‹ L'Eau de Mer en Ingestion dans les Dyspepsies: Son Influence sur la Sécrétion Gastrique et l'Excrétion UrinaireChapitre 6 sur 37 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

L’eau de mer en injection, depuis les travaux de Quinton (1897-1907). — Son action spéciale sur les troubles digestifs.

DÉBUTS ET ORIGINE DE L'INJECTION MARINE. — Nous arrivons maintenant à la période que nous qualifierons volontiers de période du sérum ; l'ingestion disparait complètement des travaux à l’ordre du jour, tout va résider dans l'injection. Cette transformation radicale date des remarquables travaux de René Quinton (1).

Nous devons signaler cependant que, bien avant lui, deux observateurs avaient déjà appliqué empiriquement la même méthode. Nous avons déjà nommé Bonnal (2), d'Arcachon, qui, avant 1881, traitait ses tuberculeux, ses scrofuleux par l’injection marine.

Nous rappellerons encore le D' Calvet (3), de Villers-sur- Mer, qui donnait, dans un opuscule paru en 1883, les indications de l'emploi de l’eau de mer en injections sous-cutanées. A ces auteurs revient le mérite d'avoir entrevu l'importance de cette thérapeutique; à Quinton revient celui de l'avoir transportée dans le domaine scientifique.

(1) R. Quinton, L'eau de mer en injections intra-veineuses aux doses fortes. Comptes rendus de la Société de biologie, 1897, p. 890, 935 et 965. — Injections souscutanées et lavements d’eau salée, Journ. de méd. et de chir. prat., 1897, p. 9-16. — Quinton et Julia, {njeclions comparalives d’eau de mer et de sérum artificiel. Comptes rendus de la Société de biologie, 1897, p. 1063-65. :

(2) F. Bonnal, Eau de mer en injections hypodermiques. Journ. de méd. de Bordeaux, 1905, p. 736-138 et aussi Journ. de méd. de Bordeaux, 3 mars 4907.

(3) L. Calvet, Des indicalions el des contre-indicalions des bains de mer. Paris, Delahaye, 1883,

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Sa loi de constance marine (1) aboutit à une conception nouvelle de l’économie. Après avoir montré l’origine marine de la vie, il prouve que l’ensemble des liquides dans lesquels baignent les cellules constitutives d’un animal, reste au travers de toute la série animale l’eau de mer des commencements. L'organisme n'est plus qu’ «un véritable aquarium marin où continuent à vivre, dans les mêmes conditions aquatiques, les cellules qui le constituent ». Quinton a donc pensé à introduire de l'eau de mer dans les tissus et à renouveler ainsi, dans une certaine mesure, les liquides viciés par certaines circonstances.

Sa conception a pris de suite l'envergure qu'elle méritait.

Nombreux déjà sont les auteurs qui sont venus apporter leur contribution à cette page nouvelle de la thérapeutique. Les publications se succèdent rapidement, et l'on peut dire que l’on a essayé la médication dans la plupart des affections.

APPLICATIONS THÉRAPEUTIQUES SUCCESSIVES. — (Juinton a observé un excellent résultat dans une intoxication par l'acide oxalique, un succès complet dans un cas de cirrhose compliqué d’érysipèle.

Dans la chlorose, dans certaines cachexies surtout, l’eau de mer paraît avoir assez bien réussi. C'est ainsi que Robert-Simon a amené l'amélioration remarquable d’un grand nombre de cas d’impaludisme, que Gastou et Quinton (2), dans des cas de syphilis à différentes périodes, ont obtenu une modification de l’état général, une poussée cicatricielle rapide avec guérison ou atténuation notable, une plus grande tolérance pour le mercure.

Marie et Pelletier (3) ont dirigé leurs recherches sur les affections mentales. Tous leurs malades ont vu un mieux se produire. Les crises de trois épileptiques ont diminué de fréquence. Chez

(1) R. Quinton, L'eau de mer, milieu organique. Compte rendu Académie des sciences, 28 mars 1904. — L'eau de mer, milieu organique. Paris, Masson, 1904, in-8. Ë (2) Gastou et Quinton, L'eau de mer en injections sous-cutanées dans la syphilis. Bull. Soc. franc. de dermat. el syph., Paris, 1905, p. 221-225 et Presse médicale, 1905, p. 453. |

(3) Marie et Pellelier, Le sérum marin dans la Lhérapeutique des maladies mentales, Bull. gén. de lhér., 30 oct. 1905.

