CHAPITRE III
très haut .
dans l'azur sans nuages, tombe en nappes 2de lumière
démie et commandeur du Nicham), belle barbe noire striée de fils avaient causé une admiration générale
Aïcha se retourne, éssaye
nances étranges, la vibration d’un métal riche et composite. Presque plus rien de guttural n’y subsiste ;-une grâce chantante, au contraire, enveloppe les mots.
Thérèse Allier — oui, c’est bien elle — laisse tomber ses bras, et, après un baiser : . — Je vous y prends, mademoiselle ! Nous rêvons encore? Et nous avons beau regarder du côté de la France, je suis sûre que vous pensez toujours à vos vilains pays, n'est-ce pas, par là-bas, du côté des sables ? | ; |
Avec ses dix-huit ans sonnés, dont la supériorité a pour les seize ans d’Aïcha
.des tendresses de grande sœur, Thérèse
Allier, fille d’un, négociant marseillais mort en 1871, après fortune faite dans un magasin de nouveautés de la rue Bab- Azoun, n’a d’autres parents en Algérie que sa mère, une excellente femme, toute aux soins absorbants du commerce qu'elle a continué et qu’elle dirige — et son frère, le sous-lieutenant Allier, sorti de Saint-Cyr l’an dernier, en 1874, maintenant en garnison au 1® spahis, à Laghouat même, après six mois passés au dépôt à Médéah.
Thérèse, tout de suite, s'était prise d'affection pour la petite Arabe, dès le premier jour où, tenue en main, toute pleurante, elle avait été amenée par son père majestueux et grave, dans ses burnous blanc et groseille. C'était un matin d'octobre, en 1872. Les trois décorations de Si-Salem (il était dès lors officier d’acasa blancs
parmi le jeune peuple de la maison Crawel. |
Puis, le caïd parti après une longue conférence avec miss Crawel en personne,
çavait été, chez toutés les élèves, une
curiosité et bientôt de menues hostilités autour d’'Aïcha, effarouchée, muette, jo1ignant à l’habituellé tristesse d’un soir de séparation et de solitude, le. MR plus profond de la race.
Thérèse Allier avait eu pitié d'elle, et dans ses efforts, les jours suivants, pour la consoler, pour la distraire, Aïcha, devinant une sympathie, y avait répondu spontanément. Aïcha n'avait, parmi leurs autres compagnes, que des camaraderies . bornées aux préoccupations et aux taqui- neries de la vie côte à côte. D'ailleurs, elle les supportait mal.
où de brusqués colères, des rancunes disproportionnées, tenaces, alternaïent avec des indifférences dédaigneuses ; nature silencieuse et concentrée où la force des sentiments semblait parfois comme assoupie. Sa Sauvagerie native éclatait sans cesse pourtañt dans l’ardeur passionnée de sa tendresse pour Thérèse.
- Aïîcha n’aimait vraiment qu’elle au monde. | Sa mère, la pauvre vieille femme,
elle en revoyait parfois, lorsqu'elle y songeait, la figure jaunie et ridée, les mains tremblantes et les yeux creux. Elle était morte l’année de la guerre. Elle dormait maintenant, le visage tourné vers l’orient,
dans le champ morne du Chtett, entouré
de cactus et hérissé de pierres plates.
Aïcha ne lui devait rien, sinon la vie.
Mais elle ne se sentait pas liée par ce lien mystérieux. \
D'autres lui avaient - façonné l’âme,
une âme changeante, en train d’accom-.
moder son vieux fonds d'énergie et de. rêves aux exigences de formes nouvelles.
Mélange bizarre “où le: respect - à des conventions spéciales, dont l’ensemble constituè le mensonge social, s’amalga-
mait tant bien que mal à la sincérité
primitive.
Son: père, els avait pour bé plus de
crainte. iqué . d affection ; jamais rien d’intime n'avait adouci son respect filial.
Nature violente, . célante.
* d'honneur l'en avait récompensé en 1872,
S1- Clone, tout à son nn qui Crois- < :
sait à mesure, poursuivait la réalisation :
de ses plans. Nommé récemment agha du Djebel- -Amour, il commençait à ne
recueillir les fruits de son eos fidé- 4 lité. CR
Malgré l’écroulement - de l'empire st:
là terrible secousse des défaites. reten-
tissantes, durant cette lamentable année,
où la gloire de la France sombrait dans l'humiliation d’une honte sans précédents, il avait su ne. pas douter de l'avenir, il U avait rendu des services précieux, contribué à maintenir sur les tribus toujours prêtes à la révolte une autorité chan- Das Ps
La croix Ro de ho
l'année même où, pour achever. de faire | nie de sa fille une véritable Française, il Re ee méttait dans la meilleure maison d’édu- 0 cation d'Alger, cette pension. Crawel :
dont la directrice, miss Edith Crawel, sèche. et vieille personne, accueillait,
sans distinction de religions, moyen- :
nant bon prix, les enfants des meilleures familles françaises et de la colonie étrane
gère. à Fa 7 ; : Ru pu
‘Aïcha, depuis trois, ans, “ahrait ainsi” vécu seule avec elle- même au milieu de.
ses compagnes, si Thérèse ne s était attachée 4 elle.
Si-Salèm, on. l'apercevait quelques jours à peine, une fois l'an, au moment de son voyage habituel à à Alger,
EE arrivait drapé dans ses burnous écla ERA tants. | ns | | du Un sourire chaise SA belle figure
sérieuse. Il échangeait quelques mots, baisait sa fille au front, ue RARE
er A Rue ja ANR DE Ph NE TR \ Pr s' Elle n 'éprouvait à aucune joie, et devinait °- |
au contraire, sous ces rares et: froides
caresses, l'indifférence d” une âmeé absorbée
NS et distante. |
Elle en demeurait Data Se sentait
se glacer les élans de $on cœur.
À la pension, le personnel ne € l'aime
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de L'EAU SOUTERRAINE € ‘guère. Miss et, au début, s'était montrée toute affabilité, protectrice et bienweillante. Aïcha était une élève décorativei |
On la citait aux parents. Miss Crawel avait coutume de dire : « J'ai là une fille
de la RARES indigène, Mlle Si-Salem, vous.
: MISS EDITH CRAWEL