‹ L'eau et le feu (volume 3)Chapitre 6 sur 14 · LI-AU LT Ll': Fi:u · texte numérisé non relu

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Plusieurs renégats grecs s'illustrèrent dans la marine turque. Barberousse, par exemple , le fameux fondateur de la régence d'Alger, Grec d'origine, était natif de ^^atylène, dans l'île de Le&bos. La piraterie a toujours été du goût des habitants de TArchipel. En somme, il fui peut-être heureux pour Frasquita Molinarès que les barques des Hellènes ne l'eussent point recueillie.

Alors pourtant il était du meilleur goût de s'intéresser au succès d'une nation que lord Byron avait mise à la mode. L'Angleterre , la France , la Russie surtout , mais non sans arrière-pensées , faisaient des vœux pour le triomphe des Grecs. — Que le lecteur soit sans craintes, nous ne lui raconterons pas la bataille de Navarin, quoi-

que l'Eau et le Feu y aient eu grande part, comme chacun s'en souvient; nous ne suivrons même pas dans les Cyclades les barques longues qui s'éloignent à force de rames, et nous laisserons se perdre dans le lointain l'hymne de guerre de Rigas, le dithyrambe de Dionysios Salomos de Zante, le chant de Jean Stathas, et tous les refrains des Hellènes.

Qu'il nous soit seulement permis, puisque notre he'roïne n'a pu se soustraire aux embrassements d'un téméraire protecteur, de transcrire une de ces charmantes chansonnettes que le génie poétique de la Grèce inspire encore à ses enfants.

Si les descendants de Jason et de Thé-

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mistocle sont toujours pirates dans 1 ame, les petits-fils d'Homère et d'Anacréon sont restes poètes.

Ecoutez ! — vous saurez quels sont les témoins de V amour :

(f Quand nous nous sommes embrassés , ma belle, il était nuit ; qui nous a vus ?

» Qui nous a vus? — La nuit et l'aurore, les étoiles et les flots.

» Une étoile est descendue et Ta dit à la mer.

» La mer Ta dit à la rame , la rame au matelot.

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» Et le matelot l'a chanté à la porte de sa belle. >

Bergami tenait un langage analogue , quoique moins poétique , à Frasquita Molinarès , assise et accrochée sur des débris de navire :

— Qui nous voit? qui peut nous entendre?,.. Oubliez-vous quels services je vous ai rendus?... A l'instant encore, je viens de vous sauver, vous et votre mère...

Madame Molinarès, évanouie, était à côté de sa fille qu ejiouvantait l'audace du Maltai-.

— T'ai-je demandé de nous sauver- ? répondit-elle. Tiens î je te hais plus encore qu'Edouard Broughley, Moussaleni et Ali-

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Khodja !... J'avais mis en toi ma confiance... Nous aussi, nous t'avons sauvé... Tu es un ingrat, et tu me poursuis de ton odieux amour jusqu'au seuil de la mort I...

Ces paroles entrecoupées ne furent pas prononcées sans que lo iMaltais y mêlât d'étranges protestations de respect.

— Sois ma femme, Frasquita; — Bergami cessera d'être un avenlurier... Il sera ton esclave soumis et fidèle ! Depuis l'instant où je l'ai entrevue pour la première fois, j'ai frémi d'amour, je n'ai cessé de rêver à ta beauté!... C'est pour toi que je ine suis embarqué sur la corvette, au risque d'êtr^^ reconnu ponr chrétien et réduit au plus dur esclavage...

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— Chrétien! toi !... Tu n'es qu'un renégat sans foi, ni loi, ni patrie... INous allons périr sans doute ; eh bien ! je bénirai la mort qui me délivrera de toi...

En terre ferme, sur le pont d'un navire, à bord d'une barque , un pareil langage eût excité peut-être le courroux de Bergami ; sur le misérable débris de navire où il se cramponnait des deux mains, le Maltais ne pouvait que répondre par des déclarations menaçantes parfois, mais heureusement sans dangers.

Frasquita dédaigna de lui répondre — elle ne s'occupa plus que de sa mère. Madame Molinarès rouvrit enfin les yeux.

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—Ma fille !... mon enfant Î...Frasquita !... s'écria-t-elle.

— Je suis auprès de vous , ma mère. Bergami nous a encore sauvées, — mais la mort nous entoure... Au moins , nous ne mourrons pas sans avoir remercié Dieu de noire délivrance !...

S'adressant alors à voix basse à Taventurier :

— Qui nous voit? qui peut nous entendre?... dit-elle; ma mère!... — Silence donc!... Et si Dieu permet que nous survivions à ce naufrage, je te donnerai mes pai'ures et mes derniers bijoux pour pityer lesseryices...

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