‹ L'eau viveChapitre 11 sur 31 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Sylvia s'assit sur une chaise et attendit. Elle attendit impatiemment, car elle sentait qu'elle avait presque atteint la limite de son empire sur elle-même, et qu'il lui fallait la présence des autres pour l'empêcher de se laisser abattre tout à fait. Mais son courage naturel lui vint en aide, et au bout d'une demi-heure, elle entendit dans le corridor les pas de son père, suivi de ses invités.

— Voyez-vous quelque inconvénient à ce que nous apportions nos cigares ? demanda-t-il.

— • Pas du tout, répondit-elle ; et il entra portant dans sa main une boîte de cigares qu'il déposa au milieu de la table. Wallie Hine s'empressa de se diriger vers Sylvia ; sa démarche était incertaine, ses traits encore plus congestionnés qu'auparavant. Elle se recula un peu de lui, mais il n'eut pas le temps de s'asseoir à ses côtés, car le capitaine Barstow s'écria d'un air de bonne humeur.

— Dites donc, Garratt, une idée. Nous sommes cinq ici, si nous faisions une petite partie.

Sylvia tressaillit. Dans son cœur elle avait

dcjà appréhendé une proposition de ce genre. Le peu d'espoir qu'elle avait voulu conserver, s'évanouit complètement devant cette proposition.

Ce pauvre insensé sous l'influence du Champagne, les autres, plus âgés, qui le flattaient avec leurs mensonges ; la proposition d'avoir du Champagne faite comme si elle eût été une inspiration soudaine, tandis qu'il y avait six bouteilles toutes prêtes dans le buffet ; et maintenant la proposition d'une petite partie, exprimée juste sur le même ton ! Sylvia éprouvait un sentiment d'horreur. EUe s'était conservée sans tache dans le milieu de sa mère, mais non par ignorance. Ce genre de milieu, ces sortes de gens, eUe les connaissait. EUe savait ce qu'étaient ces petites parties de cartes et ce qu'elles amenaient à leur suite, quelquefois simplement la misère et la ruine, quelquefois aussi un coup de pistolet aux premières lueurs de l'aube. Elle pâlit affreusement, mais eUe eut la force de dire :

— Merci, je ne joue pas aux cartes.

EUe divina plutôt qu'eUe ne vit son père faire un mouvement brusque en entendant la proposition de Barstow. Il était en train d'allumer un cigare. EUe leva les yeux. Garratt Skinner lançait un regard de profond étonnement au capitaine Barstow.

— Jouer aux cartes, s'écria-t-il. Chez moi ! Un dimanche soir ?

Son étonnement croissait à chacune de ses exclamations, et il finit sur un ton de remontrance.

— AUons, Barstow, vous me connaissez trop pour

faire une pareille proposition. J'en suis surpris. Une causerie amicale, un cigare, oui. Un petit whisky et soda, passe encore, je ne dis pas non. Mais jouer aux cartes un dimanche soir ! Cela passe les bornes !

— Voyons, Skinner, objecta Wallie Hine. Il n'y a pas grand mal à faire une petite partie.

Garratt Skinner secoua la tête d'une façon amicale, mais sérieuse.

— Laissons les cartes tranquilles, cela vaudra mieux. Wallie, croyez-moi, n'y touchez jamais. Vous êtes encore jeune, vous savez.

Hine rougit violemment.

— Je suis assez vieux pour savoir tenir mon jeu contre n'importe qui, s'écria-t-il. Il sentait que Garratt Skinner l'avait humilié, et en présence de cette charmante fiUe dans les bonnes grâces de laquelle lui, M. Hine avait essayé de se faire place à tant de reprises pendant le souper. Barstow s'excusa vivement d'avoir fait une proposition si malencontreuse, mais Hine ne voulait plus maintenant qu'il la retirât. — Il n'y a pas de mal à cela, criait-il. Je crois réellement que vous êtes trop rigoriste, Skinner, n'est-ce pas Miss... Miss Syhaa?

