‹ L'eau sur le plateau central de la FranceChapitre 30 sur 43 · CHAPITRE XXVm · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVm

Les Lacs du département da Pay-de-Déme*

x^e Oour ou. i^ao Tazana.

Ce lac est situé dans la commune de Charbonnièresles-Vieilles, près du village de Laides. Son altitude ou du moins la surface de ses eaux atteint près de 700 mètres. Il est arrondi et rappelle tout à fait l'idée d'un cratère; il semble, en eflTet, devoir son origine à une véritable explosion. H est creusé presque en entier dans le terrain granitique; mais il est facile de reconnaître sur ses bords des fragments de lave et des scories, et de plus entre Laides et là Chartres et dans tous les environs, le sol est parsemé et quelquefois recouvert de pouzzolanes et de petites scories qui ont, sans doute, été lancées par Texplosion de Tazana. C'est donc un véritable cratère-lac, et d'autant plus remarquable qu'il semble en connexion avec le puy de Chalard, le dernier des cônes de la chaîne des puys vers le nord , et dont il n'est distant que de deux kilomètres.

L'explosion qui a produit le lac n'est pas la seule dislocation que le terrain ait subie ; car le granité est coupé par de nombreux filons de porphyre à beaux cristaux de feldspath rose, filons dont la direction toujours la même est N.N. E. S. S. 0. On remarque aussi à une faible distance des éruptions d'un autre porphyre vert et fragmentaire qui constitue des amas assez volumineux.

Nous croyons que Tazana, comme tous les crateres-lacs , est en partie alimenté par des sources intérieures. Il reçoit pourtant Teau de Tétang de Rochegude. Une très-belle source existe aussi à l'opposé du dégorgeoir, dans un ravin , au milieu des Fougères. Nous avons trouvé sa température à 12<> (le 28 août 1842); elle s'échappe des débris amoncelés qui forment le bord le plus élevé du bassin. Ce même jour, Feau du lac à sa surface donnait une température de 20 degrés.

La profondeur du lac est d'environ 50 mètres. Il contient des poisscms vokmi&eux^

Il sort continuellement du lac une petite quantité d'eau qui se rend dans un bassin destiné à alimenter un moulin , puis qui continue son cours pour se rendre dans la Morge.

Tous les environs du lac sont très-pittoresques, et, si l'on veut s'élever sur le puy de Chalard , qui en est voisin et lui-même très-curieux à visiter, on jouit d'un des plus beaux points de vue de J'Au\'ergnc. (Voyez les Epoques géologiques de VAvucergne, U V, p. 84.)

I^ ruisseau de Veyreras, passant au village d'Aydat^ et arrêté dans sa marche par une magnifique coulée de lave, adonné naissance au lac d'Ajdat, dont nous avons déjà parlé dans l'ouvrage cité ci-dessus, t. IV^ p. 474.

Cotte belle nappe d'oau, aux contours anguleux, ne ressemble on rien à ces anciens cratères transformés en lacs, ni k ces osatèros d'explosion dont nous avons en Auvergne de si curieux oxomplos. Sa surface miroitante, située à 826 mètres d'altitude, ofiro, seulement sur le bord, quelques rochers qui s'élèvent audessus de l'eau. Une pente très-douce forme ses rives; un <^emin ost tracé sur ses bords et Ton aperçoit, dans le fond de la vallée, lo village d'Aydat avec son clocher pointu, ses bouquets d*arbrfM et nos .jolies prairies , toujours arrosées par les eaïAz jmros qui Alimentent le lac.

Logrand d^Aussi a sondé le lac d'Aydat , en 1788 , et a trouvé •a pluK grando profondeur égale à 30 mètres. Ce n*est guère

qu*au milieu qu'existe cette épaisse couche d'eau. Dans d'autres poLQts, il la trouva seulement de 13 mètres, et ailleurs de 16 à 17 mètres. A une époque où personne ne s'occupait des beautés de la nature en Auvergne, le comte de Montlosier avait fait sur ce lac une curieuse remarque, qui nous parait toute naturelle aujourd'hui. Il avait vu que l'emplacement maintenant occupé par les eaux , était une vallée spacieuse, où serpentait le ruisseau de Veyreras. Lorsque les volcans modernes éclatèrent et inondèrent le sol de leurs laves, une coulée, suivant la pente du terrain, vint traverser la vallée d'Aydat et intercepta le cours du ruisseau. L'eau s'arrêta, son niveau s'éleva; mais la lave coulait encore, et des flots de matière embrasée luttaient avec succès contre les ondes mobiles qui venaient se briser contre elle et se dissiper en vapeurs. Enfin cette lave incandescente finit par s'arrêter ; la digue n'augmenta plus de hauteur, et l'eau cessa de s'élever. Longtemps, sans doute, une vive ébullition signala , dans ces lieux , un des grands phénomènes de la nature, mais depuis lors, les siècles se sont écoulés ; la lave s'est refroidie ; l'eau a mouillé ses masses entassées , elle s'est glissée dans leurs interstices, et a couvert de nombreux végétaux cette épaisse chaussée, que de nouveaux siècles lui permettront peut-être d'anéantir.

Le niveau du lac a dû baisser déjà; l'eau qui, sur un des côtés, déborde par-dessus la lave, s'est aussi creusé des issues souterraines par lesquelles elle s'échappe en partie. Le limon s'accumule tous les ans sur d'autres points , et l'on voit du côte du village , un terrain fangeux que des Joncs et d'autres plantes aquatiques occupent encore.

