquèrent leur incompétence. L'on proposa que l’organisation intérieure de l'Eglise protestante nationale füt revisée par un Synode composé de sept ecclésiastiques nommés par la Compagnie, sept ecclésiastiques et vingt-huit laïques élus par tous les citoyens protestants. Les décisions de ce Synode ne devant être valables qu'après que le Conseil d'Etat aurait reconnu qu'elles n'avaient rien de contraire à la Constitution ni aux lois civiles (proposition de M. Brocher-Veret). D'autre part, M. Lafontaine, le chef des députés catholiques, tout en laissant comprendre qu'il se rallierait volontiers à l’idée d’un Synode, fit une proposition très correcte, nous tenons à le reconnaître, et certes, si elle eût été adoptée, elle nous aurait épargné bien des difficultés. Le député catholique demandait que l'on en restàt provisoirement au séatu quo pour tout ce qui concernait l'Eglise protestante, mais que le Conseil d'Etat soumit au nouveau Grand Conseil un projet de loi destiné à fixer le mode d'après lequel la revision des lois ecclésiastiques devrait avoir lieu. Il était dores et déjà
d'amener les laïques à participer davantage à la direction de l’Eglise et on s’efforca de répondre à ce désir. Du reste, la part accordée aux laïques dans le gouvernement de l'Eglise de Genève par les Ordonnances de Calvin se trouvait, en fait, très grande, puisque toutes les mesures prises par la Compagnie étaient discutées par le Petit-Conseil, qui se composait de vingt-cinq conseillers, et toutes les fois que cela était nécessaire, elles étaient soumises à l’approbation du Conseil des Deux-Cents. Deux cents laïques étaient, par conséquent, au courant des affaires de l'Eglise sous l’ancienne république. Et, comme le nombre des votants ne devait guère dépasser deux mille, c'était donc à peu près le dixième des électeurs qui décidait en dernier ressort des choses de l'Eglise. Depuis l’adjonction au Canton de Genève des communes réunies, les Conseils ne pouvaient décidément pas reprendre les attributions de ces corps dans les siècles antérieurs, et c'est ainsi que, par la force des choses, la Compagnie, sans qu'il y eüt chez elle la moindre idée d’accaparement, avait été amenée à avoir une part prépondérante dans la marche de
décidé que les membres catholiques du Conseil d'Etat et du Grand Conseil nouveaux ne prendraient aucune part à la discussion ni à la votation qui auraient lieu à cet effet.
Ce projet du député catholique sourit à plusieurs membres. Il fut néanmoins écarté. On ne. voulut pas non plus du Synode. La situation religieuse du pays paraissait si troublée à la suite des controverses soulevées par le Réveil que beaucoup se demandaient avec inquiétude ce qui pourrait sortir de bon d’un Synode. C'est ainsi qu'en fin de compte on accepta le projet de la Commission dont le seul avantage était bien de s'éloigner le moins possible du statu quo. Voir Mémorial des séances, p. 1480 et suiv., 1483 et suiv.
l'Eglise. Par suite de la Constitution de 1842, la Compagnie se trouva composée : 1° des pasteurs en office ; 2° des professeurs en théologie; 3° des anciens pasteurs, auxquels la Compagnie, approuvée par le Consistoire, conservait le droit de siéger dans son sein ; 4° d'autres ecclésiastiques genevois, auxquels la Compagnie accordait ce droit sous réserve de l'approbation du Consistoire. La Compagnie surveille et dirige l'instruction religieuse et l’enseignement théologique dans les établissements publics. Elle prononce sur l'admission et la consécration au saint ministère. Elle nomme les professeurs de théologie. Elle peut adresser des avertissements aux pasteurs et aux ministres. Elle propose au Consistoire, à titre de préavis, toutes les mesures et tous les règlements quelle juge convenables aux intérêts de l'Eglise.
Le Consistoire comprend quinze membres de la Compagnie nommés par ce corps, et vingt-quatre laïques, dont quinze sont élus par un collège composé des citoyens protestants faisant partie du Conseil municipal de la ville de Genève, et neuf par un collège composé des citoyens protestants faisant partie des Conseils municipaux des autres communes.
Les membres du Consistoire sont nommés pour six ans et renouvelés partiers tous les deux ans. Ils sont immédiatement rééligibles. Les pasteurs sont nommés par les membres de la Compagnie réunis aux membres laïques du Consistoire. Nul ne peut être nommé pasteur s'il n'a été consacré par la Compagnie des pasteurs.
On le voit, l'élément laïque dominait dans le Consistoire de 1842. Ce que le gouvernement perdait en droit et la Compagnie en fait et en prérogatives administratives fut dévolu au Consistoire. Cette combinaison était peu logique et assez défectueuse au point de vue de la nomination des représentants laïques. Toutefois, Celle aurait été longtemps viable, à en croire Munier, par la raison qu'elle ouvrait la porte aux laïques et donnait, en quelque mesure, satisfaction à un désir fort naturel en soi et fomenté, dans un certain monde, par l'exemple d'une autre Eglise : la pratique de l'administration n'était plus exclusivement aux mains des pasteurs, c'était l'essentiel et, pour la grande masse, c'était plus qu’assez. »
Cette transaction équitable entre la tradition et les exigences nouvelles ne satisfaisait pas les partisans de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, ni les amis secrets de la dissidence ; sans doute ils étaient peu nombreux, mais très remuants. Ajoutez-y les mécontents de quelques élections de la Compagnie et du Consistoire réunis. Enfin les radicaux, dont les meneurs aspiraient alors à radicaliser le pays et qui voulaient « avoir raison de l'Eglise au moins dans sa forme organique, comme des autres institutions anciennes qu'ils ne cessaient d'accuser d'aristocratie!. » Ce parti atteignit son but par la révolution du 7 octobre 1846 et par la Constitution de 1847 qui suivit.
1 Muxrer, p 10.