Pendant toute la soirée, Hine avait cherché à se monter assez pour oser l'appeler de son nom de baptême. Son orgueil d'y être enfin parvenu était si grand qu'il ne remarqua pas le léger mouvement de dégoût de la j eune fille.

Garratt Sldnner semblait faiblir dans sa résolution.

— Réellement Wallie, dit-il, je ne voudrais pas empêcher mes hôtes de s'amuser. Et si vous, particulièrement, le désirez...

S'aperçut-il que S3'lvia fermait les yeux et semblait frissonner ? Elle n'aurait pu le dire. Mais tout à coup il reprit sur un ton de révolte : — Mais jouer aux cartes, un dimanche. Non, en vérité.

— Cela se fait pourtant maintenant dans les clubs du West End, dit Archie Parminter.

— Oui-da ? dit Garratt Skinner redevenu indécis. Réellement ? Eh bien, si on joue le dimanche dans les clubs. Puis avec une exclamation de soulagement. — Mais je n'ai pas de jeu de cartes dans la maison. Cela règle l'affaire.

— Il y a un café tout près, dit Barstow. Si vous y envoyez votre servante, je suis sûr qu'on lui en prêtera un.

• — Jamais, dit Skinner indigné. Vraiment, Barstow, vos habitudes de vieux garçon ont un effet déplorable sur vous. Je n'aimerais pas d'ailleurs envoyer la servante chez un marchand de vin. Ce pourrait être un premier pas sur la pente fatale, et je m'en croirais responsable.

— Oh, alors, si vous y regardez de si près, j'irai moi-même, s'écria le pétulant Barstow.

Il se leva et se dirigea vers la porte.

— Je ne vois pas le même inconvénient à ce que vous y alliez vous-même. Seulement, ne dites pas que vous venez de chez moi, dit Garratt Skinner, et Barstow quitta la chambre. Il rentra après une absence très courte et Sylvia observa tout de suite

qu'il tenait dans sa main deux jeux de cartes neufs et non décachetés.

— Une veine, s'écria-t-il. Le propriétaire du café avait justement deux paquets absolument neufs, car il s'attendait à recevoir quelques amis ce soir. Mais un parent de sa femme est mort hier, presque subitement, et il a décommandé la petite réunion. Voilà, un homme qui a de la considération, hein ?

— En effet. Ce n'est pas tout le monde qui montrerait tant de cœur, dit Garratt Skinner avec un grand sérieux. On aime à penser qu'il se trouve encore de si braves gens. Cela vous dispose mieux envers l'humanité.

Sylvia était interdite. Cette histoire du propriétaire du café n'était-elle qu'un mensonge facile du capitaine Barstow pour écarter, avec force détails convaincants, le soupçon qu'aurait pu faire naître l'apparition des jeux de cartes neufs. Et dans ce cas, son père y avait-il ajouté foi ? Les cartes n'étaient-elles pas dans la poche du pardessus de Barstow, suspendu au portemanteau du vestibule, attendant le moment favorable de s'en servir. Et s'il en était ainsi, son père jouait-il un rôle dans la conspiration ? Pourtant pas un signe de son visage ne montrait qu'il en fût ainsi. Sylvia était affreusement troublée.

— Deux sous le point, dit Garratt Skinner, pas davantage.

— Oh, voyons ! s'écria Hine, tirant une poignée d'or de sa poche.

— Pas plus de deux sous le point, chez moi. Reprenez cet argent, Wallie. Nous nous servirons de j etons.

S'il n'avait pas de cartes, en tout cas, Garratt Skinner possédait une boîte de jetons.

— Deux sous le point, cinquante centimes de faite, et le jeu «barré» à un franc, dit-il. Comme cela, personne ne sera bien malade. Un franc les jetons noirs, cinquante centimes les rouges et deux sous les blancs. Vous en avez chacun pour un louis, ajouta-t-il en procédant à la distribution.

Sylvia se leva de sa chaise.