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les paralytiques généraux, le plasma marin a activé la nutrition, fait augmenter le poids et disparaître la constipation, cause des ictus. Chez les mélancoliques, qui d'ordinaire mangent à peine et que l’on est obligé de gaver à la sonde, qui sont constipés et présentent tous les symptômes de l’atonie gastro-intestinale, les injections ont fait disparaitre cette constipation et renaitre un excellent appétit. Chez les maniaques et les déments précoces, l'amélioration de l’état général a toujours été accompagnée d'une régularisation très nette des fonctions digestives.

Certains auteurs ont recommandé ce même traitement dans les affections de l'appareil uro-génital. Quinton a rappelé au Congrès d'Arcachon (1) les très bons résultats qu'il a observés dans un cas de ménorrhagie avec dysménorrhée, dans une salpingo-ovarite accompagnée d'entérite. Ces améliorations furent d’ailleurs surtout sensibles au point de vue de l’état général et du relèvement de l'appétit.

En thérapeutique infantile, les résultats sont plus controversés. Simon et Pater (2) ont publié cinq cas de diarrhée verte, de broncho-pneumonie, d’athrepsie. Dans aucun cas, ils n’ont remarqué de modification avantageuse ; chaque injection a déterminé une réaction fébrile accusée, le poids a diminué, deux enfants ont été très aggravés. Avec les autres travaux nous prenons la contre-partie. Lachèze (3), dans sa fort belle thèse sur les troubles gastro-intestinaux des nourrissons, a noté l'amélioration de l'état général et l'augmentation de poids conséeutives à l'arrêt des vomissements, à l'apparition de la succion, à la cessation des diarrhées qui sont remplacées par des selles bien digérées.

De l'observation de 40 enfants débiles atteints de bronchite,

(1) Roberl-Simon, Le deuxième congrès de climalothérapie et de thérapeulique marine. La Revue des idées, 15 juin 1905.

(2) L.-G. Simon el Paler, Les injections d'eau de mer en thérapeutique infantile. Presse méd., Paris, 1905, p. 521.

(3) Lachèze, lhèse de Paris, 1904-05. — Lachèze et R. Quinton, L'eau de mer en injeclions sous-culanées dans la première enfance, Congrès de climat. et d'hyg. ürb.; Arcachon, 1905.

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diarrhée, ictère, athrepsie, Macé et Quinton (1) ont conclu à la disparition régulière et rapide de toute manifestation de débilité (troubles digestifs, cyanose, refroidissement) et à l'augmentation pondérale. Potocki et Quinton (2) ont obtenu de bons résultats dans 58 cas de thérapeutique infantile; les enfants tétaient avidement alors qu'ils ne pouvaient auparavant prendre le sein.

CONSTANCE DE L'AMÉLIORATION DIGESTIVE. — De l'analyse de ces travaux se dégage surtout un fait. L'amélioration la plus constante, que l’on retrouve avec une régularité presque mathématique, est celle qui porte sur les fonctions digestives. Que le sérum marin soit employé dans les affections mentales, dans les maladies de l'appareil uro-génital, dans la thérapeutique infantile, ce qui domine, à côté de la modification de l'état général, c'est la modification parallèle des phénomènes gastro-intestinaux. Et coïncidence remarquable, chaque fois que manque cette dernière comme dans les observations de Simon et Pater, fait généralement défaut toute autre amélioration.

Nous allons étudier maintenant, à ce point de vue particulier, le chapitre le plus important de l'application thérapeutique du plasma de Quinton, celui qui a trait à la cure de la tuberculose ; et nous verrons se reproduire ici avec la même régularité le parallélisme significatif que nous venons de souligner.

Prenons tout d'abord les 18 cas de tuberculose que Quinton lui-même publia en collaboration avec Robert-Simon (3), et pour plus de clarté résumons dans le tableau ci-après l’évolution des phénomènes digestifs au cours du traitement par le sérum, Nous laissons de côté les trois malades chez lesquels le lraitement est demeuré impuissant.

(1) Macé et Quinton, Les injections isoloniques sous-culanées d'eau de mer chez les enfants débiles, Rev. gén. de clin. el de lhérap., Paris, 1905, p. 6%, el Journ. des praticiens, 24 oclobre 1905.

(2) Potocki et Quinton, L'eau de mer en injeclions isoloniques sous-culanées chez les athrepsiques et les prématurés, Soc. d'Obst., de Gyn. et de Péd. de Paris, 13 nov. 1905, Presse méd., 1905, p. 752.

