‹ L'eau sur le plateau central de la FranceChapitre 3 sur 43 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

0e THydn^graphle du massif central de la France.

U y aurait pour le Géologue un grand intérêt à connaître Thydrographie d'une contrée, telle qu'elle était aux époques géologiques qui ont précédé la nôtre. Cet intérêt serait bien plus grand s'il s'agissait d'un pays élevé de tout temps au-dessus des eaux marines et dominant encore la majeure partie de la France. Tel est le massif central dont nous avons essayé, dans un autre ourrage, de déterminer Tàge et de reconstituer les terrains.

Le changement complet du relief de cette contrée ne nous permet pas de reconnaître la direction de ses plus anciens cours d'eau ; c'est à peine si nous retrouvons leurs traces à des époques plus rapprochées de la nôtre, ei si l'étude des dépôts neptuniens peut nous guider sur leur étendue et leur puissance.

C'est donc l'hydrographie, telle qu'elle est maintenant, que nous devons étudier avec quelques détails, sauf à comparer, chaque fois que nous le pourrons , l'état ac^tuel de nos lacs et de nos cours d'eau avec les caractères de la période géologique précédente.

L'étude générale des cours d'eau sur le plateau central de la France et les détails que chacun d'eux nous a offerts , nous conduisent à admettre une époque où de nombreux barrages existaient sur leur cours et occasionnaient des lacs étages. Les vallées se trouvaient barrées transversalement, soit par des filons de porphyre, soit par des épanchemènts de trachyte et de phooolite, soit par des nappes de basalte ou des coulées modernes.

L*eau a eu rai>i«iii «l*^ t iu< cos obstarlo-;, pt à la plaît? de «.-e^ petites pu-ces J'eau, qui égaya;«Mit les anciens j>aysages, nf»u^ avons maintenant d'i^ j>elouses J*un l^eau vert, des prairies éinailhies, la végétation des s»3urees et des fontaines abritée sous de ténébreux ombrages. On entend le bruit des moulins, là où récho rép*'»tait le choc de> nx-hers et le bruissement des cascades. I-.es siècles ont us«î toutes le^ digues.

L'eau serait-elle enç«3re capable de si grands travaux? Sans doute; mais il est facile do remarquer qu*à rép«>que où de si vastes érosions s'accomplissaient, le> cours d*eau avaient plus de volume et de puissance, et, tout en admettant les causes actuelles, il faut les agrandir par la pensée et accepter U»utos les con*=:équences d'eaux marchant plus vite et entraînant une plus grande quantité de débris dans les bassins paisibles.

La surface du plateau central de la France est très-grande ; elle a dû recueillir autrefois d'immenses quantités d'eau et nous apprécierons plus loin la proportion qu'elle reçoit encore.

L'eau qui tomb? en pluie, celle qui descend des nues sous forme de gr«3sil ou de tlœons «le neige, peut se diviser en trois parties dont le> proj>ortions relatives varient singulièrement par une foule de circonsta:iccs, qui tiennent à la nature du sol, à la température de l'air et k l'état particulier de l'eau qui se précipite sur la terre.

Une partie de cette eau s'évap^jre sur le champ ; une autre portion glisse sur le terrain, ruisselle en suivant la pente et prend le nom d'eawx sauvages; a sont celles que l'on voit couler après une pluie abondante. La troisième j>artie s'infiltre dans les terres et dans les fentes d'3s nxîhers qui comp)sent l'extérieur de notre planète. Cette eau suit les fissures du sol, pénètre à des profondeurs variables et filtre à travers des matériaux divers; ce 5 filets se réunissent, se rassemblent entre de-? ct^uches de terrain, et viennent ensuite jaillir dans des lieux dont le niveau est inférieur à ceux d'où ces eaux sr»nt parties ; telle est l'origine des sources, lesquelles, dans aucune contrée, ne représentent même la moitié de l'eau pluviale. Le liquide qui s'en épanche, recevant au besoirt les eaux sauvages, donne naissance aux ruitseatêT, lesquels, réunie, forment le? rivières et les

