‹ L'Eau souterraineChapitre 26 sur 48 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

tion des trois mois — elle avait passé

juin et juillet à Alger avec Mme Allier

et Thérèse, préparant <on trousseau, trompant l'absence en écrivant à Georges ; août lui avait paru moins long, chaque jour la rapprochaït de leur réunion. Paris d’ailleurs, avec la connaissance à faire de sa famille nouvelle, avec des plaisirs constants, lui avait apporté une distraction forcée. Enfin, depuis quinze jours, depuis l’arrivée de son fiancé (Georges avait obtenu un congé du 1‘ septembre au 30 novembre), c'était la vie en plein rêve, une existence si mouvementée.

qu’elle ne laissait presque plus le temps d'en jouir. Parfois, lui semblait-il, une autre qu’elle accomplissait réellement ces actes auxquels elle ne prenait plus qu’une part machinale. Aujourd’hui même, étaitce bien elle qu'on allait baptiser, dans la chapelle du couvent des Dames de la Passion? Etait-ce bien elle qui recevrait demain la première communion et la qui se marierait après-

à la chapelle du couvent?

Toutes ces démonstrations sociales et ces’ cérémonies auxquelles elle était obligée de se soumettre, pour arriver à ce but simple : être heureuse, elle les accomplissait sans enthousiasme, sans répugnance non plus, car, sous le convenu des formes, elle sentait vive-

ment la beauté des croyances. N'importe,

tant de complications ne laissaient pas que de lui causer un peu d’étonnement.

Elle les comparait au libré mariage.

arabe, .au rapt immémorial, célébré à coups de fusil, parmi la joie bruyante:

des repas et des danses. Cette sauvagerie,

à la bien prendre, lui semblait une espèce :

d'hommage: l’homme conquérait par la force ce qui devait être la douceur de la vie. Aujourd’hui c'était à elle, au contraire, à gagner son avenir. Elle trouvait d’ailleurs, danS l'acceptation de ces observances, dans ce renoncement d'elle-même et ces agenouillements perpétuels, une satisfaction aussi.

de son plein gré, pour un but déterminé; et ce but étant des plus agréables, conscience d'exercer ainsi sa volonté ne pouvait être pour lui déplaire.

Le fiacre les emportait le long des Champs-Elysées; elles étaient un ‘peu tassées, Mme Allier étant forte. Toutes trois gardaient le silence, Thérèse, assise

sur le strapontin, de temps à autre lan- .

çait un mot, une réflexion gaie. Alors, Aïcha souriait, jetait un regard tendre sur sa voisine, qui, buste droit dans un mantelet de faille, mains croisées sur les genoux, lui répondait toujours, maternelle, par un bon sourire.

— Huit heures et demie! dit Thélèee,

On passait devant une horloge pneumatique.

— Dans cinq minutes nous, arriverons avenue Bugeaud, assura Mme Allier.

Georges doit y être déjà. |

Georges! Aïcha eût préféré qu'il n’assistât pas à éprouvait une fausse honte, de là gêne, à l’idée de.ce baptème qui allait avoir lieu. Elle craignait vaguement d’être un peu ridicule. Le baptême, c’est fait pour les bébés; à cet âge-là, c’est.

une chose toute naturelle, un beau sym-

bole. Pour une grande personne, est-ce

que cela ne comportait pas quelque chose de légèrement humiliant? Elle percévait à

Elle les consentait

Ja

la cérémonie de ce matin. Elle presque .

plus fine, Aïcha y eût

la fois l'importance plus grande donnée be

l'acte par ses dix-huit ans et l’accentuation du petit côté de comédie. Elle eût voulu voir cette formalité remplie.

du surlendemain l'énervait aussi, sensation qu’elle était une espèce de bête

La perspective de la journée du lendemain et cette

draient compte.

couvent des Dames de la Passion.

Si-Salem étalait la blancheur de son haïck

curieuse, dont la conversion, la commumion, le mariage constituaient un événe- |

ment parisien.

Pourtant, qu'est-ce que cela Dora

ie aux gens? Pour la première fois elle se rendait confusément compte que ce

qu’on est convenu d’appeler avec gran-

diloquence « le monde », cette société restreinte faite de bas intérêts, de désœu-

vrement et de curiosités aux prises, n° est

qu'une vaste parade où des masques défilent, sans qu’on se soucie au fond des visages. Il lui fut désagréable qu’on s’occupât d'elle. .Elle estimait qu'il n'est de vrai bonheur qu’à l'abri des importuns et des indifférents.

Pourtant elle n'avait que de la recon- … | ot vis-à-vis s des Dames de la Pas- Fe

sion. +.

Elles hi: avaient toutes.

une sympathie vraiment ‘affectueuse ; peut-être démélé une sorte de gratitude,

neur au couvent, et que les bonnes dames

en tirassent profit moral, sans parler du.

cadeau usuel, un harmonium acheté par les soins de Mme Allier. Le baptême avait beau devoir se passer “dans la plus

stricte intimité, les journaux en ren-

.. » Et cela jette un certain lustre sur Ja maison. :

Le tie tournait le. coin à ‘de T'Are +

Triomphe.

ART "ie Li | père ele |

Thérèse:

je Etmon ns ajouta Mme Ati.

Elles se penchaient à la portière,

voyaient venir au grand trot derrière

elles une victoria sobrement attelée qui

- les dépassa, A côté de M. Duval- Allier, le conseiller d'Etat qui, très flatté, avait.

consenti à servir de parrain, en attendant qu ’après-demain, noir et de ses croix, il fît office de témoin,

mais elle ne songeait pas que son baptême pût faire hon-

revêtu de son habit

« Hier, à la chapelle du

di. ‘sous l'éclat cramoisi du burnous. Les deux |

jour à l’autre, allait paraître à

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