‹ L'eau et le feu (volume 3)Chapitre 3 sur 14 · L KAU ET H: F RU · texte numérisé non relu

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amarrée sui'ses ancres une grande corvette turque.

Plusieurs chaloupes étaient bord à quai. Des esclaves Francs, sous les yeux de gardiens armés de bâtons, les chargeaient de ballots et les conduisaient ensuite à bord de la corvette. Enfin une dernière chaloupe accosta; Ton y fit monter les captives.

. En ce moment Frasquita poussa un cri de surprise :

— Bergami ! ma mère ! Bergami ! . . . disait-elle.

Le contrebandier maltais, déguisé en batelier maure, reconnut à sa voix la belle Frasquita :

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— Eh quoi! le dey la livré au Sulian, pensa-t-il. Oh! ceci me décide tout à fait. Dussë-je y perdre la liberté', je m'embarquerai sur cette corvette turque î

Nous avODS laissé Bergami, deux ou trois mois auparavant, dans une rue obscure d'Alger, guettant les passants avec des intentions assez menaçantes. Un vieux Juif qu'il avisa sous un rayon de lune, lui parut être l'homme dont il avait besoin.

— Pas un mot ou tu es mort, lui dit-il à voix basse et en langue franque. Écoute et obéis.

Le canon d'un pistolet posé sur le front

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du vieillard donnait à cet exorde toute l'éloquence désirable. Le Juif ne souffla mot, ouviit les deux oreillos et parut disposé à faire tout ce qu'on exigerait de lui.

— Je ne veux ni le voler, ni te faire de mal, ajouta Bergami; seulement j'ai perdu mon chemin , j'ai besoin d'un guide, lu vas me conduire chez le consul d'Espagne.

— Mais... murmura le Juif tremblant.

— Parle bas et vite !

— Le consul n'ouvrira pas à cette heure de nuit.

— Il me faut un asile sûr ; je ne veux pas être esclave.

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— Ma maisoii... iniinmjra le Juif.

- Non! je veux nn consulat, je snis de iouîes les nations, mène-moi où tu voudras pourvu que j'entre. . .

— Demain, dit le Juif, nous entrerons jartout.

— Tu lue vendrais cette nuit.

— Par Al)raham5 Isaac et Jacob! je jure que non .

— Tes serments ou rien sont même chose; la peur te fait promettre, l'avarice te ferait trahir.

— Les portes sont fermées et barricadées, aucun consul n'ouvrirait; sois raison-

l'eau FT le FI' u i !

nabîe, jeune homme, ou bien la première troupe de soldats qui va passer nous arrête tous deux et tu n'évites pas de retomber en captivité.

Le Juif prenait Beigami pour un esclave franc, évadé des bagnes algériens. Le Mallais le laissa dans son erreur; et faisant de nécessité vertu, accepta l'hospitalité chez le vieil israéiile. Il ne ferma pas les yeux, but, mangea, lit des conies à la famille de son hôte, et grâce à son attitude toujours menaçante, échappa au péril d'être livré à la police du dey.

Le lendemain , il trouvait asile chez le consul d'Espagne.

Ln mois après, il avait adopté le ces-

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tume des Maures el le méiier de batelier. Quelques diamants de iMoussalem, secrètement vendus au Juif, lui permirent d'acheter une barque. 11 évitait la terre et attendait une occasion pour s'enfuir de la Régence.

Plusieurs fois , il fut tenté de s'enrôler sur l'un des rares navires européens qui parurent dans la darse d'Alger , mais la surveillance incommode des agents du dey mit toujours son adresse en défaut.

Quand la corvette turque parut en rade, il fit une série de monologues que nous résumerons en quelques lignes.

D'une part, en parir à bord de ce na-

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vire , il quittait la Régence, arrivait à Constantiiiople el, chemin faisant, courait la chance de s'évader en pays chrétien ; mais,d'un autre côté , les Turcs de la corvette ne valaient pas mieux que les Algériens. A Alger, il était parvenu a conserver sa liberté. On ne s'apercevait pas qu'il fut chrétien et protégé par le consul d'Espagne. Une occasion meilleure pouvait et devait se présenter tôt ou lard.

La rencontre de Frasquita mit fin aux incertitudes de l'aventurier.