fleuves. Ces truis dénominations, qu'il 6:^1 iu)(X)ssible de définir nettement, se confondent sous le nom général de cours d'eau. Le point de jonction de Teau et du sol se nomme rive (rivage sur le bord de la mer), jamais côte, et Ton distingue toujours dans un cours d*eau la rive droite et la rive gauche que Ton détermine tsu^ilement en supposant que l*on est à la source et que l'on regarde couler Teau. Ces rives peuvent être escarpées comme les falaises, ce sont des berges, ou bien adoucies lentement comme des plages, et si, dans ce cas, on leur donne un nom particulier, c'est celui de talus. Le lit d'une rivière ou d'un fleuve est l'espace que cachent ordinairement ses eaux. Le cours des rivières ou des ruisseaux et des fleuves est souvent sinueux ; leur vitesse est plus ou moins grande, selon la pente du sol; et parfois on les voit couler dans des ravins où ils forment des torrents dont le lit est à sec pendant une partie de la saison, et où les eaux abondent après les pluies ou la fonte des neiges. Les cours d'eau peuvent franchir des différences de niveau plus ou moins marquées; de là les rapides, les sauts, les cataractes, les cascades, termes qui ne sont que des modifications de notre langue pour exprimer quelques différences peu importantes en géographie physique. Ainsi, on appelle cascade la chute d'un ruisseau ou d'une rivière ; saut, celle d'un fleuve ou d'une masse d'eau considérable ; cataractes^ une série de chutes peu élevées et rapprochées ; et rapides, un abaissement successif dans le lit d'une rivière ou d'un fleuve, qui détermine un cours rapide et saccadé, sans pourtant que l'eau abandonne le rocher sur lequel elle s'épanche en glissant.

Les cours d'eaux , en arrivant dans des lieux qui sont horizontaux, peuvent s'y étendre et donner naissance à des marais, quoique ceux-ci résultent plus souvent des suintements qui s'échappent du sol, de la fonte des neiges dans les montagnes, ou de la stagnation de l'eau des sources. Si le sol, au lieu de présenter une surface horizontale, offre une dépression , l'eau s'y rassemble, s'y accumule et y produit un /ac, réservoir plus ou moins étendu, rempli par des eaux douces ou par des eaux salées.

Los cours d*eaux sont très-nombreux sur tout le massif central de la France. Ils occupent ordinairement le fond des bassins

particuiie» qui .s'ouvrent les uns dans les autres. .Viusi toute l'eau qui toml^ sur un certain espace, se rend dans tia ruisy^eau qui coule dans la partie la plus basse de cet espa«?e ; près de là. celle qui tombe sur le s«il peut s'wmler dans un autre misseau, et la ligne nommée arrête, qui sert de partatre à ces eaux est la limite de deux petits bassins hydrographiques. Un nombre plas ou moins grand de c-es j»etits bassins, vienî s'ouvrir dans celui d'une rivière qui les réunit tou^: et enfin, plusieurs liriêres se confondent encore pjur se verser dans des lacs ou pour aller crmvrir, sous le nom de fleuves^ de vastes espaces qui sont les mers ou l'Océan. Ije point de dé{>art de Teau est la source ; son arrivée dans la nipr Y embouchure du fleuve; chaque jonction de cours d'eau est un confluent.

Les cours d'eau actuels du plateau central de la France descendent sur les plaines et sont loin de la mer ; autrefois, à l'époque jurassique, ils se rendaient directement dans la mer qui a déposé les causses o^ditiques, les marnes du lias et les grès infraliasiques , à la formation desquels les débris du plateau central ont certainement contribué.

JjaL plupart des cours d'eau de la France naissent sur les groupes de montagnes et de là divergent dans toutes les directions, n suffit de jeter un coup d'œil sur une carte un peu détaillée pour reconnaître que les ruisseaux naissants ^mt appliqués comme les divisions des racines d'un arbre sur les pentes des massifs montagneux. Ce sont ces sources et les niisseaux qu'elles produisent qui ont conmieneé le creusement de^ vallfîes, lesquelles s'élargissent ensuite et sont plus ou moins profondément CTeusées, jusqu'à ce qu'elles s'ouvrent dans les plaines.

