‹ L'eau sur le plateau central de la FranceChapitre 28 sur 43 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

ett Lac».

La niajuure partie des amas d'eau qui existent sur la 1 a reçu le nom de lacs, expressiou assez mal définie, car trouve de bien grandes différences entre les objets que 1 réunit sous cette dénomination. L*eau qui sort des sourcesT? que la pluie répand sur le sol , celle qui résulte de la fonte neiges ou des glaciers ne forme pas toujours des ruisseaa'3 des rivières ; elle peut aussi se rassembler dans de petites; vités et former des r/u/re.ç; mais ce terme, outre qu'il indi de tr^s-petits amas d'eau, emporte avec lui l'idée d'un p bassin qiii s(» dessèche et se remplit à diverses reprises, q -' le» pluii's seules alimentent, et qui, par conséquent, est sou d'une nuuiière très-directe à l'intlueiice des saisons. Une mar^ h\ potil(» (|u'elle soit, dès qu'elle est alimentée d'une manie continue par une source, prend le titre de lac. Ceux-ci, pou tant, ne sont le plus souvent que Télargi^^sement du bassii^^ d'une rivière, laquelle entre d'un côté et s'échappe de l'autre S'il existe une digue artificielle, c'est un étang quelle que soir son étendue. Si au lieu d'avoir des bords bien limités, l'ea s'étend sur mie large surface qu'elle recouvre à peine, ell forme un marais.

Les lacs sont tn*s-répandus , tr{»s-fréquents dans quelques^ contrées : ils se trouvent sur toute espèce de terrain. On les rencontre au milieu des plaines in^cupant des dépressions du sol,

OU. cJ.6!^ bassius plus uu moins étendus. Ils existent , pour ainsi

dij-^e dans toutes les chaînes dé montagne, ou du moins à une

J)etit:© distance. Ils y sont plus communs qu'ailleurs. On en ren-

cor^-tx-e fréquemment dans les vallées élevées, et là, ce sont, en

g^ixoral, des bassins qu'une rivière remplit, et laquelle s'en

^^lifii,j>pe ensuite d'un autre côté, comme le Rhône dans le lac

^^ Grenève. On en voit aussi au sommet des montagnes, à de

tre5?3 — fçrandes hauteurs; mais alors ils sont, en général, peu

®^^ï^<iiis. Ce sont plutôt des mares d'oau pure qui résultent de

'^ iV:>xite des neiges et qui sont au voisinage des glaciers.

^Sou.T'ent encore l'eau rempUt des cratères ou des cavités pro- ^^^*^^?3 par des explosions. On désigne ces amas d'eau sous le '^^^^^^ de cratères-lacs f et l'Auvergne, comme l'Italie, en offre de tr^ss — beaux exemples que nous décrirons un peu plus loin.

^^i^n de plus varié que la forme des lacs ainsi que leurs di-

"*^^*^ s ions. Ils offrent cependant deux formes dominantes qui

^^P^^H-dent de leur situation. Si ce sont des lacs qui occupent

'^^^ ^^pressions du sol, recevant des rivières qui viennent s'éva-

J^*^*^^^** dans leur bassin , ils sont généralement arrondis, ou du

^^^^^55 c'est la forme qu'ils présentent vus de loin, car en s'en

p^ï^^"^ochant les bords peuvent paraître découpés ou onduleux.

^ont aussi presque toujours ronds quand ils sont placés dans

^vieux cratères, ou quand ils submergent de petites dé-

^ ^^sions provenant du retrait ou de l'effondrement de rochers

divers plateaux.

rsque, au contraire, les lacs occupent des vallées élevées,

Qu'ils sont traversés par des rivières, leur forme est souvent

^lle d'un ovale allongé, quelquefois étranglé de distance en

^^^tance. Il en résulte que la plupart des grands lacs sont al-

^''^ngés dans le sens du cours d'eau auquel ils doivent Içur

^^rigine.