C'est en grande partie aux eaux du lac d'Aydat, filtrant sous la lave qui poursuit son cours, que sont dues la plupart des sources qui sortent de la lave à Ponteix, à la Pradas, à Pagnat, à Saint- Amant et enfin à Tallende, où viennent s'arrêter les coulées réunies des puys de la Vache et de Lassolas.

I^e X^ac Obambon.

Le lac Chambou est situé à l'entrée de la belle vallée de Chaiidefour, et ea recueille les eaux. Quand on est placé sur les flancs do cette vallée, cette grande nappe d*eau s'étend tout entière sous les yeux du voyageur. Sa surface azurée n'indique pas une profondeur considérable comme la couleur noire des eaux du lac Pavin. Ses bords n'offrent rien de sauvage ; de vertes prairies viennent, au contraire, les embellir. Beaucoup d'arbres sont disséminés sur la pelouse et environnent le village de Chambon situé à l'une des extrémités du lac. De Tautro côté, s'élèvent le volcan de Tartaret et im rocher escarpé que l'on appelle la dent du marais. Entre ces deux objets qui rétrécissent la vallée, s'étendait autrefois un bois de Hêtres de toute beauté, sous l'ombrage duquel nous nous sommes plusieurs fois reposé , et sous lequel s'écoulait bruyamment la petite rivière de Couse. Cette magnifique forêt a été détruite.

Ce lac n'a rien de régulier, ses bords sont dentelés , le terrain suit, sous l'eau, une pente douce et uniforme. D'un côté le gazon vient jusque sur la rive, de l'autre les rameaux des arbres de la forêt s'inclinent jusqu'à la surface des eaux. Une petite île s'élève encore au-dessus d'elles et de vieux arbres la couronnent en entier; leurs racines continuellement humectées, entretiennent la fraîcheur de leurs cimes ; plusieurs groupes de végétaux paraissent à côté et indiquent le peu de profondeur du lac. Ce sont des touffes de Joncs, des plantes aquatiques au milieu desquelles on aperçoit déjà quelques plantes ligneuses.

A l'extrémité du lac, on peut suivre les progrès du delta que la Couse y amène, et qui, chaque année, augmente l'étendue des prairies que l'eau couvrait autrefois. On voit aussi les petits îlots de verdure qui sont au milieu du lac, et l'on découvre l'ensemble d'un des plus gracieux paysages de l'Auvergne. La beauté de ce site, le voisinage du lac et la présence des îles, ont fait supposer que l'habitation de Sidoine Appolinaire était sur le bord du lac Chambon, mais il est plus probable que o*était près du lac d'Aydat que se trouvait sa délicieuse villa.

-^ f>l^isieurs reprises, on s'est préoccupé de dessécher le lac

^^^•laaboa et d'enlever ainsi le charme principal de cotte belle

^^11^^ de Chaudefour. Un jour peut-être le lac disparaîtra

^^*3ci.»Tie la forêt de vieux Hêtres. Un canal artificiel remplacera

'^ lit sinueux de la rivière. Les eaux s'écouleront, et le lac

^^^^fc^hé n'offrira plus que des prairies et des terres cultivées.

*=^^=»^ ainsi que l'homme peut à son gré changer l'aspect des

; quelquefois il embellit la nature et conserve ses ouvrages,

^ souvent aussi la civilisation diminue la majesté des

xxdos scènes et l'originalité de ces sites sauvages dont l'Au-

e offre encore un assez grand nombre d'exemples.

eus avons étudié dans les Epoques géologiques la forion du beau lac Chambon et nous n'y reviendrons pas.

I^o I^ao de Servlores.

Jolie pièce d'eau, parfaitement arrondie, située à 1200 mètres

'altitude près du petit village de Servières, à cinq à six kilo-

êtres au nord du lac de Guéry. Ce lac est évidemment un

rateie. Il est placé entre deux montagnes basaltiques toute

uvertes de scories, lesquelles ne sont peut-être que les deux

rds inégaux do la profonde cavité qu'une eau pure remplit

ujourd'hui. Ses contours, légèrement ondulés, manquent do

'^C^ette ceinture d'arbres et d'arbustes qui rendent le lac Pavin si

^pittoresque. Ses bords, assez tri*^tes, s<jnt couverts d'un gravier

^^^olcanique mélangé de fer titaniaté, que les eaur réunissent

^Bn petites couches sur le sable.

Le lac parait peu profond sur ses bords, mais sa transparence ^j>ennet de distinguer à une petite distance, un affaissement du ^^sol qui d'après les sondages exécutés parMasson, lui donne «onWron vingt mètres de profondeur. L'eau arrive par des sources intérieures et par de nombreux suintements du terrain environnant, et elle s'échappe par une petite écbancrure du cratère ^itaée à l'est. Plusieurs auteurs considèrent le ruisseau qui sort <iu lac de Serrièies comme la source de la rivière de Sioule,

mais comme nous Tavons vu en déortvaat le cours de ceC=-

rivière, il règne quelque incertitude à cet égard, et 1» Stou

doit avoir plusieurs sourctss.

I^a XuAo cle Oiiéry.

Lorque Ton va de Clermont au Mont-Dore par la petite rout9 nouvellement tracée, on arrive, longtemps après avoir passé Randanne, aux roches Sanadoire et Tuillière, magnifiques colonnades de phonolite. À peine les a-t-on dépassées que Ton voit en iace de soi une jolie nappe d'eau aux contours arrondis ; c'est le lac de Guéry. Son altitude est d environ 1250 mètres. Ses eaux sont admirablement pures et miroitantes. Elles réfléchissent la belle végétation d'un petit bois de Hêtres et d'Alisiers qui s'élève sur ses bords et qui est lui-même dominé par des rochers de phonolite. C'est sur des prismes de même nature que s*élance le ruisseau des Mortes, lequel forme une jolie cascade avant d'alimenter le lac de ses eaux fraîches et pures. Des Truites magnifiques se promènent dans ces eaux au-dessus des gazons verdoyants d'Isoëtes qui cachent presque entièrement le fond du bassin.