— Je crois que je vais aller me coucher, dit-elle. Wallie Hine se retourna sur son siège, tenant

ses jetons dans sa main. Oh ! n'allez pas vous coucher. Miss Sylvia. Asseyez-vous près de moi, s'il vous plaît, vous me porterez chance.

— Vous oubliez, Wallie, que ma fille arrive d'un long voyage. Elle est certainement fatiguée, dit Garratt Skinner avec un ton d'amical reproche dans la voix.

Il se leva pour ouvrir la porte à sa fille, qu'il suivit dans le passage.

— Je vais prendre un jeu pendant quelque temps, Sylvia, afin de veiller à ce qu'ils ne s'écartent pas de l'enjeu. Je crois que le jeune Hine a besoin d'être surveillé, n'êtes-vous pas de mon avis ? Il n'a pas le sens de la vie. Bonne nuit, mon enfant. Dormez bien !

Il lui posa la main sur l'épaule et l'attira vers lui, se penchant avec l'intention de l'embrasser.

Sylvia ne résista pas, mais elle baissa la tête, de sorte que son front, et non ses lèvres, s'offrit au baiser paternel. Et le baiser ne fut jamais donné. Elle restait debout, le visage baissé au-dessous de celui de son père, dans une attitude résignée et pleine d'abattement. Elle sentait que la main qui était posée sur son bras tremblait légèrement, et levant les yeux, elle vit le regard de son père fixé sur elle avec une expression de pitié. Il lui lâcha tout à coup le bras et lui dit d'une voix devenue subitement dure :

— Là. Allez au lit, enfant.

Il la regarda monter l'escalier. Elle montait lentement, sans se retourner, comme absolument rendue de fatigue. Garratt Skinner attendit d'avoir entendu sa porte se refermer. — Elle n'aurait pas dû venir, dit-il, elle n'aurait jamais dû mettre le pied ici. Puis il descendit rejoindre ses amis.

Sylvia se coucha, mais elle ne put dormir. La surexcitation qui l'avait soutenue jusque-là était passée emportant tout espoir avec elle. Elle se rappelait avec quelles espérances au cœur eUe était partie de Chamonix, hier, seulement hier. Et aujourd'hui, elle opposait la réalité actuelle, le souper, l'ardent Barstow, Archie Parminter, le pauvTe Wallie Hine, avec son accent traînant et inconscient de ses sottes vantardises. Elle en était arrivée à se demander si vraiment il existait un autre monde que celui qu'elle avait connu, d'autres gens que ceux parmi lesquels elle avait vécu. Son père était différent, lui, mais il était un problème

trop complexe pour elle à ce moment. Pourquoi venait-il de la plaindre si visiblement tout à l'heure, dans le passage ? Pourquoi s'était-il brusquement arrêté au moment où il allait l'embrasser ? Elle était trop fatiguée pour trouver une réponse. Elle avait conscience d'être très malheureuse, et des larmes remplissaient ses yeux ; et dans la chambre noire elle pleura silencieusement, recouvrant sa bouche avec le drap du lit, de crainte qu'un sanglot ne se fît entendre. Tous ses rêves étaientils donc de vaines imaginations ? Alors pourquoi venaient-ils à son esprit ? se demandait-elle avec angoisse. Pourquoi y trouvait-elle un soulagement ? Pourquoi étaient-ils devenus sa vie réelle ? Aucun de tous ceux qui lui tenaient compagnie dans son imagination ne se rencontrait-il donc sm- la terre ?

