‹ L'eau et le feu (volume 2)Chapitre 3 sur 8 · L*I£AU KT LU FKD · texte numérisé non relu

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renfermée dans le se'rail serait introuvable; et le temps du congé expirerait, et il faudrait avec de nouvelles difficullés rentrer en France sans avoir seulement revu la jeune captive.

Ces considérations refrig«3rantes rcniplirent pour Destaillis la traversée de la Sérieuse entre Alger et Toulon, où la frégate désarma.

Durant le désarmement, l'enseigno fiançais, malgré tout son amour, se permit des ^réflexions non moins déplorables au point de vue de la chevalerie errante.

Notre siècle positif a tout gâté.

— Est-il bien possible, se demandait Des-

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taillis, qiraj)rès ses grandes aventures à Gi*braltar d'abord, puis en mer h bord du corsaire barbaresqu^^, puis au hnreip du dey, puis au sérail du Grand Se';^nieur, — esl-il possible que ma fiancée, Frasquita Molinarès, soit encore digne de devenir ma femme? — La fatalité seule s'en est mêlée, d'accord! Sa volonté n'y est pour rien! Cô n'est pas de son gré qu'elle aura trahi seâ serments; mais enfin, si je' consentais à é{)ouser une jeune fille sans fortune, est-ce une raison pour que je donne mon nom à l'odalisque Frasquita !

Amadis des Gaules n'aurait pas raisonné ainsi. La foi des chevaliers errants était robuste ; en déi)it des enchanteurs, ils ne doutaient jamais de la pureté virginale de

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leurs Dulcinées; mais Destnillis, avouons-le, n'était ni un Galaor ni un Lisvard de Grèce. Enseigne de vaisseau dans la marine française, il se permit de penser qu'on le montrerait au doigt s'il épousait une ri-devant esclave des deys d'Alger et des sultans. Son père, (railleurs, refuserait tout consentement à un pareil mariage.

Quand la frégate fut désarmée, Charles Destnillis prit un congé; mais ce ne fut pas pour se rendre à ses frais dans la cajiitale de l'empire ottoman. Tout bien considéré, il partit pour Nantes, non sans passer par Paris, où ses chagrins ne l'empêchèrent point de ligurer au bal de l'Opéra. Enfin, arrivé chez ses parents, il n'eût garde d'y parler de son petit roman de Gibraltar et

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d'Alger, tant le dénoûraeut lui en parais^' sait à la fois ridicule et lamentable.

Oh! qu'est-elle devenue, cette époque merveilleuse oii les amants et protecteurs d'héroïnes infortunées , enfourchaient un hippogriffe couvert d'écaillés jaunissantes, qui franchissait les airs d'un vol rapide et arrivait exactement devant le roc où la victime éplorée était enchaînée pour la satisfaction de quelque monstre armé de cornes menaçantes? — Alors le chevalier dégainait sa vaillante épée à deux tranchants, pourfendait le monstre, rompait la chaîne et mettait la belle à califourchon sur la selle de Ihippogriffe, la ramenait saine, sauve, toujours jeune et ivon moins vertueuse, dans le palais de la bienfaisante Urgande !...

Qu'esl-il devenu, ce temps de léoiies? Il sert tout boiinenient de ihème à messieurs les dramaturges du boulevart pour la saison d'été ; ce n'esi plus qu'un prétexte à déçois et à calembourgs.

Et les amoureux les mieux épris, raisonnant leurs sentiments avec une précision algébrique, s'informent, avant toutes choses cle la dot et des espérances de la dame de leurs pensées. L'enseigne Dcslaillis avait, du moins, franchi à deux pieds le grand obstacle; il eût épousé Frasquita sans dot; lui fera-t-on un crime de n'avoir pas déclaré la guerre au Grand Turc et de n'avoir pas assiégé à lui seul Constaniinople et le sérail!..^

— A l'impossible nul n'est tenu!... pauvre

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Frasquita!... J'étais bien résolu à remplir mes promesses à la lettre, mais... — Eh bien! s*écria-t-ii, je ne me marierai jamais... je resterai vieux garçon!...

