EN POUSSANT LA PORTE (P
en Hadoioh soupira-t-il avec cla plus
grande simplicité. |
En gens habitués aux mœurs arabes, les convives firent mine de n'avoir rien EMPIRE AE Fa
Un demi-sourire glissa pourtant sur les lèvres de Georges. Mobrouck, au contraire,
affectait un détachement particulier, non par fausse honte, car l’action de son oncle
ns K
lui paraissait toute religieuse et naïve,
mais par convenance, afin de se conformer à l'usage du plus grand nombre.
Aïcha ne put s'empêcher de rougir,
horriblement vexée. Elle percevait chez le Français une.
l’offensa ; elle devinait au contraire, en Mobrouck, une approbation instinctive, l’acquiescement d’une habitude naturelle,
presque le mépris de ces conventions auxquelles .
Etce qu'ik
et de cette gêne hypocrites, les roumis se soumettent.
y avait au fond d'elle-même d’hérédité obscure fortifia à son insu la sympathie qu’elle éprouvait pour son cousin.
. À dater de ce jour, les heures passèrent vite. Aïcha, sans aimer encore, était à ce moment divin où tout l'être ne demande qu'à aimer. Depuis longtemps femme, l'esprit en outre singulièrement averti ‘et développé, elle continuait à se laisser vivre, entre ces deux amours qui flattaient en elle, ensemble et tour à tour, les deux êtres dont elle était faite. Le sous-lieutenant, au début, s'était raisonné, mais
en vain. Quant à Mobrouck, il trouvait:
sa cousine charmante, il eût entassé à sa louange, avec une conviction parfaite, toutes les métaphores de fleur, de gazelle, d'étoile (ilnes’en faisait pas faute d’ailleurs),
mais, pour lui, Aïcha représentait surtout
uñ excellent parti à prendre. ; Elle était au demeurant trop fine pour
ne pas démêler les sentiments qu ‘elle
inspirait. Néanmoins, par un chassé
croisé très explicable, et tout en gardant
à l’un comme à l’autre une tendresse ignorante et confuse, elle se sentait davantage
portée vers Mobrouck, lorsqu'elle écoutait :
la voix instinctive du sang, davantage au contraire vers Georges, si elle songeaïit à tout ce que lui avait créé de besoins et
de goûts son éducation française. Nature :
composite, où deux âmes, l’une d’origine,
l’autre de culture, étaient aux prises, elle
penchait tantôt: vers l'un, tantôt vers.
l'autre.
Mais avec cet arrière- fonds de passivité,
ironie dissimulée qui
: jamais,
prenaient dans
> L'EAU SOUTERRAINE a
cette espèce dé résignation au destin qui
était. caractéristique de sa race, elle ne se tourmentait pas autrement, de l’un et de l’autre ce qu’ils avaient de
bon. Le présent, c'était de la joie, toutes satisfactions de l’amour-propre | et, T2
les si elle} voulait, de lamour. Quant à l'avenir, pourquoi s’en tracasser : M St 4 /
- C'était écrit.
prenait
Chaque semaine, arrivait une longue ne lettre de Thérèse. Quel bonheur de la revoir
souhaiter l’arrivée de son amie. Depuis
le fameux déjeuner de février, les deux dernières lettres: venues d'Alger mar-
quaient une réserve, presque une froideur ; elles gardaient sur Georges un silence
bientôt! Aïcha avait une raison encore de:
complet. Sans. doute, il avait dû écrire lui-même à sa sœur, lui faire de longues
confidences, avouer son amour :
supposa que Mme Allier avait. été avertie et que cette révélation avait sans doute
contrarié les projets d'établissement qu’elle pouvait faire pour son fils, — ‘d’où le ‘changement de Thérèse à son égard.
. Elle-avait hâte de s en expliquer affec= ce
tueusement. 3 Elle résolut de ne pas attendre, |
damment de son fatalisme, cette autre vertu arabe :
Aïcha |
susceptibilité. Heureusement une nouvelle
‘lettre -dé Thérèse, “plus confiahte que .
arrivait avant le départ de la
sienne. Sans doute, les déclarations de Georges avaient opéré, ou bien Mme Allier
plus que de la joie de s ’embrasser, de se
retrouver amies, cœur à Cœur. Même elle x; ns a
faisait * allusion à d’autres
douces. Re
joies, :
La fin de mars fut signalée F par de belles : ‘fêtes.
Le gouverneur général ét - le général à \ | commandant le corps d'armée traversaient
Laghouat, au cours d’un voyage d’ins-
changeaïit de tactique. Thérèse ne parlait de
“pection, à visée politique, qu'ils entre ” ET l’extrême-sud. Chasses
x ee
rs Jui écrire aussitôt elle- -même, car, indépen- “elle avait.
la plus farouche
PENX À PCR ent) Te mi D L . L LFATE - Tree TL A c CAD CORTE 3 FMALET EN ” À $ à Z
CA, NES . x Se S - ser | ;
> L'EAU POPPRRRAÆLNE SU au faucon, difias, fantasias, Si-Salem fit ’appel'au grand jeu. Aïcha eût: voulu
que Thérèse et Mme Allier y assistassent.
Elle leur envoya lettre sur lettre. | Ïl lui tardait de prendre conseil, de dire ses émotions, ses hésitations, petites peines, grandes joies. Les relations de … Georges et de Mobrouck, visiblement, tour-
naient à l’aigre. Leur rivalité, d'abord cour-
Z toise, s’enfiellait de jalousie et de haine. Javant-veille de’l’arrivée de Thérèse \r Eur lieu la revue solennelle, suivie de la fameuse fantasia annoncée. C'était le “29 mars, une date encore dont Aïcha devait se souvenir. Sur le terrain de manœuvres ‘une estrade avait été dressée pour le gouverneur et les femmes d’ officiers, les autorités, les notables. Après
En è le défilé des troupes, on admira le carrousel
militaire, exécuté par les officiers et les sous-officiers de spahis et de chasseurs - d'Afrique; puis des courses de tête se a succédèrent. Le long d’une piste, de place en place, à ras de terre, des ballons de papier étaient plantés, peinturlurés d’une . bouche, de nez et d'yeux. Le coureur se
ee Jançait à fond de train, + à sue Venco-
-lure, sabre bas ; parvenu à hauteur des têtes, son bras comme un re se
détendait ; puis, le dernier ballon pris ou
: manqué, il se relevait droit en selle, = brandissant son trophée, et par une
. volte. gracieuse, au petit galop, venait
ensuite le jeter au pied de l’estrade, dans un salut du sabre.
Un naudisement discret récomà pesait: les plus habiles. Aïcha suivait
4 nie l'épreuve avec une petite fièvre amusée. …, Lorsque} ce fut au tour de” Mobrouck,
elle eut une seconde d'angoisse, puis rougit, de plaisir. Il était le premier qu
eût réussi à enlever toutes les têtes ; il . les dispersait maintenant d’un beau geste
devant le gouverneur. Elle battit des mains, caressée dans son orgueil de .__parente et d’Arabe. Quelques minutes après, Georges se détachait du rang.