(3) Robert-Simon et R. Quinton, L'eau de mer en injeclions isoloniques souscutanées dans 18 cas de tuberculose, rapport présenté à l’Académie de médecine, 6 juin 1905.

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SEXE AGE PÉRIODE AVANT LES INJECTIONS APRES LES INJECTIONS Re | REED EEE SES ne Re A EE ER Re Femme 50 re |Appélit moyen, légère gas-| Bon appélil,ne souffre plus tralgie. de l'estomac.

Femme 24 {re Appélit capricieux. . Fringales. Femme 28 qe Appétit très bon. Appélit encore augmenté. Fillette 4 re Appétit moyen. Appélit remarquable. Femme 32 re Mange mal. Mange lrès bien.

Femme 26 re Inappétence. Appélitexagéré, fringales. Homme 22 15720 Juappétence. Appétit bon.

Femme 29 2e Appétit normal. Appélit augmenté, avec | ‘ fringales.

Homme 49 | 2e Bon appélit. | Appétit lrès augmenté. Homme 25 20 Appétit moyen. 'Appélilexcellent,fringales Femme 94 | de Appétit médiocre. Mange mieux.

Femme PPS Appélit variable, en géne- Mange très bien. | ral médiocre.

Homme 2? D, Mange très bien. Manque.

Femme 25 |ganglio. Appélit moyen. | Mange davanlage. Femme 23 lupus Appétit régulier. | Appélit augmenté.

Voici donc 15 cas, tous améliorés plus ou moins comme on peut le lire dans Le travail original, et s'accompagnant tous d’une augmentation concomitante de l'appétit.

Dans la thèse de notre camarade, le D' Védy (1), même coïncidence. Il nous serait facile de donner encore le tableau de ses malades. Qu'il nous suffise de résumer les points saillants de ses observations. Chez neuf de ses malades, l'amélioration existe, et s'accompagne toujours de relèvement de l'appétit, d'exagération de la faim, allant jusqu'à des fringales. Trois ne présentent qu'une amélioration passagère, l'appétit, bien meilleur et augmenté, disparait le jour où une poussée aiguë fait retomber le malade. Dans un cas stationnaire, l'appétit reste semblable à lui-même. Enfin dans tous les autres essais où Védy n'a noté aucun bénéfice, on ne trouve aucune modification des fonctions digestives.

Nous relevons les mêmes résultats dans la note que le D' Mongour a annexée à la thèse de Védy. Aucun de ses cavitaires n'a accusé un sentiment d'euphorie, or chez tous'il y a eu persistance de l'anorexie. Pas un seul de ses tuberculeux au second

(1) Védy, L'eau de mer en thérapeulique et principalement chez Les tuberculeux, thèse de Bordeaux, 3 janvier 4906.

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degré n’a été avantagé d’une facon durable, le relèvement de l'appétit n'a été que passager.

Les malades de Bonnal (1), Lalesque (2), Mathieu (3), Robert- Simon présentent ce même rapport constant. Ils voient disparaitre une partie de leurs symptômes pulmonaires, diminuer leur toux et leur expectoration, renaître leurs forces, mais en même temps l'appétit, précaire auparavant, augmente dans des proportions parfois considérables, la digestion devient facile.

Voilà la preuve sans phrase de l'idée que nous émettions tout à l'heure : IL y à sous l'influence de l'injection d’eau de mer une corrélation continuelle entre les phénomènes généraux ou locaux et les symptômes digestifs. Les uns sont la conséquence des autres. l

IMPORTANCE DE L'EUPHORIE DIGESTIVE. — Mais quels sont les premiers en date? La modification générale ne précède pas, d’une facon inéluctable, l'amélioration gastro-intestinale. Nous avancerons au contraire que le phénomène prinutif, essentiel, auquel sont subordonnés tous les autres, est celte réqularisalion si remarquable des fonctions digestives.

Lisle avait d'ailleurs remarqué comme nous que, chez ses patients, l'action commençait toujours par l'estomac.

Robert-Simon lui-même le reconnaît implicitement quand il écrit cette phrase dans son article sur le deuxième congrès de climatothérapie (4) : « Il faut ajouter que chez la plupart des malades, la toux incessante ou fréquente a diminué ou disparu, le sommeil est revenu, l'appétit s'est accru jusqu'à devenir parfois des fringales, les fonctions digestives, médiocres ou mauvaises, sont devenues bonnes, ce qui suffit à expliquer l'ac-

(1) F. Bonnal, Loc. cit.

