‹ L'eau sur le plateau central de la FranceChapitre 4 sur 43 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

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La majeure partie de Teau qui s'infiltre dans l'intérieur du sol, traverse les fissures du terrain , abandonne les matières qu'elle tenait en suspension, gagne les lieux les plus bas et s'échappe en formant des sources. Souvent cette eau rencontre une couche imperméable sur laquelle elle glisse sans pénétrer; elle s'y rassemble, suit sa pente et forme une nappe souterraine qui vient sortir à la base d'un coteau ou sur le flanc d*une montagne. C'est donc dans les pays de plaines entourées de montagnes que les sources doivent se présenter avec lo plus de fréquence. On en rencontre quelquefois plusieurs situées sur une même ligne et sortant du sol sur des points de niveau et rapprochés. Ces sources, dans ce cas, indiquent le point de jonction de deux couches superposées.

La source est le dernier terme du voyage souterrain accompli par la goutte d'eau ; elle est souvent l'origine d'un village ou d*une cité, car son eau pure est indispensable à la vie. La source vient animer tout un paysage, baigner le pied des vieux arbres qui l'ombragent, arroser les fleurs et embellir la terre. Combien de jolies solitudes où le murmure de l'eau se fait entendre et où de jolies plantes se donnent rendez- vous pendant les jours brûlants de l'été. Un grand nombre de végétaux vivent plongés ou baignés dans ces eaux pures. Les Fontinales y laissent osciller leurs flexibles rameaux ; les Callitriches y développent leurs gazons d'un vert d'émeraude : les Cardamines, les Cressons

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y plongent leurs racines; les Myosotis se mirent dans leur cristal près des Balsamines impatientes qui lancent leurs graines mûres quand le vent les sollicite. C'est la source qui fait l'oasis, qui interrompt le désert et qui donne à la nature sa vie et sa fraJcheur.

Les sources se trouvent dans tous les terrains mais elles présentent des caractères quelquefois très-différents selon la nature du sol.

Nous ])artagerons celles du plateau central en quatre groupes : /« celles des terrains primitifs; 2^ celles des terrains houillers et jurassiques; 3^ celles des terrains 'tertiaires; 4"^ celles des terrains volcaniques.

!• Les sources des terrains primitifs sont généralement plus nombreuses que celles des autres terrains et ce fait est surtout frappant pour le massif central de la France. Ce n'est pas seulement parce que la surface, ou le terrain primitif à nu, est beaucoup plus étendue que l'ensemble des sédiments et des produits volcaniques, c'est encore, et surtout, parce qu'il n'existe pas dans ce terrain de véritable stratification. L'eau y pénètre par une multitude de fissures ; elle en sort également par des fentes superficielles, situées à des niveaux plus bas, ou, pour mieux dire, elle suinte au milieu des mousses et de la végétation. Elle peut cependant se réunir dans do petits bassins et constituer des fontaines dont quelques-unes ne tarissent jamais. Néanmoins le débit de ces sources est en rapport direct avec la quantité de pluie qui tombe, et oomnw bon nombre de ces filets d'eau sont très-faibles la plupart tarissent pendant les chaleurs.

La multitude de ces sources a déterminé, avec le temps, sur les terrains primitifs, un grand nombre de ra\'ins et de petites Vallées, la plupart verdoyantes à cause de l'humidité qui y règne. Ces petites vallées, désignées dans le Forez sous le nom expressif de Grouttes, contribuent beaucoup à la fraîcheur et au pittoresque du paysuge. Leurs pentes sont arrondies, galonnées et fleuries ;

il ne faut pas les confondre avec les cassures plus ou moins abruptes où coulent plusieurs des principales rivières. Le simple aspect du réseau des vallées, sur une c^te bien faite, suffit pour indiquer la présence des roches primitives.

2® Les sources des terrains jurassiqties ont des caractères tout opposés à ceux que nous venons d'indiquer. Autant celles des terrains primitifs sont fréquentes et restreintes pour le débit, autant celles-ci sont rares, mais abondantes. Les eaux qui tombent sur ces terrains se rassemblent dans des canaux souterrains, y forment de véritables rivières et sortent tout-à-coup dans une cassure du sol. Ce sont de belles et magnifiques fontaines, qui no tarrissent jamais complètement, parce qu'elles servent d'égouts à de grandes surfaces ; mais leur débit, comme celui de toutes les sources, est aussi proportionnel à la quantité d'eau qui tombe sur le sol. Nous n'avons aucune de ces sources dans le département du Puy-de-Dôme ; il en existe de trèsbelles dans les départements de la Lozère, du Gard et de TAveyron ;

3^ Les sources des bassins tertiaires sont bien moins abondantes, disséminées, souvent situées sur une même ligne de niveau, déterminée par une couche imperméable. Ces sources tarissent pendant la sécheresse , et donnent rarement une eau pure et suffisamment aérée. Il en est de même des sources des terrains houillers;

4? Les sources des terrains volcaniques peuvent être divisées en deux séries : celles qui sortent du trachyte, nombreuses, limpides, mais d'un faible débit comme celles qui s'échappent des terrains primitifs et pour la même raison, et celles qui sourdent des terrains basaltiques et des coulées de lave modernes. Toutes ces dernières sont fraîches et abondantes. Leur limpidité est extrême, surtout à Textrémité des coulées modernes. Elles pénètrent à travers les matières poreuses des volcans, se réunissent sous la lave, suivant les mêmes vallées sous la protection des courants et s'échappent abondantes à leur extrémité. Aucune contrée ne présente, dans cotte catégorie, de plus belles sources que le département du Puv-de-DAme.

Les plateaux basaltiques ayant moins de pente que les lave^ modemes et ne reposant pas toujours sur des cailloux roulés, indiquant Taacien lit d*un ruisseau, il en résulte que plusieurs sources sortant des basaltes sont moins limpides et moins abondantes que œlles de Textrémité des coulées modernes.

Nous aurons, du reste, l'occasion fréquente de revenir sur les caractères de ces différentes espèces de sources.

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