Puis sa pensée s'envola vers les Alpes ; eUe revécut cette soirée du chalet de Lognan, l'escalade des rochers et des pentes de glace étincelante, l'heure ineffable passée dans la lumière du soleil, au sommet de l'Aiguille d'Argentière. Le souvenir de la montagne lui était une consolation dans son heure d'amertume, ainsi que son ami le lui avait prophétisé. Ses larmes cessèrent de couler, elle revivait ce jour, cet unique jour, jalouse de chaque minute. Après tout eUe avait eu là une réahté plus parfaite qu'aucun rêve. En outre, pendant toute cette journée, un homme s'était tenu à ses côtés, aussi honnête et loyal que pouvait l'être aucun de ceux qui peuplaient son monde imagi-

naire. Elle reprit un peu de courage. Elle pensa au col Dolent avec son large ruban de glace, tranchant sur les rochers noirs qui jamais ne voyaient le soleil. Elle se vit elle-même, gravissant dans l'ombre une route semblable, dure et froide, et elle se rappela qu'au sommet du col, on débouchait au soleil, et qu'au sud, la vue s'étendait en Italie. Un peu réconfortée, elle s'endormit.

Elle ne s'éveilla que quelques heures plus tard, déjà il faisait jour et comme avant de se coucher elle avait levé les stores, la lumière pénétrait dans sa chambre. Sa première pensée fut que c'était la lumière du jom: qui l'avait éveillée. Mais avant d'avoir remué, elle entendit un murmure de conversation à voix basse, et le bruit léger de gens qui s'agitent avec précaution. Elle regarda par la fenêtre. La rue était calme et silencieuse. Dans les maisons en face, les stores étaient encore baissés ; un joiu: gris s'étendait sur la ville, le soleil n'était pas encore levé. EUe consulta sa montre : il était cinq heures. De nouveau, elle tendit l'oreille et entr'ouvrit doucement sa porte. Elle entendait les voix plus distinctes maintenant ; ceux qui parlaient s'exprimaient à voix basse. Elle pensa que des voleiurs avaient pénétré dans la maison. Elle passa quelques vêtements à la hâte, et sans bruit, ouvrit un peu plus grande la porte de sa chambre et se glissa dans l'escalier, son cœur battant à tout rompre.

A mi-chemin, elle regarda par-dessus la rampe, la tête tournée vers le fond de la maison d'où venait

r bruit de voix. Au bout du corridor était la petite pièce où la partie de cartes avait été jouée le soir précédent. La porte était ouverte maintenant, elle regarda dans la chambre et voici ce qu'elle vit.

Wallie Hine était assis devant la table. Autour de lui, le tapis était jonché de papiers froissés. Il y en avait une quantité près de sa chaise. Il écrivait, ou pour mieux dire, il essayait d'écrire, car Archie Parminter, penché sur le dossier de sa chaise, lui conduisait la main. Le capitaine Barstow suivait ce qui se passait avec une singulière attention, mais elle ne voyait pas trace de son père. Cependant elle ne pouvait découvrir la chambre tout entière, une bonne partie lui en était cachée. Wallie Hine était penché sur la table, la tête si basse et les bras si étendus qu'elle ne pouvait voir sur quoi il écrivait. Mais apparemment il n'écrivait pas à la satisfaction de ses compagnons. En dépit de tous les soins de Parminter, sa plume crachait. SyKaa vit Archie consulter Barstow du regard et elle entendit ce dernier répondre :

— Non, cela ne peut pas aller.

Archie Parminter tacha la main de Hine, arracha une feuille d'im livre, la froissa et la jeta à terre avec un geste de colère.

— Essaye encore, mon vieux, dit Barstow avidement penché sur Hine, un sourire horrible sur son visage, un sourire qui essayait de cacher une exaspération extrême, une démangeaison de frapper. Une fois de plus, Parminter se pencha sur le dossier de la chaise, prit la main de Hine et

guida la plume, la relevant soigneusement du papier à la fin d'une initiale ou d'un mot, espaçant les lettres. Cette fois il parut content.

— Je crois que nous y sommes ! murmura-t-il. Le capitaine Barstow tendit la tête et examina

l'écriture de très près avec ses yeux de myope.

— Oui, ça va bien.

Parminter détacha la feuille, mais cette fois il ne la froissa pas. Il passa dessus le papier buvard, la plia avec soin et la posa sur la cheminée.

