L'ARABE
— Non, c’est un jeune cheval :
mouth. Je l’essaie.
—:1Lestolt:
— Très. y
— Reviendrez-vous de bonne heure?
— Non, j'ai du travail à l’escadron. La
Ver-
classe.
— N'oubliez pas le tennis, à cinq
‘heures.
Il avait pris sa cravache, son képi.
— Ne craignez rien.
Aïcha se mit à la fenêtre comme elle.
faisait souvent; elle voulait le voir partir. Georges débouchait sur le trottoir, en boutonnant ses gants. Il s’approcha* de sa
. monture, lui donna deux ou trois tapes
amicales sur la croupe. La bête tressaillit,
tourna la tête et le regarda de son œil rond.
Il vérifiait les étrivières, la sangle,
s’enlevait en selle. L’ordonnance lâcha la
bride et salua : ue
— Bonne promenade, dit Aïcha..
— Merci, fit-1l.
Il s'éloignait au pas, du côté du château; Aïcha allait fermer la fenêtre, elle lui jeta un dernier regard. Il était à cinquante mêtres. Elle crut rêver. À ce moment précis, un gamin qui courait, une botte de paille sur le dos, tourna le coin de la rue d'Anjou. Le cheval de Georges prit peur, fit un écart brusque. Surpris, quoique excellent cavalier, le\ capitaine, dans le déplacement, perdit ses étriers.
Elle le vit appliquer sévèrement l’éperon.
La jeune bête, au lieu d'avancer, fit vio-
lemment demi-tour, et, comme il la rame-
-nait, elle rétiva, cabrée d’un bond, debout sur ses pattes de derrière. Aïcha D un cri perçant. /
Le cheval glissait, s’abattait lourdement d’une pièce. Georges était dessous. L’horrible chose n’avait pas duré dix secondes.
Des gens levaient les bras, se précipitaient. Immobile d’épouvante, elle demeurait là, clouée. Rien ne bougeait. Enfin, sous le coup de pied d’un artilleur accouru, le cheval se releva, abruti, tremblant des quatre membres. Mais Georges? Elle re-
gardait de toute son âme. Georges ne se rélevait pas. Elle vit Loubert, l'ordonnance, -
s'élancer à toutes jambes, le cercle desspectateurs grossir. Elle ne pouvait ni remuer, ni crier, ni pleurer. Elle avait la gorge et les yeux secs. Soudain le cercle funèbre
s'ouvrit. Deux hommes tenaient Georges
sous l’aisseile. Loubert, comme un fou, courait vers la maison, entrait, ressortait avec une brouette. Hagarde, elle y regarda déposer son mari, tête retombante sur l'épaule, {bras pendants. La brouette venait vers elle. Alorselle retrouva la voix, et avec des cris aigus, des sanglots rauques, elle se rua dans l'escalier, nu-tête,
échevélée. La brouette était en bas. Elle
s'abattit sur le corps de Georges. Il était mort, la poitrine défoncée,