Et Charles Destaillis , pendant son séjour à Nantes, refusa plusieurs beaux iiiariages, en dépit de dots et d espérances fort respectables, le tout en mémoire de Frasquita Monnaies dont ii laissa ij^norer le nom et les aventures, même à son propre frère, confident oi'dinaircde ses escapades de garçon.

Le blâmera qui vous oudra d'être allé au bal masqué pendant son court séjour à Paris, nous trouvons, pour notre part, l'enseigne de vaisseau Destaillis suffisamment romanesque.

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Une école poétique , dw^niie célèbre depuis, naissante alors, comptait déjà Destaillis au nombre de ses dise iidcs. tin souvenir de riasijuila, il se rendit cou[)able d'une pièce de vers qui ne nous a pas échappé. Elle était intitulée :

U» MuiivcEsir*

OIi ! les jours d'uu marin soiil Irisles, sur mou àoïc !

S'ils lie sonl point (J'»rés d'un souvenir île fonirnc,

Si lorsque, sur les flols, le vent coinuian.le en roi ,

Il n'a point à rôvcr au gracieux sourire

D'une cufaut aiioréc, cl s'il ne peut se dire :

Là bas - parfois eucor — son cœur battra pour moi !

Frasqnl'ii! Frasquila! mi corazon, ma reine,

Mon ange aux grands yeux noirs, soleils sur cliamp d'azur !

A la lovre rocée, anx longs cheveux d chêne,

Un souvenir pour rnoi, souvenir tendre et pur!...

Car moi, quand je verrai scintiller une étoile Sous la voùlf des cieux.

Je croirai voir briller aux frauges de ma voile Les flammes de tes yeux !

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Au moment de fle*çir, quand la rose embaumée

Près de moi s'ouvrira, Ou lorsque le zéphir à mon âme charmée,

Le soir, reportera Un son mélodieux — pour toi, ma douce Aimée,

Carlos soupirera, Cent fois il redira ton nom, ma bien-aimée,

Et rêveur, pleurera .

Un souvenir ! quand moi je voulais, pour la vie, Par des liens sacrés unir mon sort au tien ! Frasquita, l'espérance, hélas! m'en est ravie. Et je pleurerai seul, et lu n'en sauras rien!...

Oh! les jours d'un marin sont tristes sur mon âme S'ils ne sont point^dorés d'un souvenir de femme!...

Ces vers oii l'on voit des jours dorés par un souvenir et des yeux noirs habillés en soleils, à la lèvre rosée, étaient dans le goût du jour. Destaillis en fut content lorsqu'il les fabriqua ; plus tard, il les trouva pitoyables, mais il ne les brûla point: nous en sommes fort aise. Ces vers prouveront à nos plus incrédules lecteurs que Frasquita

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Molinarès occupait toujours la première place dans les pensées amoureuses de mon futur capitaine.

Parti pour l'Inde après son congé, il essaya mille fois, durant sa campagne, de faire de mémoire le portrait de Frasquita ; malheureusement le crayon, plus rebelle que le dictionnaire des rimes, ne parvint jamais à le satisfaire.

11 lacéra deux albums, et nonobstant les bayadères de l'Indus et du Gange, il continua de maudire Edouard Broughley, les corsaires barbaresques, le dey Ali-Khodja, et même le Grand Turc qu'il croyait seigneur et maître de la belle Frasquita Molinarès, à laquelle il est temps de revenir.

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Branle-baH de combat.

L'acte audacieux de la captive andalouse qui avait os(î arracher sou voile eu iuvoquaut le secours des Français, était uu de ces délits qu'un chef des eunuques ne pardonne guère.

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Celui que le dey d'Alger avait chargé de conduire les esclaves franques jusqu'à Constaiitinople, digne émule de Nabou-Nègre, avait nom Bricolino. Italien de naissance, il fut peut-être destiné à être chanteur dans la chapelle Sixtine, mais engagé par un imprésario portugais ou espagnol , il eut le bonheur d'être pris sur mer et conduit à Alger, où ses qualités furent dignement appréciées.

