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comme passagères, les femmes et les filles des employés du gouvernement envoyés aux colonies, les sœurs hospitalières destinés à nos établissements d'oulre-mer, les familles pauvres qu'on exporte ou qu'on rapatrie...
— Pour une traversée seulement.
— Le temps ne fait rien à l'affaire.
— Causes d'urgence. commandant, raisons de service.
— Ces mêmes raisons existent pour nous. 11 est intolérable que nos matelots soient forcés de laverleur linge et de raccommoder leurs effets eux-mêmes, une perte de temps énorme en résulte... donnons-leur des ménagères.
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— Je comprends, dii le lieutenant chargé du détail, nos cantinières seraient ks blanchisseuses el couturières de l'équipage.
— Précisément. Choisissons donc quatre femme de sous-officiers, et chacune d'elles sera régulièrement attachée à chacune de nos quatre compagnies. Elles recevront une haute paye prélevée Bur la solde des hommes qu'elles" débarrasseront de soin> fastidieux, et nous, nous trouverons bien moyen de leur fournir un uniforme convenable.
— Sans doute, commandant, mais...
— Point de mais ! je me charge de faire agréer mon innovation par le préfet maritime; vous, lieutenant, trouvez-moi quatre femmes légitimement mariées à des mailr s ou con-
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Ire-maîtres, alertes, bien portantes, et d'une moralité irréprochable...
— Ce sera difficile, commandant!
— Je vous autorise à prendre des femmes de simples matelots , si c'est nécessaire. Pantalon bleu l'hiver, blanc Tété, jupon barriolé rouge et bleu , chemise à grand collet rabattu, paletot d'uniforme; en petite tenue, chapeau de paille à rubans noirs, en grande tenue le casque; en cas de débarquement le petit baril, qu'elles porteront en bandoulière tous les dimanches pendant rinspection. On leur assignera pourlogement un poste en toile à voile, à tribord derrière, surveillé parle factionnaire du fanal d'habitacle... D'aiileurs, elles ont leurs maris.
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Le Heiilenant assembla, le soir même' tous les sous-officiers mariés.
Le lendemain, vingt concurrentes sollicitaient la faveur de faire campagne ; je passe les brigues et cabales, à la suite desquelles le lieutenant et en dernier ressort le commandant désignèrent les quatre futures vivandières ou plutôt lingères de la frégate.
Par malheur le préfet maritime refusa net son autorisation. Sur quoi le commandant déconfit avisa aux moyens de se procurer une musique militaire, qui ne cessa de répéter en nous écorchant les oreilles tout le long de la campagne, mais aurait, je crois, exécuté son premier morceau d'ensemble,
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si le retour en France, le désarmement et le licenciement du bataillon n'y avaient mis un triple obstacle...
Ici je fus interrompu par un murmure de de'sappointement.
— Permettez, messieurs, m'écriai je aussitôt, le projet des cantinières ne fut point sans réï>ultals. Malgré le vélo du prél'et maritime, deux d'entre elles ne se tinrent pas pour battues. On leur avait mis l'eau à la bouche, on les avait élues entre vingt ; elles s'étaieut monté la télé; le lendemain de l'appareillage, elles se trouvèrent cachées à fond de cale.
— Ah! ah!...
— Eh bien?...
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— Qu'arriva-t-il?...
— EtaienLellesgentitles?...
— Elles n étaient pas mal. Madame Simonnot, la plus grande, femnip du second chef de timonnerie. avait environ vingt-cinq ans, de petits yeux bleus éveillés, un air mutin, le teint un peu trop coloré, mais agréable, une grande bouche qui riait à tout propos et laissait voir une double rangée de dents Manches à ravir; sa taille était bien prise et son allure hardie sans excès; il est vrai qu'elle était blonde. Madame Tiny, sa compagne, était brune, au contraire, piquante, rondelette, irrégulièrement jolie , grands yeux noirs, pieds petits, mains potelées, frétillante, pétulante, poudre et salpêtre.
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— Aïe! aïe ! fit mon ami Araédée.
— Ce n'était point une beauté que madame Tiny, femme d'un sous-officier d'infanterie de marine, sergent d'armes du bord; mais à terre on se détournait pour la voir passer, tant sa désinvolture faisait de promesses, et, quand on l'avait vue, on ^e détournait volontiers une seconde fois. Je vous laisse à deviner, messieurs, l'effet qu'elle devait produire, en pleine mer, sur une frégate de soixante canons.