Le dégorgeoir du lac est directement au sud, et le ruisseau qu'il forme, connu sous le nom de ruisseau d'Enfer ou du lac de Guéry, descend dans la Dordogne au milieu des masses trachytiques amoricetées et souvent cachées sous la vigoureuse végétation des grands Sonchus à fleurs bleues, ombragés euxmêmes par des Sapins plusieurs fois séculaires. Le bassin du lac est creusé dans le conglomérat trachytique et dans les pho* nolites qui le dominent à l'ouest.

I^e X^ao d'ESstivadoaac.

Il est situé dans le canton de Besse, très-près et à Test du lac Pavin, à l'altitude de 1244 mètres, et au pied du gros puy basaltique de Pertuizat. U occupe aussi une dépression du ter** rain basaltique, est tout entouré de pouzzolane et de débris vol* caniques. Nous l'avons vu couvert à'Alisma notons. Ce n'est,

à vrai dire, qu'une grande mare qui ne reçoit aucun ruisseau et qui n'en laisse pas échapper non plus. C'est donc par erreur que sur notre carte» dont la topographie a été exécutée par Guillaume, on fait sortir un ruisseau qui descend ensuite du côté du bois de la Faye. Au contraire, il faut monter, pour sortir du bassin du lac« de ce côté.

lL<e r^ac do Bourdouze.

Bourdouze se trouve au sud de Besse, au sud-ouest du puy de la Griffe et très-près des burons d^Escouffort, à Taltitude de 1170 mètres. li occupe une assez vaste surface dans une dépression du terrain basaltique, et ressemble plutdt à un marais qu'à un lac. Il n'est pas profond , sa forme est irrégulière, [..es terrains élevés qui l'entourent lui procurent une quantité d'eau très-variable selon les saisons et selon l'abondance des pluies. Ses bords tourbeux sont couverts de végétation. C'est un li«i privilégié pour les oiseaux aquatiques.

X^e XiQO cle Momtsinelre.

C'est encore dans le canton de Besse et au sud de cette ville, il 1174 mètres d'altitude, que se trouve le lac de Montsineire. Sa forme semi-circulaire parait due à l'élévation du grand puy de Montsineire au pied duquel il se trouve. Tout porte à croire que le lac est le résultat d'une explosion et nous pensons qu'on peut le considérer aussi comme un cratère -lac. Des habitants du pays nous ont assuré que ce lac était formé de deux dépressions contiguës séparées par une sorte de digue de scories constamment couverte d'eau, mais sur laquelle on peut cependant passer en été sans perdre pied quand les eaux sont basses. Les eaux qui Talimentent ne sont que l'écoulement de plusieurs marais tourbeux qui existent sur ses bords. On rencontre une foule de ces suintements en faisant le tour du lac sur la plage étroite qxie ses flots recouvrent, quand un vent violent les agite. A l'époque de la fonte des neiges le niveau du lac augmente de beaucoup. Ses eaux arrivent alors plus vite qu'elles ne peuvent

s'infiltrer, eu le lac n'a pas de dégorgeoir. Oa rem&rqite tout autour des scories, des blocs de lave et de grands amas de pouzzolane. C'est à travers tous ces débris volcaniques incohérents que les eaux de ce lac disparaissent, et nous ponvons supposer avec raison qu'elles contribuent en grande partie ■ alimenter les belles sources de Cbamiane, de Compains et de Valbeleix.

s^m XjKO d« Oiiami>«<lttse.

Le lac de Cliambedaze est situé dans le canton de Besse, an sud de Pavin, à environ 6 kilomètres de ce dernier et à 1200 mètres d'altitude. Il est creusé dans les larges nappes de basalte qui s'étendent sur toute cette contrée. Sa forme est celle d'un ovale allongé et pointu d'un côté. Sa dépression est placée entre le puy de la Veysse et la coupe d'Espinasse; pent-êtie oocupet- il aussi l'emplacement d'un ancien cratère, bien qu'il n'en ait pas la forme.

Chambedaze est aujourd'hui une grande fabrique de tourbe et les plantes marécageuses s'avancent tous les ans sur ses bords, formant des masses flottantes aux contours ouduleux, adhérentes à peine au terrain environnant et sous lesquelles se trouve un abtme rempli d'eau. Il ne reste à découvert que le milieu du bassin.

Ce lac a donc une structure tout exceptionnelle, ses bords sont très-dangereux. On doit sonder les beaux coussins de mousse qui croissent sur ses bords, avant d'y poser le pied, et si l'on est distrait, il arrive que l'on sent le sol fléchir, l'eau vous mouiller les pieds, puis les jambes, et l'on glisserait dans l'abfans si l'on ne se hâtait de s'élancer sur un terrain plus solide, c'esl-à-dire plus épais et plus rapproché du bord de la terre fiarme. Nous avons failli, nous-mème, en visitant Chambedaze, m jonr de vent impétueux, être entraîné pendant les oscillations mobile sur lequel nous nous étions imprudemment Nom en fûmes quitte pour un bain de pied pins

ri, ]

Quelques ruisseaux circulant sur un sol tourbeux amènent leurs eaux dans ce profond bassin. Elles s'échappent ensuite par deux issues dont chacune donne naissnce à un ruisseau sinueux.