A peine la jeune Espagnole était-elle à bord du navire turc , que Bergami , sous le nom de Mahmoud , demandait à s'enrôler comme matelot. Il se disait né natif d'A-

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lexandrie en Egypie el se déclarait mnsulman de la tête aux pieds.

La corvette manquait de bons marins; on Tenrôla.

Quant à la barque que le Maltais avait » achetée , il l'abandonna pour dix pia ires d'Espagne à son unique rameur , esclave français, qui , le marché conclu, se dirigea immédiatement vers la pleine raer.^

La fortune, dit-on, favorise les audacieux. Sans discuter la v: !eur fort problématique de ce proverbe , en coutradiclion avec celui-ci, que Prudence est mère de Sûreté, — sans entamer une digression pour prouver que vingt audacieux échouent

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pour un qui réussit, — nous déclarerons que l'esclave français eut le droit de proclamer le premier proverbe excellent.

Sorti d'Alger à bord d'un misérable bateau , sans vivres, par une méchante brise d'ouest et sous un pauvre chiffon de toile, ii rencontra en mer, le mémo soir, une frégate de sa nation qui le recueillit nvec sa barque et le prit pour pilote, car elle goavernait sur la capitale de la Rr'gence.

Commandant , officiers , élèves, matelots, tout le monde à bord loua son audace; le succès justifie tout. — Mais si sa triste barque avait chaviré , s'il était mort de faim et de soif en pleine mer. s'il s'était fait reprendre par les Algériens, peut-on dire que

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la fortune l'eût favorisé? — Nous ne raconterons pas l'histoire de ce personnage secondaire ; disons seulement que les officiers de la frégate la Sérieuse , envoyée à Alger comme parlementaire, lui durent sur Tétat du pays les plus précieux renseignements.

Ils apprirent, entre autres faits intéressants, qu'une corvette du Grand-Seigneur était au mouillage devant Alger, et que, pour se ménager les bonnes grâces de son suzerain, le dey Ali-Khodja lui expédiait une riche cargaison de marchandises africaines avec des esclaves des deux sexes.

— Le Grand-Turc, a ce qu'il paraît, trouve les Circassiennes fades, les Grecques maussades et les Nubiennes ennuyeuses; il

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se serait adressé à son aimable vassal le dey d'Alger pour se procurer quelques Espagnoles vives, légères, dansant le Fandango et la Cachucha^ chantant la Caramba et le Chaïro.,,

— Ah! si j'étais Grand-Turc, pensa Destaillis qui écoutait en souriant l'esclave évadé , je serais capable de ruiner le trésor de Constantinople pour me faire amener mon adorable , mais ingrate Andalouse , à qui je ne cesse d'écrire et qui ne me répond jamais. Comme elle dansait ! comme elle chantait le Cuando en s'accompagnant sur la guitare!...

Et il alla sur le gaillard d'avant allumer

son cigare en fredonnant :

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Gaando ! Cuando î... Quel bon vont me rendra « La mnchacha que mon cœur préféra?

Les lecteurs peu versés dans la langue castillane doivent être prévenus que mnchacha signifie Viiiérsiiemenl petite fille; or, ce terme familier leur prouvera que mon futur capitaine commençait à prendre fort gaîment son parti de l'oubli de Frasquita Molinarès. La relâche à Gibraltar n'était plus à ses yeux qu'un épisode agréable et sans conséquences. Il avait été désolé pendant quinze jours, il s'était battu, comme Ton sait, et avait payé par un long séjour aux arrêts son bonheur d'une semaine. — Frasquita n'était déjà plus pour lui qu'un souvenir.

A l'inconstance espagnole, il opposait la légèreté française.

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Cependant la frégate la Sérieuse ^ chargée de voiles, approchait rapidement d'Alger; au point du jour elle entrait dans la rade.

Alors la corvette turque , dont la mission était remplie, se disposait à Tappareillage, et le cordon de soie dont Nabou-Nègre s'était servi pour accoupler les captives était enfin détaché.

Encore l'appareillag^e !

Elles avaient passé une première nuit dans rentre-pont de la corvette, (ransformé en prison pour les captives expédiées à Conslantinople; et tandis qu'autour d'elles bien des pauvres femmes poussaient des

gémissements, elles se félicitaient de la trêve que leur accordait la fortune.