(2) F. Lalesque, Les injeclions sous-culanées d'eau de mer ; la méthode el le plasma de Quinton, J. de méd. de Bord., 1905, p. 685-688. — Les injeclions de sérum marin et en parliculier dans la tuberculose pulmonaire, J. de méd. de Bord., 30 septembre el 7 oclobre 1906. — Les injections d’eau de mer isolonique dans la lhérapeutique infantile, J. de méd. de Bord., T janvier 1906.

(3) M. Mathieu, L'eau de mer en injeclions sous-culanées dans la luberculose pulmonaire, Progrès médical, 30 décembre 1905 et Revue des idées, 15 janvier 1905.

(4) Robert-Simon, loc. cit., La revue des idées, 15 juin 1905.

croissement du poids, les modifications favorables des lésions et, dans quelques cas, la disparition de tout signe stéthoscopique ». |

L'EAU DE MER COMME TRAITEMENT DES AFFECTIONS GASTRO-INTESTI- NALES. — De là à essayer Le traitement marin dans les maladies de l'appareil gastro-intestinal, il n’y avait qu'un pas; nous l'avons franchi. On nous objectera peut-être que Quinton l'avait franchi avant nous. Il a publié, en effet, un cas de dyspepsie avec entérite et trois cas d’entérite pure, mais son point de vue diffère du nôtre ; il s'est occupé surtout de l’action modificatrice générale de son plasma. Fidèle à sa conception, il montre que l'eau de mer agit dans des cas très divers de déchéance organique, parce que, quelle que soit la cause qui ait altéré le milieu vital, « c'est toujours régénérer la cellule que renouveler ou enrichir son bouillon de culture ».

Restait à choisir le mode d'administration.

Du cHoiX ENTRE L'INJECTION ET L'INGESTION. — Les résultats de l'injection sont excellents, mais elle a encore de multiples inconvénients. Elle détermine une poussée fébrile plus ou moins violente et quelquefois la température s'élève de 1,5 à 2”. À un moment donné le malade est pris de frisson avec claquement des dents et soif ardente. Quand l'ascension thermique manque, apparaissent des bouffées de chaleur, de la céphalée, de l’insomnie, de la courbature, phénomènes qui s’atténuent d'ailleurs peu à peu. Les injections aux petites doses de 10 et 20 ce., telles que les pratique Bonnal, ont paru à J. Carles conduire presque aux mêmes effets que celles de 100 et 200 cc. recommandées par Quinton.

L'ingestion ne cause pas la même terreur au malade, qui accepte assez bien le liquide et s'y habitue malgré son goût désagréable au premier abord. La réaction fébrile parait toujours faire défaut où du moins être extrêmement légère. Nous répèterons volontiers la phrase de J. Carles (1) : « Plus facile à

(1) J. Carles, L’eau de mer en ingestion, Prov. méd., 21 et 26 mai 1906 et Gazelle des eaux, 11 oct. 1906.

administrer, mieux acceptée et mieux tolérée que sous la forme de piqüres, l’eau de mer prise par la voie buccale nous semble avoir tous les résultats des injections sans en avoir les inconvénients ». ,

Enfin c'est le mode habituel d’une médication qui a fait ses preuves, le traitement hydro-minéral des maladies de l'estomac. Les eaux de Santenay et de Maizières, en France, celles de Hombourg, Kissingen, Wiesbaden, en Allemagne, sont couramment employées chez les dyspeptiques hyposthéniques, à langue blanche, anorexiques, sous forme de boisson.

Et puis l'injection, très utile quand il s'agit de modifier rapidement la teneur des liquides de l'organisme, n'a plus iei le même rôle à remplir. L'absorption osmotique intestinale est très suffisante à faire pénétrer dans le sang une proportion de sels dissous en vue de l'élimination par la muqueuse gastrique. 11 reste enfin une inconnue que l'on n’a pas le droit de négliger : l'action locale de l’eau de mer et de ses éléments minéraux à l'état de division extrême, à l’état radiant selon la théorie de Crookes et de Pouchet (1), au cours de son passage sur la muqueuse.

Telles sont les raisons qui ont motivé notre choix, ce choix qui semble, au premier abord, un simple retour en arrière. L'évolution a des lois bizarres qui déconcertent l'esprit; on passe son temps à parcourir le même cercle. Comme le voyageur égaré sur la steppe de neige, on revient souvent au point de départ.

(1) G. Pouchet, Action physiologique de l’eau de mer envisagée comme eau minérale el comme milieu organique, Progrès médical, Paris, 1905, 2. s., p. 33-37.

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