Le lac de Chambedaze est désigné aussi quelquefois sous le nom de lac d'Anglard.

I^e Xiac do Xia Faye.

Sur le flanc sud du puy de la Veysse, à 1106 mètres d'altitude, s'ouvre un cratère oblong creusé partie dans le basalte, partie dans les scories. C'était autrefois un lac dont la digue a été usée et dont les eaux se sont presque entièrement échappées. Il en reste encore un peu dans la partie la plus profonde. On y voit aussi des sources abondantes et très-froides qui alimentent un terrain marécageux. Un ruisseau sort de ce cratère et se réunit bientôt au ruisseau d'Entraigues.

I^e Xjao dos Bordes.

Il est en partie desséché et se trouve sur un plateau de basalte à environ 1150 mètres d'altitude, dans le canton d'Ârdes. Il est peu profond, rempli de plantes aquatiques. On ne voit l'eau lui arriver de nulle part, on ne la voit pas non plus s'échapper. C'est un bassin ovale qui sert de réceptacle aux eaux marécageuses des terrains environnants.

Xjo X^ao de X^a Xiondie.

Il appartient à la conmiune d'Egliseneuve-d'Entraigues dans le canton de Besse. Il est allongé, un peu irrégulier, courbé vers l'est et creusé partie dans le gneiss, partie dans le basalte. Son altitude dépasse un peu mille mètres; il paraît profond; ses eaux sont noires et les arbres qui l'entourent lui donnent un aspect très-pittoresque. Il reçoit l'eau d'un ruisseau qui descend entre les plateaux basaltiques de Falaitouze et de Reghat.

Ses eaux noires et pures réfléchissent l'image des grands arbres qui décorent ses bords. Deux plantes seulement croissent dans ces eaux profondes : VIsoètes lacxisiris qui s'étend en gazons sur ses bords, et le Nuphar piimilum peu abondant et disséminé. Des prairies semblables à de beaux tapis, s'étendent tout autour de ce bassin et les arbres étages sur ses bords y for^ ment de paisibles retraites où le calme n'est troublé que par le vent et les orages.

lao I^ao de I^'ESscIauze.

Ce lac est situé, comme celui de La Landie dans la commune d'Egliseneuve-d'Entraigues. Il n'est qu'à trois kilomètres de ce dernier. Son altitude est de 1076 mètres Rien n'y indique l'effet d'une explosion. Sa forme est irrégulière et non arrondie comme celle d'un cratère. U est sans doute le résultat d'une dépression basaltique. Cette roche domine tout autour et montre même plusieurs points éruptifs. Le lac n'est pas très-profond, mais il contient de la vase et de la tourbe. U est parsemé d'îles formées de racines enlacées et la plupart fixées par ces mêmes racines dans le sol tourbeux du lac. Une d'elles cependant reste toujours flottante. Nous avons visité ce lac à plusieurs reprises, et entre autres le 13 juin 1848. Il y avait alors beaucoup d'eau et toutes les îles étaient élevées eu même temps à la surface. L'île flottante s'était avancée vers le milieu du lac et en touchait presqu*une autre. On voyait aussi de très-petites îles qui oscillaient et semblaient basculer lorsqu'on y débarquait. Enfin toutes ces îles étaient de véritables jardins flottants sur lesquels on enfonçait au-delà des genoux , dans des Mousses et des plantes marécageuses. C'étaient les propriétés de nombreux oiseaux aquatiques , trè^-inquiets de nous y voir débarquer.

Le lac de l'Esclauze est alimenté a l'intérieur et par des suintements qui naissent sur ses bords. Il en sort, à l'ouest, le ruisseau de l'Esclauze qui va joindre celui qui s'échappe du lac de U Landie. Nous avons parlé du lac de l'Esclauze et de fat fopmation de son terrain tourbeux dans nos Epoques géoloffiqife» de VAuvergne, t, V, p, 150,

t^os X^aos de l^a Godlvelle.

Deux lacs très-distincts et d'origine très-différente existent dans le canton d*Ardes, dans la commune de la Godiyelle. Ils sont tous deux très-près du village. L*un se nomme le lac d'En-Haut (1435 mètres); l'autre , le lacd*En-Bas, est moins élevé de près de 200 mètres. Le village de la Godivelle est construit sur un plateau de basalte, et le lac d'En-Haut est à une faible distance des dernières maisons. Il est parfaitement rond et domine les environs à l'exception d'un bourrelet de scories qui s'élève sur ses bords (1502).

Ce lac est évidemment le cratère d'explosion d'un volcan moderne, dont tous les débris accumulés constituent le bourrelet qui s'étend tout autour de la bouche volcanique. Le lac ne d^ borde pas et l'eau ne s'en échappe qu'à la fonte des neiges, ou après de grandes pluies; elle s'écoulo alors par un ravin sinueux creusé dans les scories et dans les pouzzolane? agglutinées.

Sa profondeur est au sud de 51 mètres et à la partie opposée de 46 mètres seulement. Il est poissonneux et gèle constamment tous les ans, ce qui en a facilité le sondage, car nous n*y avons pas trouvé de bateau.

Le lac d'En-Bas est peu profond, un à deux mètres seulement. Il occupe la partie la plus basse d'un marais tourbeux et il couvrait, sans doute , autrefois toute la vallée. La tourbe extraite de oe marais est le seul combustible de la Godivelle.

x^e X^ao de X^as l'ialades.