Devenues propriété de Sa Hautesse le sultan, elles se sentaient à l'abri de toute entreprise téméraire tant qu'elles seraient à bord de la corvette, où dix eunuques et cent soldats les gardaient jour et nuit, — ce que Toyant, le matelot Bergami , que nous continuerons à désigner sous son nom maltais, poussa une kyrielle de jurons polygloles dignes d'avoir été proférés par feu son compatriote le renégat Yertucci dit Moussalem.

— Voilées, emprisonnées^ tenues au secret, gardées à vue, inabordables! Elles ne sauront même pas que je suis à bord, prêt

à les servir. Aurais-je donc fait une sottise en m'engageant sur cette corvette ?...

L'impatient avenlnrier inuPinurait de la sorte, tandis, qu'agenouillées dans un coia clî- l'enlre-pont, niaciameMolinarès et sa fdle remerciaient Dieu qui les avait jusqu'alors si manifestement protégées.

IS'était-ce point miracle d'avoir pu successivement échapper à Edouard Broughiey, Bergami et Moussai em, aux De'douins, aux spahis et, enfin, au redoutable dey d'Alger?

— Prions Dieu, ma fille, qu'Âli-Khodia ne change pas d'avis avant notre départ; je ne serai tranquille qu'en mer. Je treni-^ ble que la favorite n'ait pris sur elle de

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nous faire mettre au nombre des captives envoyées à Constantinople. Oh ! je voudrais déjà sentir le roulis et le tangage nous balancer au large !

Il est certain que la favorite avait eu besoin de déployer toute son adresse pour décider son maître à se priver d'une baya-

dère aussi intéressante que Frasquita.

Des mauresques et des juives, ravies la nuit précédente à leurs familles, par les ordres du dey d'Alger, pleuraient et se lamentaient. Quelques espagnoles, italiennes ou maltaises gardaient le silence. Seules, entre toutes les prisonnières, madame Molinarès et Frasquita regardaient comme un événement heureux d'être hors du harcmi

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du dey, bien qu'on les dirigeât sur le sérail... maisj dans la Casbah, elles élalent sans espe'rance et sans sommeil. Leur voyage ressemblait à une trêve. Si terrible que fût le sultan, il ne pouvait l'être plus que son vassal, et elles savaient par expérience quels sont les hasards de la mer.

Elles faisaient donc les vœux les plus ardents pour le départ.

Et cependant la frégate, qui portait l'enseigne Destaillis, s'avançait à pleines voiles.

A bord de la corvette turque, dès que le pont eut été lavé, suivant l'usage commun à toutes les nations, le capitaine donna l'ordre de faire monter les captives sur le

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gaillard d'arrière. Ne fallait il [>as nettoyer la partie de l'eiUre-poiit où elles avaient passé lanuit'^ Le capitaine était responsable, vis-à-vis dusuTtan, delà bonne cunservation des marchandises que son vassal, le dey d'Alger, lui offrait en tribut. Parmi ces marchandises, les captives, destinées au sérail, occupaient assurément un rang considérable; si, faute d'air et de soins, elles devaient perdre la santé ; si la peste se déclarait dans la cargaison, le commandant turc aurait été fort compromis.

En conséquence, dès le matin, la garde prit les armes, et les odalisques, voilées, furent processionnellement conduites sur le pont par les eunuques et les soldats.

— A la tonne heure, pensa Bergami.

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Pour ne point embarrasser la manoeuvre, on plaça les passagères sur la voùle d'une cabine assez vaste, située vers l'extrémité du gaillard d'arrière, sorte de dunette que les marins appellent techniquement rouf.

De cette éminence, les femmes apercevaient, d un côté, les murailles d'Alger, la ville qui s'élève en amphithéâtre sur la montagne, les campagnes jusqu'au cap Matifou, le port et enfin le môle — de l'autre côté, la pleine mer.

— Voyez, murmura soudain Frasquita, voyez ce grand navire qui s'avance!... une frégate française!... Si c'était la Sérieuse!

— La Sérieuse, elle-même, ne pourrait nous délivrer, murmura douloureusement

madame Molinarès. M. Deslaillis n'y est pas le maîlre, et, serait-il commandant, il n'oserait enfreindre les ordres de son gouvernement en essayant de nous porter secours.