Vendu fort cher et plus tard affranchi pour prix de ses mérites j Bricolino entra profondément dans l'esprit de son rôle. — Le dey , qui l'avait attaché à son service, le chargea du recrutement de son harem. Si Nabou-Nègre était le ministre de l'intérieur, Bricolino, soa collègue, était celui

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des relations extérieures; c'est pourquoi il avait mission d'escorter les captives des- • linces à Sa Hautesse.

Depuis longtemps il avait adopté les usages expéditifs de la police musulmane; aussi , partout ailleurs qu'a bord d'un navire de guerre du sultan, il eût fait subir à la Frasquifa quelque châtiment exemplaire; — elle eût couru grand risque d'être cousue dans un sac et jetée à la mer, ou au moins d'être martyrisée avec la froide férocité d'un ennemi de son sexe; mais, devenue simple colis, tribut et marchandise expédiée par un vassal à son suzerain, objet de prix dont le chef des eunuques était comptable et responsable, elle ne fut que menacée et plus étroitement surveillée qu'aucune autre de ses compagnes.

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— Misérable effrontée , lui dit Rricolino, fëlicite-toi de ne pas être à ta destination!... Je t'aurais fait périr bous les verges , je t'aurais étranglée moi-même , si j'avais été à terre et que le dey ou le sultan eussent pu me donner leurs ordres !...

Au moment où le serviteur de confiance d'Ali-Khodja tenait ces galants propos, les côtes de la Régence s'effaçaient dans le lointain. Adieu donc à la haute Casbah qui domine la citée algérienne, adieu à la blanche Al-Djézaïr elle-même , repaire de forbans et d'écumeurs de mer; l'horizon africain a disparu, nous voguons sur les eaux bleues de la Méditerranée. La corvette qui porte Frasquita et sa fortune ne tardera point à passer entre la Sicile et l'île de Malte.

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Lorsque los forlificalions (!<• l'antique Melila se dessinèrent sur l'azur du ciel , maôiiiuû Molinarès et sii fille SoUi>irèrent au)èremrnt.

Où êles-vous, illustres chevaliers, successeurs de L'isle-Adain et de La Valette 1 Cent esclaves chréiiens gémissent à bord de ce navire qui s'avance les voiles hautes et le pavillon ronge arboré à poupe! Des femmes arrachées à leurs familles et à leurs patries sont enchaînées sur cette corvette qui fait la traite des blancs ; et pas une galère de la chrétienté ne lève l'ancre! Le dey d'Alger échange librement avec son seigneur de Consiantinople les présents destinés à raiïernnr leur aimable union!

Où iioiiver des défenseurs, des vengeurs, des sauveurs !

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Ah ! si les Français , en un jour de colère, n'avaient pas anéanti l'ordre de Malte ! ou si les Anglais avaient consenti à le rétablir!...

Espagnoles et captives, les deux infortunées passagères se lamentaient à juste titre. Quant à Bergami, en apercevant les rives de son île natale , il ne put s'empêcher de donner au diable les Anglais qui en sont aujourd'hui les maîtres, les Français et les Turcs par-dessus le marché.

Peu de jours après, la corvette pénétra dans des parages fort dangereux pour elle.

Le nombre des vigies fut doublé , le pavillon du croissant prudemment amené,

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les canons chargés jusqu'à la gueule. Los préparatifs de défense se multiplièrent au point que les esclaves des deux sexes eurent lieu de s'en apercevoir.

Bricolino devint pensif.

Ses bajoues graisseuses en maigrirent.

La coloration assez terne de sa face fit place à une pâleur jaunâtre. — Ah! qu'il ressenibhiii peu à ce soprano grassouillet et rosé dont un intelligent imprésario voulait jadis faire sa première chanteuse!... Les plus lamentables souvenirs se présentaient à son esprit; il se rappelait comment, dès l'âge tendre, il était tombé au pouvoir des Algériens, après un combat affreux.