Le Mont-Dore, le Cantal, le Mezenc, la Lozère, laMargoride, la chaîne des puys de D(jme, donnent naissance à une multitude de ruisseaux qui descendent dans des bassins hydrographiques distincts, séjiarés eux-mêmes par les sommets et les lignes de fietJte de ces montagnes. Le plateau central a donc une trèsgrande importance au point de vue de l'hydrographie. C'est un infïmense condensateur sur lequel viennent se liquéfier les vapeurs et les nuages que les vents apportent sur ses pentes. Un

travail considérable s*acoompIit sur les soiuuiets et les plateaux. L*eau s'y condense en nuées, en brouillards, eu pluies, en neige, sous toutes les formes ; elle s'infiltre dans les fissures du sol, s'échappe au sommet des vallées, sur le bord des plateaux , glisse plus ou moins rapidement selon la pente du terrain, s'y étend on marais, s'y accumule dans dos lacs profonds, mugit et dégrade sous la forme de torrents, s'élance en cascades, dépensant ainsi une force énorme dont la majeure partie n'est pas utilisée. Mais un jour viendra, sans doute, où ces innombrables moteurs qui descendent de nos montagnes, et dont la nature fait tous les frais, appelleront l'industrie dans leurs vallées et lui ofiriront gratuitement leurs chutes et leur impulsion.

Au sud de la montagne de la Lozère, le cap de terrain primitif qui s'avance au milieu des terrains jurassiques, donne naissance à une multitude de sources et de ruisseaux. Autour de Valleraugue et entre cette ville et Genolhac , naissent le Galeizou et les divers Gardons de Mialet, d'Auduze, d'Alais, lesquels après avoir reçu un grand nombre de ruisseaux et les rivières d' Allias, d'Avene, de Jérusalem, de Salendre, de Droude, etc., coulent dans les plaines riantes du midi de la France, et portent leurs eaux sur la rive droite du Rhône au-dessus de Beaucaire. Au-dessous de Valleraugue se trouve aussi la source de l'Hérault qui n'est encore qu'un ruisseau quand il traverse la ville. Il fait de nombreux détours sur le granité, puis il entre sur les terrains de transition où la rivière d'Arre, qui passe au Vigan , devient sa tributaire sur la rive droite. Il acquiert alors plus d'importance, coule presque directement nord-sud jusqu'à Ganges. A un kilomètre avant d'y arriver, il reçoit la Vis dont le cours est très-prolongé , trèssinueux et important par la multitude des ruisseaux qui viennent s'y réunir. L'Hérault est alors sur des terrains jurassiques qu'il a fortement dégradé ; il s'engage dans les gorges pittoresques de Saint-Bauzile-le-Putois , passe à Saint-Etienne-d'Issensac, à Gignac, près de Pézenas et arrive en face d'Agde dans le canal du Languedoc.

Le plateau primitif des Cévennes, limité au nord par Langogne, à l'ouest par Châteauneuf, au sud par Villefort, et à l'est

par Valgorge e^t le point de départ et de naiisauoc de plusieurs rivières et de nombreux ruisseaux. Nous citerons TAUier, le Chassezac, le Lot, TArdèche, la Borne, la Cèze, le Fontaulier, la Baume, TAlignon, la Salendre, le Langoirou, le Langaniole, le Doux, le Lambreche, etc.

Sur les pentes du Mont-Dore se trouvent les sources de laDordogne, des Sioules, de la Trentaine, de la Burande, de la Mone , etc.

Le Cantal donne naissance à la Gère, à TAlagnon, à la Jordaue, à la Sumène, etc.

Le massif du Mezenc et de TArdèclie possède les sources de la Loire, de la Gagne, du Lignon, etc.

Montoncelle donne naissance à TAix , au Sichon. On voit naître sur les pentes du Forez, TAnce, la Ligoue, TArzon, la Senouire, etc.

La Margeride a ses flancs sillonnés par la Viriange, la Seuge, la Dège, la Cronce, tandis que la Jonte descend de TAigoual.

La Diège et la Ramade viennent du département de la Creuse.

Le Lot, la Cèze et le Tarn ont pour origine la Grande-Montagne primitive de la Lozère.

Il nous serait impossible de suivre et de décrire les innombrables cours d'eaux du plateau Central de la France. Nous signalerons les principaux, et nous donnerons de nombreux détails sur ceux qui prennent naissance dans les départements du Puy-de-Dôme et du Cantal, ou qui les traversent sur une certaine étendue.

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