CHAPITRE XXIX
'ۥ Marais.
Les marais occupent sur la terre une immense étendue. Us existent sur de vastes espaces sous toutes les zones. On en connaît sous la zone torride couvrant des contrées tout entières dans lesquelles il est difficile de pénétrer à cause de la végétation qui s'y rencontre, à cause des animaux souvent venimeux qui s'y réfugient, et surtout à cause de l'insalubrité du climat. La vase qui se forme dans tous les marais les rend souvent inaccessibles» et c'est précisément cette boue composée de particules terreuses et de débris végétaux qui excite le développement des germes des plantes ou d'animaux aquatiques.
Dans les régions froides de la terre, les marais nourrissent des Mousses et surtout les espèces du genre Sphagnum qui cachent à la fois la vase et retendue de ces marais.
Ceux des zones tempérées participent à la fois des caractères des marais de la zone torride et de ceux des régions polaires. Us offrent une végétation généralement peu variée dont les espèces sont peu nombreuses , mais dont les individus se multiplient à l'infini. Des arbres ou plus souvent des arbrisseaux sont dissenHsés sur le bord de ces eaux dormantes. On y voit surtout des JSaules, des Aulnes, des Bouleaux. Certaines plantes à ïadues traçantes, telles que les Typha, Sparganium, Eqmseium, :Oar€X, Juncus, Gypents, Epilobium, Acorus, Iris, etc., ne 'il quittent' guère les- marais et y pullulent à l'excès, bien plus par
leurs drageons que par leurs semences. Sur la vase même se développent annuellement les Hottonia, les Myriophyllum, les Ceratophyllum, les Utricularia, les Characées, telles que les Chara et les Nitella, et cette grande série de Potamogelon dont les feuilles nageantes cachent parfois la surface de l'eau. Si la profondeur est suffisante , les Nénuphars viennent embellir les marais de leurs grandes fleurs et de leur beau feuillage. Les Alisma, les Sagiitaria, bon nombre de Renoncules se disputent encore la vase et^^s boxais deçjnarais.
C'est dans les marais que se forme la tourbe, et c'est probablement dans ceux de l'ancien monde que la houille s'est déposée autrefois. De nos jours le sol tremblant des marécages nous indique des masses de tourbe à demi formée. On voit les plantes qui vivent le pied dans l'eau, s'avancer peu à peu à la surface^ y former des espèces de radeaux et quelquefois des lies flottantes plus ou moias étendues.
, 0& voit aussi des marais dont le centre est bombé et lenteiBfent soulevé. Ce phénomène tient à la décomposition souterraine des végétaux et au dégagement des bulles de gaz qui restent confinées dans le tissu des racines comme dans une grosse éponge.
Nous n'avons pas sur le plateau central de la France de ces vastes plaines fangeuses où la végétation aquatique se déploie dans toute sa puissance. Excepté la plaine du Forez qui offire jencore un grand nombre d'étangs, nos marais se réduisent à quelques lacs desséchés, ou à quelques parties des montagnes où l'eau, presque stagnante, est entretenue par de faibles sources, par des suintements du sol et par l'eau de fusion des neiges qui s'accunaulent pendant l'hiver. ,
Nous nous contenterons de rapporter quelques exemples de ces sites marécageux. . ^
Ces petits marais sont fréquents dans les montagnes du Mont^Dore et des- environs de Besse. Dell existe un un peu am^delà du ' plateau basaltique qui supporte la montagne de Vassivières. Le sol est oreùsé. de plusieurs c&vités et des Pins s'y développent ('Pmti* M/It;w(m e< Pinu9 v,n(Miata) sur un
sol tourbeux et profond. Le Bouleau (Betula pubescens) y yégète aussi avec quelques espèces de Saules. A Tépoque où je Tai visité, 24 mai 1854, on y voyait au milieu des Sphagnum, de jolis groupes de Cardamine, des Caltha palustrù et une belle variété de Narcisse des prés à large godet orangé.