— Maudits l'eau et le feu ! maudite les

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batailles sur mer! Etail-ce donc en vain qu'il s'était fait musulman et geôlier , qu'il avilit conquis les faveurs du dey d'Alger et de ses ministres ! Après avoir tant souffert de la part des Turcs, allait-il avoir à souffrir de la part des chrétiens!... misero, miserrimo, miserissimo , misérabilissimo Bricolino !...

A la hauteur de Cérigo, l'ancienne Cythère, plusieurs barques suspectes furent signalées; le capitaine ordonna le branle-bas de combat.

Quoique les caitives eussent été renfermées dans les profondeurs de l'enlre-pont, elles n'eurent point de peine à comprendre que les Turcs craignaient d'être attaqués.

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Los noms (î'Allali et (\o Mohammod se mùlaienl aux command'mcnls inililaires ; des prières faites à haute voix par les Musulmans, suecédaient, de temps en temps à un tumulte inusité.

Les ustensiles de guerre étaient lourdement posés sur les ponts; on y roulait des boulets, on distribuait aux marins des haclies, des sabres, des Iromblons et des cartouchières.

Le cliquetis des armes, l'odeur des mèches allumées, le son des tromj)eltes et des sifflets, les cris des poulies, mille mouvements simull;inés eussent-ils été insuffisants, les captives auraient aisément deviné ce qui se passait au dehors rien qu'en jetant les yeux sur leurs gardiens.

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Passagers inutiles, méprisables rebuts de l'espèce humaine, non combattants, poltrons indignes d'être armés contre des hommes, les eunuques avaient été claquemurés avec les femmes... miseri miserabilissimi castrat; !

Bricolino gémissait à fendre l'âme, ses subalternes pleuraient et se lamentaient à l'unisson. Leur pâleur , leurs grimaces, donnaient à la situation une gaîté inespérée. Ils avaient des tranchées, ils se roulaient à plat ventre sur les nattes des captives ; ils maudissaient en leur patois tous les Grecs anciens et modernes:

— Pourquoi diable les sultans n'avaientils pas anéanti cette race abominable de fripons, de voleurs et de renégats!...

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Madame Moliiiarès, Iressaillanl Jo joie, dit à sa fille:

— Une espérance nous est donc enfin rendue!... nous périrons avec cette corvette ou bien nous serons délivrées !... Prions, mon enfant, prions, non pour notre vie, mais pour notre salut véritable!... Le Dieu qui nous prolége ne pernietra pas que les Turcs soient vainqueurs !... et par la mort au moins, nous échapperons au sultan comme nous avons échappé au dey, au capitaine Moussalem et au lâche Edouard Broughley, premier auteur de nos infortunes.

Frasquila priait avec sa mère. Leur exemple était imité par d'autres esclaves franques.

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Lorsque le canon gronda enfin, ce fut avec transports que la jeune fille s'écria:

— Plaise à Dieu que le fer ouvre ces murailles et que la mer y pénètre à flots !... Puisse l'incendie dévorer ce navire!... que l'eau et le feu nous affranchissent do nos persécuteurs !

Bricolino, entendant ces paroles, avait peine à les comprendre. Ses regards s'arrêtaient stupides sur Frasquita Molinarès.

Cependant la corvette turque avait coulé une des barques longues des Grecs; l'autre barque qui s'était relir.'c hors de portée de canon, alla recueillir les mariniers qui nageaient.

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Alors Dricoliiio enlcnclaiiJ dire à travers les écoutilles que les Grecs étaient en déroute, reprit courage, cria victoire et se redressa furieux.

— Allah! Allah est grand!... Mohammed nous protège... Les pirates ont péri !... malheur à celles d'entre vous qui font des vœux pour les ennemis !

