‹ L'eau sur le plateau central de la FranceChapitre 26 sur 43 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Le Tarn et me» afllnent».

Le Lot reçoit la majeure partie des eaux qui naissent sur 1^ versant nord de la montagne de la Lozère. J^e Tarn recueille celles du versant sud. Sa source est à Test de la montagne dans un lieu très-sauvage à 4 kilomètres de Villefort et à 2 kilomètres du hameau de Belle-Coste. Toute la contrée est granitique. Après avoir passé Belle-Coste, le Tarn reçoit, sur sa rive droite, deux ou trois filets d'eau et devient un ruisseau coulant toujours sur le granité souvent détaché en gros blocs. Deux petits affluents lui arrivent encore sur la même rive de Sarasial et du Gros, hameaux situés très-haut sur les pentes de la Lozère. Après avoir passé en dessous de Frutgères, il est rejoint par le Garadigon qui se verse sur sa rive gauche et il descend traverser le pont de Montvert où le Rieumalet lui arrive encore à droite, descendant de la Lozère.

Le Tarn est alors une jolie petite ri%nère aux eaux pures qui coule pendant bien longtemps sur son lit de granité, grossissant à chaque instant par les eaux qu'il recueille. A gauche c'est le Ramponcel, à droite c'est le Vallebrières, le ruisseau de la Brousse celui de Runes, de Briangon qui tous, ainsi que leurs ramifications, apportent les eaux de ce grand condensateur qui est la montagne de la Lozère.

Le ruisseau «le Runes forme près de ce hameau une chute magnifique.

Nous vîmes la cascade de Runes le 18 Juin 1845. Un orage venait d'éclater pendant que nous étions sur la vaste montagne de la Lozère, et avait fait déborder le ruisseau de la cascade. La chute est énorme, elle atteint 26 mètres. L*eau s*élance ainsi du haut d'un escarpement de granité; elle bondit et se divise à Tinfini. L'impulsion que cette chute donne à Tair est considérable et dans le fond du gouffre, le vent est si violent que les arbres et les grandes plantes étaient inclinés comme sous l'impulsion de l'ouragan. Cela tenait, sans doute, à la quantité d'eau qui, après l'orage alimentait la cascade. Quelques filets d'eau se détachent en haut de l'escarpement, mais la plus grande masse tombe en gerbes blanches lesquelles rencontrant près de la base une saillie du granité, s'élancent de nouveau et se précipitent dans le gouffre inférieur. L'eau a poU et usé le granit ; elle accomplit cette œuvre avec une extrême lenteur. Rien de plus beau, de plus frais que le site de cette cascade. Les Chênes, les Hêtres, les Tilleuls, se réunissent pour l'ombrager et des deux côtés, sur des pentes rapides s'étendent des prairies où les fleurs des montagnes se sont donné rendez- vous au milieu des plus élégantes Graminées.

Le Tarn ainsi grossi entre dans sa vallée de micaschiste passe entre Bedouès et Cocurès, dominé par des causses élevées, puis il arrive, toujours sur le micaschiste, au pont du Tarn où il trouve le confluent du Tarnon, qui lui-même vient de recevoir la Mimente.

Le Tarnon a ses sources dans le massif granitique de Valleraugue dont il charrie tous les échantillons de roches primitives. Ses sources sont assez nombreuses et situées près de celles de la Jonte sur le massif granitique de l'Aigoual au-dessus de Valleraugue. Ces sources sont au nombre de quinze au moins, très- voisines aussi de celles de l'Hérault et du ruisseau de Castelars. Une des sources du Tarnon , porte le nom de Fontainede-Trévolous.

Il entre bientôt sur le micaschiste et coule directement et sans détours du sud au nord, dans une profonde cassure du terrain dont il ne peut dévier. Il est dominé par des causses élevée<5, démantelées, dont les bords présentent les formes les plus bizarres; il ne reçoit dans son trajet que des filets d'eau peu im-

petites rivière^ souterraines qui s'écoulent cachées dans les grottes dos lorrains jurassiques.