Les dimensions des lacs varient plus encore que leurs formes, ^i quelques-uns sont réduits à quelques mètres de diamètre, îl en est d'autres, tels que le lac Supérieur dans l'Amérique du nord , qui occupent une immense surface.

La profondeur des lacs n'est pas en rapport avec leur étendue. Ainsi le lac Erié, dans le Canada, qui a près de 400 kilo-

mètres de longueur et une largeur proportionnelle, n'a qu'une petite profondeur. Il en est de mènie de tous ces grands lacs de TAmérique du nord, qui ne sont réellement que de vastes plaines submergées. Les lacs les plus profonds sont ordinairement situés dans des cratères volcaniques ou dans des cratères d'effondrement, comme le lac Pavin et les cratères-lacs do TEifel. Ceux qui occupent les parties basses des hautes vallées des montagnes, s(mt aussi très-profonds. Le petit lac d'Oo, dans les Pyrénées, a, selon Boubée, 7:2 mètres de pi-ofondeur. De Saussure a trouvé 315 mètres à l'endroit le plus profond du lac de Genève, et 200 mètres dans le lac de Lucerne.

La température dos lacs varie selon les climats et selon leur profondeur. Il y a souvent une grande diliérence entre la température de l'eau à la surface et colle des points les plus profonds. Ces différences s'expliquent facilement dans les bassins calmes

des grands lacs. Comme l'eau acquiert son maximum de den-

site entre 3° 89 et 4<> 14 , le liquide qui possède cette température, .^^ —

tend à descendre j)ar son propre |x>ids et à occuper les bas-

fonds.

Considérés sous le rapport de la composition de leurs eaux, -^ -, les lacs sont rangés sous deux divisions : les lacs d'eau douve — ^^e

et les lacs salés, Nous n'avons pas à nous occuper de ces der-

niers. Ils n'existent pas sur le plateau central de la France; mais nous pensons que pendant la longue période tertiaire, il a pu se trouver quelques lacs partiels alimentés par des eaux minérales , soumises peut-être à une évaporation assez active, mais aujourd'hui nous n'avons plus que des amas d'eau douce. L'eau de nos lacs du plateau central est, en général, très-piu« et très-limpide.

Un phénomène très-curieux se prt»sente aussi à la surface dosgrands lacs et semblerait, au premier abord, avoir quelque analogie avec les Marées. C'est le phénomène des Seiches, que IW a surtout étudié sur le lac de Genève. Il consiste en certains débordements qui ont lieu d'une manière subite et qui ne durent qu'un court espace de temps. C'est un phénomène commun k tous les lacs. Il existe dans ceux de Zurich, d'Annecy, de Luodme, de Constance, de Neufchàtel, du Tessin, de Cdme, etc.

S*il est plus remarquable dans le lac de Genève, c'est que la cause qui le produit et qui existe partout, n'exerce toute son influence que sur la surface de ce dernier. M. Boue a remarqué les Seiches, faibles à la vérité, sur plusieurs lacs des Alpes autrichiennes. On les a reconnues aussi sur les grands lacs do l'Amérique septentrionale et notamment sur le lac Supérieur, dont les Seiches sont aussi très- ir régulières. Ce phénomène a lieu dans toutes les saisons, à toutes les heures du jour ; mais elles sont , en général , plus fréquentes au printemps et en automne.

Les Seiches n'ont aucun rapport avec l'impulsion du vent. Vaucher qui a publié un mémoire très-intéressant sur les Seiches des lacs de la Suisse, en donne uue explication qui parait s'accorder beaucoup mie\ix avec les faits. Il attribue ces oscillations accidentelles à la pression inégale que différentes colonnes atmosphériques font éprouver à l'eau. Or, ces variations atmosphériques sont un fait reconnu, surtout dans les pays de montagnes. Si une colonne d'air devient plus pesante que celles qui l'avoisinent, à l'instant cette pression relèvera le niveau des eaux voisines ; si ces dernières sont enclavées dans un étroit bassin, il s'en suivra un débordement. Mais dans le lac de Genève, les eaux, au lieu d'être de niveau, forment la pente rapide d'un fleuve : donc, si elles sont pressées, elles seront obligées d'obéir à deux force*^, celle de la pente et de la colonne d'air, et elles suivront la diagonale entre ces deux forces , selon une direction facile à déterminer. Elles seront plus ou moins relevées dans une grande étendue du courant; ce qui ne peut avoir lieu sans diminuer ce dernier, sans retarder le cours des eaux et les accumuler. Avec cette explication, on se rend compte de toutes les apparences et de toutes les modifications locales des Seiches.