Ce lac situé à quelques kilomètres de Saint-Genès-Champespe est un petit bassin arrondi qui paraît très-profond, son altitude est environ 950 mètres. U ne reçoit pas d'eau directement, mais il laisse échapper un ruisseau. Il occupe le fond d'un marais et a dû être beaucoup plus grand. Les plantes marécageuses s'avancent sur ses bords comme sur ceux du lac d'Anglard, et resserrent continuellement son bassin. Do très-petits ilôts chargés de la végétation des marais sont détachés sur les bords du lac et à peîno fixés dans la va^^e. En nous élançant sur l'un d'eux,

il se mit à osciller et nous assistâmes à un dégagement tumultueux d'une multitude de bulles de gaz hydrogène carboné, sans doute retenues dans la vase par les racines des plantes. Ce lac est dans une très-belle situation ; d'un côté il est entouré de vieilles forêts de Sapins, de l'autre il est bordé d'une multitude de dômes et de saillies granitiques usées, choquées par Talluvion glaciaire et parsemées de Hêtres et de broussailles. On voit dans le lointain le cirque de la belle vallée de Saint- Donat où coule le ruisseau de Neufonds.

Ses eaux sont noires et nous ne connaissons par leur profondeur. Son diamètre atteint à peine 100 mètres. Des terrains tourbeux sur lesquels croissent le Narthecium ossifragum et les Drosera indiquent une ancienne extension dans le sens de la vallée.

X^e X«ao «le X«acoste.

On trouve dans- la commune de Cros le petit lac de Lacoste dont nous avons parlé déjà dans les Epoques géologiques de r Auvergne. Son bassin est anguleux et occupe la dépression d'uA marais tourbeux dont il couvrait sans doute autrefois toute l'étendue. Aucun ruisseau n'y amène ses eaux, mais un tropplein donne naissance à un petit cours d'eau qui descend dans une vallée de gneiss. Les roches qui entourent le lac sont choquées et usées du côté du nord-est, préservées du côté opposé et montrent les traces de l'alluvion glaciaire.

X^e X<ao Oliauvet.

Ce lac se trouve dans le canton de Latour, dans la vaste commune de Picherande, à 1116 mètres d'altitude. Il est rond, trèsgrand, occupant une surface d'environ 50 hectares, et ayant au moins un kilomètre de diamètre. On doit le considérer comme un cratère-lac, car il est entouré de collines basaltiques, sur lesquelles les traces d'éruption sont évidentes. Il y a de plus au nord de Ghauvet un amas considérable de matériaux mêlés, formant une sorte de conglomérat frachytique, et qui pourrait

le résultat de Texplosion qui adonné naissance à cette ité. Presque toutes les nappes basaltiques de cette oobsent en efl'et sur des tufs ponceux et trachjrtiques. et est arrondi comme Pavin, mais ses bords sont moin*

C*est un des plus beaux lacs de l'Auvergne, et, sous rt pittoresque, il peut être considéré comme un des ;plus remarquables des environs du Mont-Dore. Ce ne les précipices, ni les pentes abruptes de Pavin ; ta nanoins sauvage, mais aussi belle. On arrive sans eflfifoi )rds de cette nappe arrondie, à contours ondulés, qu'ene petite plage horizontale, quelquefois sablée par les qu'amènent ses flots. Souvent on y rencontre de nomlets basaltiques, sur lesquels se dépose une couche lé- 'er hydroxidé. Plusieurs de ces galets sont altérés par imposition lente, et criblés de cavités assez profondes on puisse prendre ces masses pour de véritables sco- 5tion lente des eaux et le mouvement continuel qu'elles At à ces pierres, ont attaqué la partie la plus tendre, le la partie la plus dure est restée en saillie, mx Hêtres et de jolis buissons de Saules pentandres, es à des Lauriers à feuilles odorantes, forment autour vet une ceinture partielle qui descend jusqu'au bord L. Au sud, le puy Maubert élève sa cime basaltique, ît ombragée; au nord, ce sont des pelouses, où les ït les Pensées fleurissent à côté des Gentianes jaunes m massifs étendus. On entend au loin de nombreux ruisui viennent en murmurant conduire leurs eaux pures vaste bassin. Leur cours est ombragé partout, swt par îS, soit par de grandes Fougères qui étalent leurs frondes 1. Les cours d'eau se divisent sur le sable et forment u que l'on traverse quelquefois avec peine. Non-senme verdure d'une fraîcheur remarquable décore tous Durs , mais le fond même de Chauvet ressemble à une

prairie ; on y voit VIsoëtes lacièstris, plante singuKèra au fond dos lacs, et y forme des tapis d'une herbe courte , que l'on ne peut mieux comparer qu'aux gazons des )aysagers.

Plusieurs sources alimentent le lac directement. L'une d'elles, plus abondante que les autres, est située sous l'ombrage de grands Hêtres , et ses eaux froides marquent ordinairement cinq degrés.

Les eaux du lac sont vertes, souvent partagées en espaces miroitants et en parties ridées. La profondeur du lac augmente tout-à-coup, à une petite distance du bord. Ce caractère, joint à la forme arrondie du bassin, doit faire placer Chauvet, comme nous l'avons déjà dit, parmi les cratères d'explosion. Sa pro» fondeur nous est inconnue.

I^e X^ao Pavin.

Le plus beau , le plus intéressant de tous les lacs d*ÂUYergne est le lac Pavin. Il est situé dans le canton de Besse, à 4 kilomètres au-dessus de cette petite ville, et à xme altitude de 1197 mètres. U ofire une surface de 42 hectares. Il est impossible de n'y pas reconnaître im cratère d'explosion. Il est parfaitement rond et ses pentes presque abruptes semblent se prolonger encore sous Teau. Son diamètre est dix-sept fois plus grand que sa profondeur.

