‹ L'Eau souterraineChapitre 35 sur 48 · REGAGNÉ TOUT L’EMBONPOINT PERDU (P · texte numérisé non relu

REGAGNÉ TOUT L’EMBONPOINT PERDU (P

déjeuner, avec son mari, lorsque son service le laissait libre. Ils négligeaient la par-

tie technique del’Exposition, la galerie des

Machines, les pavillons des produits de l'Industrie, tout le côté scientifique et sérieux. En revanche, pas une exhibition singulière) qui leur échappât. Ils firent une étude comparée des cuisines des divers pays, servies par des naturels batignollais.

Ils s’'amusaient des costumes exotiques, des mets et des boissons bizarres. Le théâtre espagnol, annamite, les danses javanaises les divertirent.

Mais deux choses, par-dessus tout, firent l'admiration et le plaisir d'Aïcha. Elle ne trouvait rien de plus extraordinaire et de

plus beau que la tour Eiffel. La hardiesse du svelte massif édifice de fer la comblait

d’une stupeur sans cesse émerveillée. Elle.

en fit plus de vingt fois l'ascension. La

rue du Caire lui causait également une joie

sans mélange: Elle en adoraït l'odeur musquée et lé tumulte poussiéreux. Elle s’arrétait aux fritures en plein vent, aux étalages de ratlohoum, petits carrés roses et jaunes de sucrerie gélatineuse; de arlaoua, délicieuse pâte végétale et filamenteuse, au goût de miel. Elle achetait aux Maures ambulants des morceaux de nougat de couleur, elle caressait les longues oreilles des charmants petits ânes gris, entrait dans toutes les baraques où s'exécutaient, au son rauque des derboucas et “des flûtes, les danses du ventre, du foulard et du sabre. Georges l’y suivait volontiers. Elle éprouvait à cette parade d’un Orient fantaisiste une espèce de griserie enfantine. Il semblait qu’un monde nouveau lui fût révélé, qu’elle vît pour la première fois ces grands diables loqueteux aux jambes nues, aux têtes crépues coiffées de fez rouges, et ces femmes empaquetées, dans leurs haïcks blancs, où les yeux brillaient seuls, dans l’interstice du voile. Cela n’évoquait en elle aucun rappel d’'instinct arabe; c'était l’égaiement d’une Parisienne à un spectacle original et 0e vertissant. -

La mi-juillet, cette année- -là, fut signalée par un double événement :

Si-Salem recevait la plaque de grandofficier. La revue de Longchamp, à laquelle Aïcha assista dans la tribune d'honneur, fut magnifique. Lorsque la cavalerie défila, elle crut reconnaître, à la tête de son escadron, Georges avec sa bonne figure heu- -reuse, sous le casque. Elle était assise à côté de Si-Salem, aussi impénétrable et froid que s’il ne portait pas, depuis le

matin, la décoration de ses rêves, le large

* crachat d’argent, bien en vue, sur un pan

rabattu de son burnous cramoisi à glands

d’or. Il regardait défiler les troupes, im-

Gèorges, était maintenu pour la Légion d'honneur,

: “ ee.

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