Frasquiia , convaincue , baissa la tête ; mais bienlôt elle se remit à observer les mouvements de la frégate, qui ne tarda pas à doubler le môle.

Destaillis, à son poste, sur le gaillard d'avant, s'y occupait de la manœuvre, non sans braquer sa longue-vue, tantôt sur la ville, tantôt sur la corvette turque.

— Mesdames et mesdemoiselles les odalisque?, dit-il gaÎQient à l'un de ses camarades prennent le frais sur le rouf, à ce

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qu'il paraît; malheureusement elles sont voilées des pieds à la tête.

— Leurs costumes sont fort beaux, ma foi! dit l'autre. Le dey fait biea les choses.

— Voulez-vous qu'il envoie à son grand seigneur des guenons en haillons? 11 est de règle, entre turc et maure, de parer proprement sa marchandise.

— Elles sont magnifiquement costumées !

— Mais trop! beaucoup trop! ajouta Deslaillis, et nous y perdons un joli coup d*œil...

— D'accord.

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— Sur cette trentaine de prisonnières, il doit y avoir d'adorables Andalouses... Andalouses! ah! je ne puis prononcer ce nom sans songer...

Ici Destaillis eut la parole coupée.

La fiégate française pas.;ait à pou[ e de la corvette turque qu'elle rangeait à portée de voix. L'une des odalisques, arrachant tous ses voiles, poussa des cris perçants :

— Deslailiis !... Destaillis!... au secours !... s'écria-i-elle, en tendant l^^s bras.

— Frasquila! ciel!... ô mon Dieu! répondit l'enseigne avec des signes de désespoir.

Il ne Tavait qu'entrevue.

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D^jà les eunuques se précipitaient sur l'audacieuse captive , qui se débattit un instant et disparut.

— M. Destaillis! s'écriait de son côté, avec colère, le commandant de la Sérieuse, faites-donc hâler-bas le grand foc!...

Mais qu'importait à Destaillis le grand foc et la manœuvre, A Taspect de l'infortunée Frasquita, il venait de perdre toute sa légèreté française, il venait de retrouver tout son amour. 11 délirait, il gesticulait comme un insensé.

Heureusement le camarade qui causait avec lui fit exécuter les ordres du commandant dont la colère s'évanouit ; — le bruit

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(les manœuvres couvrit les cris de renseigne;— la Sérieuse poursuivant son évolution, jeta Tancre, cargua et serra ses voiles.

Au même instant la corvette turque déploya les siennes.

Les captives avaient été ramenées par leurs gardiens dans le casernement de Fentre-pont, où Frasqnita pleurait sur le sein de sa mère en répétant le nom de Destaillis.

La corvette prit la mer sous les yeux de l'enseigne.

L'appareillage!... encore l'appareillage !... Maudits les vents etlamer qui lui enlevaient

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jusqu'à IVspoir de revoir jamais sa bieaaime'e.

Il se reprochait de l'avoir taxée d'inconstance! il se demandait par quelle étrange série de malheurs la jeune fille se trouvait au pouvoir des Turcs. 11 faisait des vœux pour que la corvette fut obligée de rentrer au port.

Ah! si elle n'avait point appareillé !

— Je tenterais un coup de main! je m'introduirais à bord ! j'enlèverais Frasquita de vive force ou je périrais à l'œuvre !

Vains propos! une fraîche brise emportait la corvette au large. L'appareillage!, . .

toujours l'appareillage !

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Dans les haubans de la corvette turque, il y avait au nombre des matelots occupés de la manœuvre des voiles, un jeune et alerte gabier à qui n'échappa aucun des épisodes de la rencontre qu'on vient de décrire.

— Par ma barbe! dit-il, celui-ci ne me plaît guère mieux que les autres!... Ah! voilà donc ce M. Destaillis qui, î)Our l'amour d'elle, a cam[)é un coup d'épée au fils de lord Brouifhlev... et la sénorita l'aime!. . .

Qu'a-t-il donc fait pour elle, lui!... au diable les Français, comme les Anglais, les Turcs et les Bédouins!... Si jamais je parviens à tirer d'i "i la belle Frasquita, ce ne sera pas pour lui, je res|>ère bien !...