Au sud de Pavin s'élève à 1372 mètres le puy de Montehalme, volcan moderne dont Pavin peut être considéré comme un des cratères, car on rencontre tout autour une multitude de débris qui semblent en avoir été projetés lors de l'explosion.

Le terrain $*êlève tout autour du lac et, de toutes parts, il faut monter {>our apercevoir la surface de l'eau. C'est un lac placé au sommet d*une montagne, laquelle est encore dominée par une autre.

Les pentes extérieures du lac Pavin sont partout accessibles ; oe août dos pelouses sur lesquelles viennent s'épanouir les jolies fleurs dos montagnes, et notanmient la Violette de Suède, la grande itentiano et des Graminées gazonnantes, aux tremblantes |»auioulos« Çà et là sont dispersés des buissons d'Alisier anx feuillost aigentées et des groupes de Hêtres, souvent couchés sur lo «kU |Mir la neigo dos hivers. Mais il vaut mieux pour arriver à U surfai'O do rt>au suivre la n>ute do Besse et monter le long

du canal où se déverse le trop-plein. C'est un ravin peu profond, creusé dans les débris de roches volcaniques, et dont le fond est occupé par le ruisseau qui sort du lac. On s'élève en longeant ce cours d'eau , qui forme çà et là plusieurs petites cascades d'une admirable limpidité.

Une espèce de corniche entoure le lac et se trouve couverte de morceaux de lave et de fragments de rochers tombés des bords supérieurs. On voit cette corniche se prolonger sous l'eau à une petite distance du rivage, puis tout-à-coup, la teinte noire des eaux annonce leur profondeur et les escarpements du sol submergé.

On croit voir à travers le liquide des couches ou des masses d'une roche volcanique qui formerait la base du terrain et les parois du lac. On y voit souvent aussi des branches d'arbres dont l'eau augmente les dimensions , et qui expliquent la prétendue apparition de grosses poutres et de forêts submergées que les gens du pays assurent exister sous les eaux.

Le bord très-étroit du lac, cette espèce de corniche que nous venons de citer est interrompue sur quelques poiats, et si l'on veut faire le lour du lac, on est forcé à plusieurs reprises de s'élever à travers les buissons, sur une pelouse glissante dont la déclivité pourrait efiFrayer les personnes non familiarisées avec les pays de montagnes. De tous ces points, on peut admirer à loisir les contours arrondis de cette belle pièce d'eau, qui est, sans contredit, le plus beau lac d'Auvergne. Ses bords, élevés en certains endroits de plus de 100 mètres au-dessus de sa surface, s'abaissent graduellement des deux côtés et viennent en quelque sorte se confondre à l'ouverture qui donne issue au trop-plein. D'un côté la pelouse, entrecoupée de rochers verticaux, descend jusqu'au bord du bassin; de l'autre, des bois disposés en amphithéâtre forment un rideau de verdure qui contribue beaucoup à l'agrément du paysage.

Rien de plus variable que la physionomie de la surface du lac. Tantôt un vent léger y forme des rides, et des ondes multipliées paraissent tout à coup, réfléchissant la lumière du soleil sous des angles divers et produisant des taches irrégulières, sans cesse renouvelées et dont on ne peut saisir les contours ; tantôt

c'est un miroir étendu, sur lequel naissent ça et là des frémissements qui semblent s'élever de la profondeur. Le bleu du ciel et la verdure des arbres, la teinte sombre des rochers réfléchis par les eaux et modifiée par leur surface mobile, forment un tableau ravissant qu'un silence absolu rend encore plus majestueux.

Au-dessus de cette étroite corniche s'élèvent les bords abruptes du cratère ; au-dessous, l'eau cache Fabîme dont l'œil ne peut deviner la profondeur.

U n'y a pas longtemps encore, aucune nacelle ne traversait ses eaux profondes ; aucun habitant des environs n'osait se hasarder sur cette plaine liquide. D'effrayantes légendes justifiaient CQtta terreur. Un tourbillon existe au milieu et engloutirait l'imprudent qui voudrait y conduire sa barque. Une pierre lancée assez loin pour atteindre ce gouflfre (chose impossible) , en ferait bouillir les eaux, en élèverait une épaisse fumée et produirait bientôt un orage. Le plomb des sondes fondrait au milieu du lac et sa profondeur n'aurait pas de limites. Telles sont les absurdités que l'on débite sur le lac Pavin.

Monnet qui a visité ce lac, sans partager ces croyances, y a tu toute une colonnade de basalte, qui n'existe pas, et dans son amour des étymologies a trouvé bien vite celle de ce lac.

« Il forme, dit-il, une gorge effroyable dans le fond d'uae montagne. Les parois qui bordent ce lac, sont composées de pierres de lave ; ce lac, pour tout dire en un mot, n'est autre chose que l'embouchure entière d'un volcan rempli d'eau. Cette eau est si claire, qu'elle laisse toujours apercevoir le bout des colçnnes dont nous avons parlé. Elles se trouvent raccourcies, en allant vers le centre du lac, c'est-à-dire vers le fond du volcan, ce qui forme un pavé incliné vers Iç centre ; c'est ce que nous avons déjà remarqué dans les autres volcans ; et conune ces têtes de colonnes sont arrangées très-régulièrement entre elles, elles forment une sorte de pavé, qui a fait donner vraisemblablement le nom de Pavin à ce lac. La tradition fabuleuse du pays veut qu'il y ait eu autrefois une ville à la place de ce lac; mais la leconnaissa^ce de ce volcan nous dispense de discuter cette opinion* » n ajoute que « vu sa profondeur, il est une des plus efi&ayantes cataractes de la terre. » {Journal de Physique, t. IV, p. 70.)