Le Tarn passe à Quezac, puis à Prades et à Sainte-Enimie. Dans tout ce trajet et à partir d'Hispanac, il a abandonné le micaschiste et il coule sur le terrain jurassique. Il revient au sud, puis au sud-ouest, puis à l'ouest, faisant ainsi de nombreuses inflexii)ns dotermin(»os par la profonde cassure des causses dont il est obligé de suivre les moindres contours. La belle source de Sainte-Enimie lui verse son contingent sur la rive droite.

A Sainte-Enimie le Tarn se dirige au sud, puis au sud-ouest avec de nombreux détours, mais toujours encaissé par les causses. Il passe à la Malone, aux Balmes, à Saint-Projet, et il marche droit au sud, à Rosiers où la Jonte vient s'y verser sur sa rive gauclie. Un peu avant Rosiers, la rivière a coupé complètement l'oolite et coule sur le lias qu'elle n'abandonne plus qu'à une grande distance. Un fait remarquable, c'est que depuis Hispanac jusqu'à Rosières, pendant un si long trajet, le Tarn, à l'exception de quelques sources abondantes, ne reçoit plus de ruisseaux. Toutes les eaux sont souterraines sous les causses.

La Jonte qui vient rejoindre le Tarn à Rosiers est une charmante rivière, dont les sources multiples, sont situées sur la montagne primitive de l'Aigoual dans la forêt des Goilles, trèsprès des sources du Tarnon, car l'Aigoual est un massif d'où descendent bon nombre de rivières qui se dirigent vers le sud et qui sont tributaires de l'Hérault, lequel a aussi ses sources très-rapprochées de celles du Tarnon et de la Jonte.

Cette dernière coule longtemps sur le terrain primitif, puis elle entre dans la grande cassure du lias où se trouve la petite ville de Meyrueis. Là débouchent, sur sa rive gauche, les ruisseaux de Brèze et de Beluzon dont les sources sont aussi sur l'Aigoual à très-peu de distance de celles de la Jonte.

De Meyrueis à sa jonction avec le Tarn, la Jonte coule de Test à l'ouest; abstraction faite de ses sinuosités qui sont fréquentes, elle ne peut quitter la grande lissure du lias où elle est encaissée et ne ro(^-oit plus de ruisseaux, mais seulement quelques Ijelles sources et entre autres celle de Pouget ou Patelargue sur sa rive gauche.

Au-delà de Rosiers, le Tarn grossi par la Jonte, incline au sud fait de nouveaux détours, reste encaissé dans le lias, passe à Compeyre où se réunissent les eaux du terrain de trias, situé au-dessus de Sévérac et qui sont amenées dans le Tarn par le Menson qui le rejoint (rive droite) au-dessus de Compeyre. I^ rivière descend alors directement au sud et toujours encaissée dans le lias jusqu*auprès de Milhau où lui arrive un a^sez fort contingent par la Dourbie.

La source de cette rivière dont le cours est très-prolongé est sur la montagne de l'Espérou à deux kilomètres au sud-ouest de Valraugues. Elle reçoit, sur sa rive gauche , de nombreux ruisseaux tant qu'elle coule sur le terrain primitif et aucun sur sa rive droite. Ces ruisseaux ont leurs sources du même côté que celle de la Dourbie et sur la montagne de Lenglas. Tels sont les ruisseaux de Lingas, de Carsenas, du Cros. La Dourbie reste sur le terrain primitif à Saint-Jean-de-Bruel et coule sur le lias à Nant, puis elle remonte au nord faisant des détours, très-encaissée entre les causses, fait de nombreux écarts sous le village des Treilles, s'enfonce dans le lias et arrive h Milhau sans r<^cevoir d'affluents dans ce long trajet.

Une petite rivière, celle de Trevezet dont la source se trouve encore dans le bois de l'Espérou, recueille les eaux de plusieurs ruisseaux et viendrait se jeter dans les eaux de la Dourbie , si en passant sur une causse, elle ne s'engouflFrait tout-à-coup dans le calcaire oolitique pour no plus reparaître.

Au-delà de Milhau , le Tarn suit longtemps encore la vallée liasique, passe à Saint-Rome, entre sur le lias en quittant loi* causses et continuant son cours sur le terrain primitif, arrive dans I«b bassin d'AIbi, traverse cette ville, ainsi que celle?^ de Gaillac , de Saint-Sulpice , Ae, Montauban , et atteint la Garonne au-dessous de Moissac.

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