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Bergami n'avait pu, depuis qu'il était à bord, se faire remarquer par la jeune andalouse; mais, puisque le commandant faisait tous les malins monter les captives sur le pont, Frasquita tôt ou tard le reconnaîtrait à bord comme elle l'avait reconnu sur le quai d'Alger.

Adroit, rusé, brave, téméraire au besoin, amoureux à sa manière, toujours bandit et aventureux, Bergami était peut-être un danger de plus pour Frasquita Molinarès. — Et pourtant quelques jours après , en pleine mer, elle ressentit à sa vue un mouvement de joie,

— Bergami est à bord et veille sur nous,^ dit-elle à sa mère.

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— Bergami, si jamais nous tombions en son pouvoir, serait plus à craindre qu'Ali - Khodja, répondit madame Molinarès.

— 11 me doit la vie, cependant! dit Frasquiia, il nous a donné des preuves de sa reconnaissance; j'espère, moi, qu'il sera Finslrument de notre salut...

— Dieu l'entende! murmura madame Molinarès qui s'affligeait de voir la corvette, favorisée par la brise, poursuivre sans obstacles sa route vers Constantinople.

Chaque jour de navigation heureuse, diminuait d'après elle le nombre des chances de délivrance qu'elle attendait d'une catastrophe de mer.

Charles Destaillis.

La frégate la Sérieuse avait reçu mission de se rendre à Algerpoury porter au consul de France des instructions très sévères concernant les pirateries des corsaires de la régence. C'était à répoque delà grande insur-^

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reclion grecque; le dey vassal du Grand Seigneur, profitait des circonstances pour favoriser les déprédations de forbans tels que Moussalem. Nous allions entamer des négociations qui ont abouti, peu d'années après, à la glorieuse conquête de l'Algérie.

La Sérieuse, il faut l'avouer, ne fit rien qui vaille à Alger, car les pirateries continuèrent de plus belle jusqu'à l'époque de la croisière de l'amiral Collet. Quant à Charles Desiaillis, tout plein de l'image de Frasquita, il alla voir les consuls de France et d'Espagne, dans l'espoir de recueillir quelques renseignements utiles.

Bergami avait nommé les dames Molinarès, le consul d'Espagne fit chercher Ber-

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garni qui avait disparu; Destaillis apprit simplement jne, prises en mer par un corsaire algérien, Frasqnita et sa ntère étaient tombées au pouvoir du dey Ali-Khodja. — - Hélas ! trois fois hélas! il avait vu de ses propres yenx la joune Andalouse partant pour Constantinople.

Pendant huit jours, il se préoccupa du dessein d'aiier, par mer et par terre, à la recherche de Frasqnita ; mais nous ne sommes plus au temps delà chevalerie errante.

L-e neuvième jour, — ^ alors la frégate lu Sérieuse avait repris le large, — Deslaillis réfléchit aux difficultés de son projet. — D'abord, il ne pouvait songer a se rendre à Constantinople sur un navire de guerre

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français, par la triomphante raison qu*à cette époque on n'expédiait presque jamais de navire de guerre à Constantinople ; et en eut-on, par exception, expédié un, comment y obtenir un pos(e déjà occupé ? Il fallait donc solliciter un congé pour passer à l'étranger, congé que le ministre de la marine refuserait selon toute apparence, — mais en le supposant accordé, il fallait prendre passage, à grand frais, sur un bâtiment da commerce allant dans le Bosphore, malgré l'insurrection grecque. Trouver le navire n'était point aisé, se procurer la somme nécessaire pour payer le passage n'était pas commode, atteindre le but du voyage était chanceux ; toul cela pourtant n'était rien encore. Une fois à Constantinople, que faire? Frasquiïa

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renfermée dans le sérail serait introuvable; et le temps du congé expirerait, et il faudrait avec de nouvelles difficultés rentrer eu France sans avoir seulement revu la jeune captive.

Ces considérations réfrigérantes remplirent pour Destaillis la traversée de la Se- * rietése entre Alger et Toulon, où la frégate désarma.

Durant le désarmement, Tenselgno français, malgré tout son amour, se permit des réflexions non moins déplorables au point de vue de la chevalerie errante.

Notre siècle positif a tout gâté.

-^Est-il bien Dossible, se demandait Des-

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