Cette profondeur est, en effet, assez considérable. Elle a été déterminée pour la première fois en 1726, et pour la seconde fois en 1770. Voici ce que nous rapporte à cet égard le vénérable Delarbre, ancien curé de la cathédrale de Clermont : € Le 9 mars 1726, le lac Pavin étant bien gelé, un des aïeux de M. Godivel, subdélégué et juge de la ville de Besse, s'y transporta avec plusieurs amis, pour en mesurer les dimensions; ils trouvèrent , du nord au midi , 100 pas géométriques ou 5000 pieds , de Test à l'ouest, 927 pas géométriques ou 4635 pieds. On avait essayé aussi de percer la glace dans le milieu et d'en mesurer la profondeur, mais ce moyen dangereux n'eut pas de succès, sans doute parce que les cordes étaient trop courtes. M. Chevalier n'attendit pas l'hiver pour sonder ce lac ; ce fut le 28 septembre 1770 qu'il fit porter sur ses bords deux claies de parc ; il les ajusta avec des cordes, les couvrit de fagots et de branchages, et muni de deux rames, il monta cette espèce de radeau avec un globe de plomb assez pesant, enduit de matières grasses et attaché à de longs cordeaux. Il vogua sur le lac, en fit plusieurs fois le tour, afin de découvrir les sources qui l'entretiennent ; il le croisa, jeta sa sonde en plusieurs endroits, d'espace en espace, et il découvrit que la plus grande profondeur du lac était de 48 toises ou 228 pieds. » (Delarbrk. Notice sur r Auvergne, p. 241.)

Le lac Pavin n'était donc pas sans fond , comme on le supposait, et bon nombre de lacs sont même plus profonds. Nous voulûmes vérifier nous-mêmes les mesures de Chevalier, et voir s'il était survenu quelque changement pendant une période de 77 ans. Nous profitâmes d'un bateau (le premier peut-être) que les sieurs Fontanon père et fils, de .Jumeaux, venaient d'y construire, et, accompagné de M. Dalmas, pharmacien à Besse, et de M. Quailard , de Saint-Saturnin , nous nous embarquâmes, le 19 juillet 1847, munis de cordes assez longues et d'un poids capable de les entraîner. Nous fîmes dix sondages successifs à des distances inégales des bords et nous reconnûmes que le lac avait un fond plat, situé à la grande profondeur de 95 mètres, tandis que les sondages faits à 100 ou 150 mètres des bords ne nous donnaient que de 30 à 40 mètres.

Il était difficile de se trouver plus juste avec les anciennes sures. Le niveau de Teau n*a donc pas changé. Aucune mali n*est venue se déposer dans le fond du lac et le suif attaché sonde n*a ramené ni sables ni graviers. Cette petite ezpén< de sondage, si facile à exécuter, peut être faite par tous les rieux que la nacelle des sieurs Fontanon ne peut manquer d'à sur les eaux azurées de ce Léman de nos montagnes. Les proc neurs du Mont-Dore ne se contenteront plus d'un coup de piste tiré sur le bord de Teau , et dont Técho multiplie les éclats; voudront se laisser bercer sur Tabime, franchir avec la plus p fonde sécurité cet immense bassin et côtoyer ses rives sanvi où la végétation la plus brillante et tout le luxe des fleurs montagnes viendront s'offrir à leurs yeux. Que ceux quicroi encore au gouffre engloutissant des cratères-lacs, aux or&.

qui peuvent s'en échapper et à toutes ces légendes inventées la peur et transmises par la crédulité, soient complètement sures et se laissent conduire par le gouvernail de Fonta Nous avons passé deux heures au milieu même de Pavin, n. l'avons parcouru dans tous les sens , et pas un obstacle ne arrêter l'embarcation , pas un rocher contre lequel elle pu: se briser, pas de courant qui puisse même la faire dériver.

On peut doue jouir sans crainte dos beautés pittoresques cette partie de l'Auvergne et glisser sur l'eau qui rem le cratère, avec la môme sécurité que l'on peut s'endormir le tapis de fleurs qui cachent aujourd'hui les rochers b dont ses bords sont formes (16 juillet 1847).

Depuis répoque si éloignée déjà où nous écrivions ces ligi^i- Pavin dont les eaux étaient considérées comme mortelles les poissons, Pavin, la mer morte des montagnes deTAuverj a été empoissonné par M. Rico , chargé d'études sur la culture dans le département du Puy-de-Dôme. Il contenait d des Gougeons , des Vérons , et nous avions recueilli sur branches submergées une grande espèce de Spongille que n avons décrite. La vie y était donc possible, aujourd'hui Truites et les Saumons y abondent , et le bateau de M. Ri^ plus solide que celui de Fontanon, permet de se promener a sécurité sur le lac bleu des montagnes.

On a cru longtemps que Pavin était alimenté seulement par des sources souterraines, il en existe sans doute, mais en faisant le tour du lac sur la petite corniche dont nous avons parlé , on rencontre plusieurs sources assez belles et très-froides qui naissent près des bords du bassin. De plus , Delarbre rapporte que Chevalier a vu jaillir, à Topposé du canal de décharge, une grande source qu'il présume dériver du creux de Soucy.

Depuis lors, en 1770, personne n'avait vérifié l'exactitude des recherches de Chevalier pour la position de cette source. 11 y a plus , plusieurs personnes parmi lesquelles nous citerons Legrand d'Aussy, assurent avoir fait le tour du lac et n'avoir découvert aucun filet d'eau. 11 est certain que ces personnes auront été efiFrayées de la déclivité du sol en certains endroits, et qu'elles n'ont pas fait leur examen avec tout le soin nécessaire.