— Aidons le à se lever, dit-il, et avec l'assistance de Barstow, ils soulevèrent Hine de sa chaise. Sylvia aperçut sa figure. La bouche était tordue, les yeux mi-clos, les lèvres en feu, il semblait dans un état de stupeur. Sa tête roulait sur ses épaules; il se laissa aller de côté et d'autre quand ses compagnons le soulevèrent. Ses genoux pUèrent sous lui, des sons incohérents sortirent de sa bouche.

— Chut ! dit Parminter, vous allez réveiller la maison. Vous ne voudriez pas que la johe fille vous voie dans cet état, hé ! Wallie. Après l'impression que vous avez faite sur elle !... — Prenez son chapeau et son pardessus qui sont dans le vestibule, Barstow.

Il appuya Hine contre la table, et le soutenant dans une position verticale, se tourna vers la porte. Son regard rencontra la « johe fille > inclinée sur la rampe considérant, frappée d'horreur, ce qui se passait dans la chambre. Sylvia se retira instantanément. D'un signe de la main, Archie Parminter arrêta Barstow.

Le dos appuyé au mur de la cage d'escalier, retenant sa respiration, une main comprimant fortement les battements de son cœur, Sylvia restait immobile. L'avaient-ils aperçue? Sortiraient-ils dans le corridor ? Qu'allait-il arriver? Estce qu'ils allaient la tuer ? Toutes ces questions se croisaient dans son esprit bouleversé. Elle n'aurait pu bouger, eût-elle \'U la mort suspendue au-dessus d'elle. Mais rien ne se produisit. Elle ne pouvait plus voir dans la chambre, maintenant, et elle n'entendait ni murmure, ni bruit de pas furtifs se diriger vers elle, le long du corridor, ni un son d'aucune sorte. Elle reprit sa respiration et grimpa légèrement l'escalier. Une fois dans sa chambre, elle en referma la porte avec le plus grand soin et tomba sur son lit, agitée d'un tremblement nerveux. Elle resta sans bouger jusqu'à ce que le brtiit de la porte d'entrée, qu'on fermait avec précaution, la tirât de sa torpeur. Alors elle se releva et faisant le tour de sa chambre en longeant le mur elle arriva près de la fenêtre et regarda au dehors. Elle vit Barstow et Parminter dans la rue supportant Hine, qu'ils tenaient chacun par un bras. Un cab s'approcha, ils y îiissèrent le jeune homme, montèrent à côté de lui et la voiture s'éloigna. Comme le cab faisait demi-tour, Archie Parminter jeta un coup d'œil aux fenêtres de la maison. ]\Iais Sylvia était derrière les rideaux, un peu de côté. Il n'avait pu l'apercevoir.

S^'lvia re\ànt vers la porte et là, la tête appuyée contre le chambranle, concentra toute son attention

pour ne pas perdre le plus petit mouvement qui pourrait se produire dans la maison. Son oreille' tendue épiait le son que produirait quelqu'un remuant dans la pièce au-dessous, quelqu'un qu'on aurait laissé, resté là. Elle écoutait si elle entendrait un craquement de l'escalier, le frottement d'un vêtement contre la rampe, le son étouffé du pas d'un homme qui regagnerait sa chambre. Longtemps elle se tint ainsi à la porte, la face étrangement fixe. Elle était absolument décidée. Si elle avait entendu son père sortir de cette pièce, elle eût attendu qu'il fût endormi, et alors elle serait partie, n'importe où. Elle ne pouvait retourner vers sa mère, cela elle le savait. Elle n'avait personne vers qui aller ; néanmoins, elle serait partie. Mais pas le moindre son ne lui parvint. Son père ne se trouvait pas dans la chambre du bas. Il devait être allé se coucher laissant les autres seuls Le pigeon avait été plumé cette nuit-là, sans aucun doute possible, mais son père n'avait pas pris part à l'opération. Elle s'étendit sur son lit, à bout de forces et de nouveau le sommeil la reprit. Quelques instants plus tard le clapotement habituel de l'eau vive berçait ses rêves.

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