Il existe encore un petit marais à centre bombé et conmie soulevé près des bois de Cisterne, canton de Besse ; tandis que le tour du marais est inondé et très-tourbeux, le centre que Ton croirait soulevé par un dégagement de gaz intérieur » était couvert de Bruyère (Calluna vulgaris).
Nous avons vu près de Brion et dans ce même voyage, un marais dont le centre bombé était assez grand pour être cultivé et semé en céréales. Nous avons retrouvé un fait semblable dans le canton d'Ardes, où un marais, également bombé, donne naissance au ruisseau de Boutaresse.
On traverse plusieurs marais analogues entre le lac de la Landie et Saint-Genès-Champespe. On voit dans ces marais de larges surfaces un peu bombées comme de légères boursouflures et entièrement couv«rtes, comme certains marais de la Russie et de la Laponie, de Sphagnum et de Cenomice rangiferina. Ce lichen était tellement dominant et si exactement feutré par Tenlacement de ses tiges que dans les prés nouvellement fauchés le sol était d'un blanc gris, couleur de ces Lichens. Le terrain était solide, noir et tourbeux. Tout autour de ces marais couverts de Lichens, on en voyait d'autres où dominaient les Carex et les Eriopfiorum.
C'est surtout dans les eaux stagnantes des marais, eaux toujours peu profondes et facilement échaufiées par les rayons solaires, que la vie se manifeste avec le plus d'intensité. Indépendamment des plantes aquatiques, c'est là que pullulent les infusoires, ces êtres microscopiques qui ont eu et qui ont encore un rôle si important à remplir dans les phénomènes qui s'aooomplissent sur notre planète. Les cadavres des deux règnes qui s'accumulent dans l^s marais sont innombrables et finissent par eibansser le sol et former souvent des couches de tourbe, quelquefois des assises de lignite.
Le plateau basaltique de la Masse, canton de Latour« offre encore une cavité que Ton doit plutôt considérer comme un cratère d'explosion que comme une dépression basaltique. La digue a été usée, le bassin ne contient plus qu'une faible quamtité d'eau. C'est avec Chauvet que ce cratère-lac semble avoir le plus de rapport. Son fond est marécageux et très-plat comme celui de la Narse-d'Espinasse.
Il existe à Ferréol, commune de LaChaulme, canton de Saint- Anthème, un marais qui a près d'un kilomètre de longueur et qui reçoit les eaux de petits marais voisins. Ces eaux sont noires, saturées de matières organiques, comme des eaux de fumier et remplies de Menyanthes, de Comarum, de Callitriches, de Lemna et d'une foule d'autres plantes aquatiques. Les Sphagnum et les Hypnum aquatiques y abondent. Il en sort un ruisseau qui limite pendant quelque temps les départements de la Loire et du Puy-de-Dôme.
Nous vîmes encore un de ces marais dans le canton de Saint- Amant-Roche-Savine , au-dessus de Losmolet. C'était une sorte de cratère-lac dans le granité. Des Pins y sont dispersés, des filets d'eau vive le sillonnent, et un léger bombement se fait remarquer vers le centre.
Nous pouvons ajouter aussi le marais de la Dore situé au pied même du pic de Sancy, au Mont-Dore, et rappelant, sauf sa faible étendue, les marécages que nous avons vu dans le nord de la Russie, où le Salix Lapponum et les Eriophorum tenaient le premier rang.
La Narse-d'Espinasse, vaste cratère du puy d'Enfer, n'est autre chose aussi qu'un marais sur lequel une végétation superficielle s'est établie.
Mais si le plateau central de la France est aujourd'hui presque dépourvu de marais, il n'en a pas toujours été ainsi. La présence de lacs nombreux disséminés dans les vallées et presque toujours étages, font supposer que les terrains qui occupent le fond de ces lacs desséchés, ont passé par l'état intermédiaire de marais. Bien plus, la Limagne, cette terre fertile
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