Nous retrouvâmes cette grande source au lieu indiqué par Chevalier le 16 juillet 1831. Nous la revîmes plusieurs fois depuis.

En face du ravin par où s'échappe le trop-plein du lac, on voit un banc de rocher horizontal assez élevé au-dessus de la surface de l'eau. C'est au-dessous que sont les sources. La roche pandt être une lave moderne accompagnée de grands amas de pouzzolanes noires, dans lesquelles on descend avec difliculté, ayant au-dessous de soi les eaux du lac et de gros blocs de lave séparés, qu'une végétation vigoureuse cache en partie.

Plusieurs de ces blocs, évidemment détachés de la partie inférieure de la coulée, sont de véritables scories dont la fraîcheur atteste une volcanisation assez récente. Là, comme sous toutes les coulées de l'Auvergne, paraissent des sources limpides et abondantes qui s'échappent par plusieurs issues. Nous mesurâmes leur température qui était de 5 degrés, tandis que celle du lac était de 16 degrés. On entend le murmure de l'eau quelque temps avant d'atteindre la base de la coulée. On peut aussi y arriver en débarquant au pied de l'escarpement et en remontant parmi les roches et la belle végétation qui les cache en partie. Ces sources sont à environ 43 mètres au-dessus du niveau du lac. Elles forment en y descendant une infinité de

petites ckutas ; ellds Eoat abondantes et entreùennent iiçe riche violation, noua y avons \u te 3 septembre 1861 uu pied d'Angaiica syloettris dent la bauteur dépassait tiois stètres. Le RAu alpiua femelle y était couvert da fruits rouges, vaùis et insipides.

L'Ortie dtoique abonde au milieu de cette végélatioa et de\'ieBt très-incommode par sa vigueur. Cette plante vit ici eatièremeot sauvage dans des lieux oii personne n'a pour ainsi dire jamais aborda. £n sorte que cette Ortie C3t certainement bien indigène, Undis que nous n'avons trouvé ÏUrtka ttreas que dans des lieux fréquentés.

Ce même jour nous aroos fait le tour du lac en bateau par un temps magniËque. Des Epîlubes aux longs épis carminés croissaient en groupes sur le bord de l'eau. Des Digitales y suspendaient encore leurs épis purpurins, de grands Sonelius y développaient leurs Heurs bleues : le principal décors du paysage était dû à des groupes de Saules [Salix cinerea] et surtout à des Sorbiers dont les grappes écarlates entrainées par leur poids jusqu'à la surface miioitaute du liquide, se confondaient avec leur image renversée dans la limpidité des eaux.

La température des eaux du lac varie beaucoup ; nous l'avons trouvée de 9" b seulement au dégo^eoir le 2S mai 1834. Mais une des propriétés singulières de ces eaux, c'est leur pouvoir (ertilisauU Ellles vont arroser les prés inférieurs et contrastent avec celles de la vallée voisine qui desceudent de la Pabrie. L'barba reste languissante sous leurs arrosements, et le confluent ^es deux ruisseaux montre la diâerence occasionnée par les eaux sur la fraicheur et la vigueur des herbages.

Si U promenade des bords de Pavin et le parcours du lac sent agréables da^ les jours sereins de l'été et de l'automne, il n'en est plus de même pendant les jours de tourmente et de térolution de l'atmosphère. Nous l'avons éprouvé plusieurs fois et entre autres le 13 septembre 1849. La tempête qui régnait dans l'air atteignait les eaux du lac qui étaient d'un beau vert bleuAlie , comme les eaux de la mer. La surlace liquide était TÛdemmeat agitée. On y voyait des lames blanches clapotantes, el Têctio répétait le bruit des vagues qui venaient se heurter

autour de la ligne de roches brisées et de galets qui entourent le bassin.

Nous remarquions de temps en temps un phénomène qui a pu faire croire aux tourbillons et à la fumée qui s'élève du lac dans les temps d'orage. On voyait en effet le vent chasser l'eau dans des directions diverses, pousser les vagues dans des directions différentes, et de leur choc naître de véritables tourbillons et une poussière blanche qui montait en tournant et donnait naissance à de grandes fumées courant quelquefois obliquement à la surface de l'eau, avant de s'élever et de disparaître. C'était un bien beau spectacle de voir ce lac agité et sujet à de si violentes convulsions, quand nous-mêmes à l'abri du vent sous les ombrages qui l'entourent et des rochers qui le dominent, nous suivions tranquillement ces grands mouvements de la masse liquide dont les vapeurs venaient baigner les fraîches corolles des végétaux qui forment sa ceinture.

Le lac Pavin et son paysage si frais pendant l'été, offre pendant l'hiver et le printemps un tout autre aspect. Nous l'avons vu le 13 avril 1855, représentant encore un paysage de la Norvège. Tout était couvert de neige, les arbres qui croissent sur les pentes abruptes du lac étai^it en partie ensevelis et leurs branches fléchies disparaissaient sous le poids des frimas. Le lac était couvert d'une couche épaisse de glace où de vastes assures s'étendaient presque d'un bord à l'autre , et divisaient sa surface en grands parallélogrammes. Plus près du dégorgeoir, la glace était brisée et de larges fragments d'un bleu pâle flottaient sur l'eau pure qui paraissait noire par contraste. Le silence le plus absolu régnait dans cette solitude. Un creux de rocher où, Tannée précédente un grand duc avait niché était rempli par de la neige, et le triste oiseau des nuits, lui-même, avait déserté ses précipices.

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