‹ L'Eau souterraineChapitre 45 sur 48 · A FAC RS UN · texte numérisé non relu

A FAC RS UN

s'asseyait dans la cour intérieure,

Son voile où sa main, comme ils faisaient

à Si-Salem.

Elle leur répondait d’un mot bref, souvent elle s’attardait les jours de marché, causant avec les Arabes venus de loin. Elle repensait maintenant dans sa langue

- originelle. Elle était forcée de chercher ses

mots, ‘lorsqu'elle avait à prononcer une phrase française. Elle se fit ainsi des amis, Surtout parmi les Ouled-Chaïb. Certains se

souvenaient de l'avoir vue jeune, lors-

qu'elle n’était pas plus grande que ça. Ils désigriaient, de leur main à plat, la hauteur d’un sac de blé. Ils en attestaient le Seigneur. Ils donnaient des détails: elle avait une calotte de cuir rouge sur ses cheveux crépus, elle était vêtue d’une

- cotonnade verte,

Ces jours-là, elle rentrait songeuse. Elle la.

place même où, enfant, elle s’asseyait autrefois. Sur la terrasse voisine séchaient des piments et des tomates. Des métiers étaient tendus et de leur geste rythmique, les femmes se jetaient, d’un bout à l’autre

de la trame, la pelote et l'aiguille. Elles

étaient jeunes et venaient de la montagne.

Mais Aïcha ne regardait pas, à chaque

mouvement, le jeu souple de leur corps ni le balancement de leurs hautes coif-

fures hiératiques. Elle contemp ait le Carré de ciel visible entre les murs, l’azur où la chaleur vibrait, bleue, dans l'air ardent.

Elle écoutait leurs chants interminables, elle se laissait bercer à la lente, à la

plaintive mélopée. Alors, ellé revoyait, au

delà des yeux de chair, son enfance sau- vageé à travers les plaines désertes du sud. Elle était emportée par quelque dos cahotant d'âne ou de chameau. Elle

ee respirait la fraîcheur des départs dans

- l'aube, les soirs emplis du scintillement

du ciel nocturne, entre le pan relevé de

la tente.

D'autres jours, elle ne GUPERE pas le jardin. Elle se laissait vivre d’une vie animale. Elle redevenait l’Aïcha de son

sr

adolessence, la petite fille émerveillée,

devant les bouquels de palmiers, élan-

çant leurs fusées obliques ou verticales, la luisante verdure des grenadiers et des abricotiers, les frissons de l’herbe tendre.

“Elle se penchaït au bord du puits, scru-

fi

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