Vaillant contre des femmes désarmées, oiil)liant dans son état d'exaspération qu'il devait compte au sultan de son troupeau de ca[>tivos, le chef dos eunuques avait tiré du fourreau un de ces sabres courbes qui font les délices des Mamelucks du Cirque Olympique. - H court sui* Fr.isquila Molinarès à laquelle il a gardé rancune de la

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scène de l'appareillage; madame Molinarès épouvantée veut détournerson bras, d'autres 1

esclaves franques poussant les hauts cris s'avançaient , d'autres s'enfuyaient tremblantes.

On se pousse, on se coudoyé, les pieds de Bricolino s'empêtrent dans on ne sait quelle écharpe ; un coup de tangage fit le reste.

Le chef des eunuques qui n'avait pas le pied marin tomba, la tète la première, sur un caisson qui lui mit le nez en sang.

Frasquita ramasse le sabre courbe et menaçant à son tour Bricolino :

— Qu'appelles-tu pirates! dit-elle. Les

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pirates sont ceux qui nous emmènent en captivité!...

— Au secours! à moi!... s écrie le chef des gardiens.

— Bail Ion nez-le, mesdames mettons-le dans un sac, lui et les autres.

Madame Molinarès et sa fille sont entendues par les captives qui se jettent avec transports sur les malheureux eunuques tremblants encore et blottis derrière les caissons.

On s'empare de leurs armes, on les gar-

roiie sans miséricorde avec des écharpes,

on les bâillonne, on les enveloppe dans des Il 5

(0 l'kau it Li; ri'iu

châles — et bientôt, immobiles comme des momies, ils sont rangés côte à côte dans l'obscurité, sans que les soldats turcs, ordinairement char^és de la garde des prisonnières, aient seulement entr'ouvert l'écoutille.

Fort occupés ailleurs, ils avaient mieux à faire.

De tous les points de l'horizon des voiles menaçantes se dirigeaient sur la corvette qui, forçant de voiles, essayait d'éviter le combat.

La première canonnade qui s'était terminée à l'avantage des Turcs, avait éveillé les échos des Cyclades; ce n'était qu'un pro-

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loguc; l'aclion véritable n'avait pas commencé. Tout entier à la manœuvre, le capitaine ne songeait guère aux captives de l'entre-pont. On avait bien entendu des clameurs dans leur poste, mais au commencement d'un combat, jj est tout naturel que des femmes et des eunuques pousseut les hauts cris. — Les esclaves du sexe masculin Liaient bien et dûment aux fers à fond de cale. — L'officier de milice, chargé de la police intérieure, ayant fait une ronde, vint dire au capitaine que l'ordre le plus parfait régnait à bord. — «A travers l'écoutille il avait vu, disait-il, les captives silencieuses rangées sous la garde de leurs eunuques le sabre en main. » A travers une éco'Jlille, on voit fort mal ce qui se passe dans un entre-pont obscur. Eu réalité, les

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sabres courbes étaient au pouvoir de Frasquita, de sa mère et des plus courageuses révollées qui tenaient conseil entr'elles.

Le canon ne tonnait plus: — Si, par malheur, la corvette reprenait sa route sans obstacles, les eunuques, délivrés par les soldats, se vengeraient cruellement.

— L'on nous punira de mon!...

— L'on nous fustigera, l'on nous mutilera !...

— 11 faut délivrer nous-mêmes Bricolino et ses compagnons !...

Tels étaient les avis des plus timides,

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mais les plus hardies, se trouvant armées, avaient momentanément l'avantage.

— Il sera toujours temps, dit énergiquement Frasquita, de nous remettre au pouvoir de ces coquins. Écoutez-moi ! écoutez, au nom du ciel !...

Les captives se formèrent en cercle autour de l'intrépide Andalouse, qui leur annonçait un plan d'évasion immanquable, si toutefois le combat recommençait.

— Les marins et les soldats de la corvette sont toujours sur la défensive, poursuivit-elle , vous ne pouvez en douter , puisque l'ordre ordinaire ne se rétablit point malgré l'approche de la nuit. Les canon-

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