‹ L'eau viveChapitre 16 sur 31 · UNE ANCIENNE PASSION TRAHIT · texte numérisé non relu

UNE ANCIENNE PASSION TRAHIT

Chayne s'exprimait avec une hésitation bien facile à comprendre, mais Garratt Skinner ne parut pas s'offenser le moins de monde.

— Je ne prétendrai pas ne pas avoir compris ce que vous voulez dire, répondit-il. A vrai dire, j'aime votre franchise, et je vous prie d'accepter ma réponse de la même façon. Il m'est impossible de vous promettre mon concours, capitaine.

— Pourquoi ?

Garratt Skinner se souleva sur un coude, et regardant son interlocuteur bien en face, lui dit, en pesant sm- ses mots :

— Parce que Sylvia a sa tâche à remplir ici.

Ce fut au tour de Chayne de ne pas feindi-e l'ignorance.

Il lui était dit en toutes lettres que Sylvia était liguée avec son père et le capitaine Barstow pour dépouiller Walter Hine. Mais il voulut savoir, jusqu'à quel point Garratt Skinner pousserait le cynisme.

— Voudriez-vous avoir la bonté de définir cette tâche ? demanda-t-il.

— Si vous le désirez, répondit Gan^att Skinner quoique, à vrai dire je ne voie pas la nécessité d'ime telle explication. La tâche qu'elle s'est imposée consiste à faire sortir Wallie Hine de la mauvaise compagnie dans laquelle il est tombé. Comprenez-vous ?

— Tout à fait, dit Chayne. Il comprenait très bien, en effet. On lui avait dévoilé sans détours le but réel qui était de dépouiller Walter Hine ;

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maintenant on lui montrait le prétexte nécessaire pour faire réussir le plan. Il comprenait aussi la raison du cynisme avec lequel on lui donnait cette explication. Lui, Chayne, gênait. Confesser l'escroquerie et lui persuader que Sylvia y jouait un rôle, que pouvait-on découvrir de plus propre à éloigner le capitaine Chayne. Il considéra son compagnon, qui souriait toujours, et remarqua son profil d'aigle, ses yeux clairs et perçants. Il reconnut qu'il avait affaire à un redoutable antagoniste, mais il s'inclina légèrement et dit avec assuiance :

— M. Skinner, je n'ai cependant pas encore perdu tout espoir.

Skinner eut un rire amical.

— Je comprends cela. Ce n'est que lorsque les années nous ont apporté la sagesse que nous perdons courage. Dans la jeunesse, nous perdons seulement notre cœur, ce qui est bien différent.

— Je me propose de continuer mes visites.

— Aussi souvent qu'il vous plaira, capitaine Chayne, dit Garratt Skinner, très cordialement. Ma porte vous est toujours ouverte. Je ne veux pas commettre la folie de vous donner un intérêt romanesque en interrompant nos relations.

L'hospitalité de Garratt Skinner avait aussi un autre motif qu'il garda pour lui. Il était porté à croire qu'après quelques autres \'isites, l'affaire du capitaine se trouverait réglée sans qu'il eût à intervenir. Il entrait dans ses plans, comme dans ceux de tout coquin, de bénéficier des fautes et des vanités d'autrui. Il avait en conséquence cultivé

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