Ces études ont amené naturellement Vaucher à parler de l'apparence curieuse que présente , sous certains états de l'atmosphère , la surface de tous les lacs , et même des baies marines très-enclavées. La surface du liquide, au lieu d'être calme ou agitée, présente, sous mille formes diverses, des parties parfaitement calmes et miroitantes à côté des parties agitées. Ces

fontaines ou cq mirage, comme rappellent les bateliers, ti-op souvent atribuées à des courants, doivent être une conséquence de l'immobilité de la colonne atmosphérique qu'ils supportent, tandis que les colonnes d'air voisines sont agitées verticalement ou horizontalement. Les Seiches annoncent la pluie et ont lieu souvent par un ciel en apparence serein ; M. Boue en conclut qu'il se passe dans l'air des dissolutions et des précipitations irrégulières, et, par conséquent, de ces variations remarquables de l'atmosphère, dépendent principalement ces phénomènes peu connus. Nous reviendrons plus loin sur les curieuses apparences de la surface de-; lacs, en parlant de la physicmamie des eaux en général.

Un fait général se présente sur la terre, c'est la diminution successive du nombre et de l'étendue des lacs. Quand nous considérons attentivement un cours d'eau, nous remarquons qu'il occupe généralement le fond de plusieurs lacs successifs • qui se déversaient les uns dans les autres. Nous avons vu de nombreux exemples de ces anciens lacs, eu étudiant les cours d'eau du plateau central ; mais des faits analogues se retrouvent partout et nous nous contenterons d'eu citer quelques-uns. Ainsi on voit à Creil et dans les environs , la grande étendue de l'ancien lit de l'Oise , réduite maintenant à un filet d'eau. Elle formait un lac dont on distingue encore très-nettement les falaises.

En remontant le cours de la Sambre, au-dessus de Namur, on traverse successivement un grand nombre de bassins à fond nivelé, d'un effet très-pittoresque. La rivière fait de grands détours pour s'en échapj>er, elle court au milieu de riches prairies et sort par les points où le terrain a fini par céder à ses efforts. Le séjour de l'eau, l'aspect nivelé de ces bassins, leurs contours arrêtés par des roches très-dures, tout annonce que la Sambre était formée autrefois de ces «^sserrements et de ces dilatations

de sol qui ont existé sur le cours de presque toutes les rivières.

Le Nouveau-Monde nous offre les plus beaux exemples de ces fleuves imparfaits, c'est-à-dire oon encore finis et composés d'une série de lacs destinés à disparaître. Là se trouvent les im-

meiises bassins des lacs Supérieur, Huron et Mikigan, entre lesquels il nV a plus que des communications assez étroites et qui formaient autrefois une mer d*eau douce de plus de 300 lieues de longueur sur 200 lieues de largeur. Les voyages divers entrepris dans le nord de T Amérique, et notamment ceux, du capitaine Ross et du capitaine Bluck ont indiqué plusieurs rivières, qui, de temps en temps, s'élargissent en grands lacs séparés par des rapides ou des canaux profonds. Telles sont surtout la rivière Back et plusieurs autres dans les mêmes contrées.

L'abondance des neiges alimente facilement ces immenses amas d'eau qui ont existé autrefois pour nos rivières d'Europe, mais que Ton ne rencontre plus que rarement.

Nous pourrions multiplier ces exemples à l'infini ; il nous suffit d'avoir toujours présent à l'esprit que les eaux modifient à chaque instant l'aspect et les détails géographiques d'une contrée.

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