Certaines de la bienveillance du commandant, Toinette Simonnot et Madelon Tiny apparurent sans crainte lorsque la terre était hors de vue. Elles furent conduites au lieutenant, et prétendirent que leurs maris
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n'avaient aucune connaissance de leur stratagème; on consentit à les croire sur parole, et le fait n*a jamais été complètement éclairci.
Simonnot, le second chef, laissa bien percer un certain étonnement, mais il était fort lié avec le contre-maître de la cale, et Ton supposa qu'il n'avait pas été innocent du complot féminin.
Le sergent Tiny ne prit pas la chose si bonnement ; il parut vivement contrarié de Téquipée de sa femme, et lui en adressa de violents reproches :
— Cantinière, oui! passagère par contrebanale, non!... Appointée, embarquée, atiachée au service du bord, à merveille; mais
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sans traitement, exposée à être renvoyée en France, par on ne sait quel navire... Ah! tonnerre de tonnerre! si...
Si J'on n'eût été à bord, le sergent Tiny eût peut-être fort durement mal mené sa trop séduisante Madelon.
Pour commencer, le lieutenant avait déclaré aux deux passagères qu'attendu la décision du préfet maritime, elles ne devaient plus compter sur des fonctions quelconques. On les avait prévenues du refus de l'autorité; elles étaient coupables d'avoir passé outre et méritaient une prompte expulsion.
Les deux aventurières réclamèrent inutilement auprès du commandant ; il consentit toutefois à ne pas les renvoyer par un des
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nombreux bateaux de pilotage que la frégate rencontrait encore. Si toutes les quatre s'étaient trouvées h bord, je crois bien qu'elles auraient gagné leur cause et faTf le plus grand lort à nos apprentis musiciens.
Madame Simonnot lut contrariée; madame Tiny prit son parti gaîment.
On les logea ensemble dans une étroite cabine de la sainte-barbe, dépendance de l'appartement du commandant, leur protecteur avéré. Puis, pendant près de huit jours, tout alla le mieux du aïonde; ces dames avaient le mal de mer; elles s'entrait daient charitablement. Mais, une ou deux semaines plus tard, quand elles fuient amarinées, quand elles eurent commencé à
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trotter menu de 1 arrière à lavant, de la sainte-barbe au petit gaillard, quand chacune se fut cre'é abord de nombreuses relations, un matin, tout à coup, Ton entendit pousser les hauts cris dans leur cellule.
La cause de la querelle qui éclatait si bruyamment dans la sainte-barbe entre Madelon Tiny et Toinette Simonnot tenait, non-seulement à leurs récentes relations avec une foule d'audacieux et galants marins, mais encore à une intrigue plus ancienne, qui datait de l'armement de la frégate.
Toinette avait reconnu que son propre mari la trompait en se servant d'elle pour favoriser l'embarquement de Madelon.
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Toinelte s'en était vengée d'abord en faisant les yeux doux au scvère sergent Tiny; mais, froid comme Hippolyte, le sergent n'avait point pris garde à tant d'avances. — - Alorselle.se rejeta sur les adorateurs secondaires de sa rivale; en toute occasion, elle lui disputa la palme et la pomme. — Vingt griefs accumule's ainsi couvaient sous la cendre; une étincelle alluma l'incendie.
Junon et Vénus étaient aux prises, Grecs et Troyens accouraient de toutes parts.
La porte de la cabine est barricadée en dedans; mais, h travers la claire-voie, on ne perd pas un mot des reproches échangés.
— Ton mari est un monstre I,..
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— Le tien un ingrat!...
— Toi, une fausse amie!...
— Toi, une coquette sans vergogne!...
— Tu es cause que M. Adrien a dit...
— Tu as raconté à maître Colin que...
— Ce n*est pas vrai !
— Tu en as menli!...
On devine le reste.
Des trépignements, des soufflets, des clameurs aigres et perçantes, des bruits de robes et de coiffes déchirées, se mêlaient aux éclats de rire des simples spectateurs.
On défonça la porte.
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Les cheveux noirs de Madelon Tinye'taient aux mains de Toinelle Simonnot, (!onl les cheveux blonds ëlaient accrochés avec non moins de furie par la pétulante Madelon. Cramponnées l'une à Tautre, égratignëes, les vêlements en lambeaux, elles continuaient le combat en dépit des eflbrts de la garde.
Il paraît que la porte avait été fermée d'un commun accord, et que la rixe était un duel en règle.
Les maris, arrivés les derniers, y mirent fin.
Chacun d'eux saisit vigoureusement sa femme et l'entraîna dans un coin : mais deux uouviaux combats suivirent ces actes d'autorité conjugale.
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— Au lieu de m'aider! criait Madelon.
— Au lieu d'assommer cette mauvaise langue ! disait Toinelte.
— Nous séparer!... Eh bien, voilà pour toi!
Maîtres Tiny et Simonnot n'en furent pas quittes h bon marché ; il y eut ce jour-là des borions et des yeux pochés, des grincements de dents et des taloches à faire frémir vingt ménages de terre ferme.
La garde, dirigée par le capitaine d'armes, parvint enfin à garrotter les mains aux -deux vivandières manquées.
Le lieutenant, protecteur officiel de la morale et de la décence, les fit en outre
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ficeler dans deux couvertures de laine grise, liées à la taille par des ceintures de corde, dont deux mousses, pages improvises, soutinrent les bo !is traînants pendant que les héroïnes monlaient Téchelle qui mène au pont.
Une risée homérique les accueillit dès qu'elles y parurent, échevelées, furieuses, insultant le lieutenant qui les affublait des plus affreux sarraux qu'on pût inventer.
Le commandant , appelé a faire justice, commença par ordonner de leur mettre un bâillon à chacune et de les asseoir à tribord et bâbord du mât d'artimon.
Cette mesure rétablit le silence; mais les deux ennemies étouffaient de rage.
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Le frater recul ordre de leur laver la figure à l'eau froide, de démêler leurs cheveux et de les mettre en papillotes; il rencontra une résistance inattendue; le mouvement du cou étant libre, les prisonnières se démenaient encore.
Le lieutenant chargé de Texécution de la sentence les menaça de les faire saigner à blanc si elles résistaient davantage. Les chirurgiens furent mandés. A leur aspect, Toinette et Madelon demeurèrent enfin immobiles.
Cependant le sergent Tiny tempêtait contre le commandant, qui le premier avait eu la malencontreuse idée d'enrôler des cantinière^, et suilout contre Simonnot,
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qu'il accusait foit judicieusenient d'avoir imaginé l'embarquement furtif des deux femelles.
— Libre à vous de cacher votre Toinelte, je m'en serais parfailement moqué! mais vous n'avez pas voulu qu'elle fût seule à bord. et vous éles cause que mon enragée Madelon...
— Sergent, je ne suis cause de rien !...
— J'ai des soupçons que j'éclaircirai, maître Simonnot!...
— Je m'en moque comme de vous, sergent Tiny, et je vous engage à me laisser tranquille!...
Peu s'en fallut qu'après les femmes, les maris n'en vinssent aux prises.
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A partir de ce jour, une sourde inimitié ne cessa de régner entre eux. Si leur première dispute ne s'envenima point, c*est qu'ils furent mandés dans la sainte-barbe par le capitaine-d'armes pour retirer de la chambre commune à leurs femmes les effets de chacune d'elles.
Une fois calmées et peignées, Toinettc et Madelon furent délivrées ; on leur permit d'aller refaire leur toilette. Deux logements distincts leur étaient assignés, avec défense a Toinetle Simounot de jamais passer à , tribord, et à Madelon Tiny de jamais s'aventurer à bâbord, sous peine d'être de nouveau attachées au pied d'un mât, avec bâillon et sarreau gris.
Mais consignes, déferrées, menaces, rien
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ne les empêcha d'eri venir aux mains une seconde fois — peu de jours après — en plein pont!
Mieux avisé que le lientenanl, le maître d équipage leur fît jeter quatre seaux d*eau de mer, ce qui les sépara incontinent ; et depuis, elles feignirent de vivre en paix.
— Quatre vivandières à bord! s'écriait le commandant, dégoûté de son projet pour la~ vte; j*aimerais mieux cinq cents diables!... 11 seraii plus facile de mener un équipage entier de ces enragés mauvais sujets que nous nommons des pratiques I
Le jour du passage deTÉquateur, les deux ennemies firent trêve, pour jouer, Tune le rôle de madame, l'autre celui de mademoiselle la Ligne.
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Elles dansèrent le soir jusqu'à Texlravagance.
— Simonnot me paiera ces galops d'enfer et ces valses du grand tremblement ! murmurait le sergent Tiny dans sa moustache.
— Toinette abuse de la permisbiun, se^ disait Simonnot; je lui ferai passer un méchant quart d'heure !...
Dès qu'on fut au mouillage de Rio-de- Janeiro, Simonnot et Tiny reçurent en même temps Tordre, le [)remier de conduire sa femme à la ville, le second d'accompagner îa sienne à Saint-Domingue, joli village situé de l'autre côté de la rade, et où la di vison française avait loué une maison de campagne pour ses malades. — Madelon Tiny