‹ L'eau viveChapitre 18 sur 31 · UNE ANCIENNE PASSION TRAHIT · texte numérisé non relu

UNE ANCIENNE PASSION TRAHIT

bizarre et d'une grande attraction, avec ses rochers plats, en lame de couteau, entassés les uns sur les autres, des rochers noirs éclaboussés de rouge, et le gros roc arrondi en saillie au sommet. Y avezvous grimpé ?

— Oui.

— Il y a une fissure, je crois ; une bonne place pour s'exercer à grimper.

■ Chayne se mit à rire comme un homme qui se rappelle une grosse difficulté vaincue.

— Oui, à la droite du col, entre le Grépon et le Charmoz. Il y a un rebord à mi-chemin, autrement on a très peu de prise et la fissure est à pic.

Ils parlèrent d'autres pics, tels que le Charmoz, où les premières lignes d'ascension avaient fait place à d'autres, de découverte plus récente ; de nouvelles variations, de nouvelles ascensions et de pinacles encore inexplorés ; et alors Garratt Skinner poursuivit :

— J'ai vu qu'un homme avait traversé le col des Nantillons au commencement de cet été. Il y périt avec son guide, après avoir franchi les passages dangereux. Cela arrive parfois.

Chayne regarda Garratt Skinner avec surprise.

— Comme c'est étrange que vous me parliez justement de la mort de John Lattery, dit-il lentement.

— Pourquoi ? demanda Garratt Skinner se retournant tranquillement vers son compagnon. Je l'ai lu dans le Times.

— En effet on doit en avoir parlé. Je veux dire que John Lattery était mon grand camarade, une

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sorte de cousin éloigné de votre ami Walter Hine, et son cohéritier dans la grande fortune de Joseph Hine. Sa mort, je le suppose, aura doublé l'héritage de votre ami.

Garratt Skinner se souleva sur le coude. Ces détails étaient vraiment nouveaux pour lui.

— En serait-il ainsi ? demanda-t-il. Alors c'est bien vrai que les montagnes cachent aussi la mort dans leurs recoins. Même par le jour le plus pur, elles cachent encore la mort !

Et se laissant doucement retomber sur ses coussins, il resta quelque temps immobile, une expression pensive sur son visage. Deux fois Chayne lui parla sans qu'il l'entendit. Il était absorbé. Il semblait en proie à une idée nouvelle, obsédante, et quand il se retourna vers Chayne et lui adressa la parole, il paraissait poursuivre son idée plutôt que répondre aux remarques de son compagnon.

— Êtes- vous jamais monté au mont Blanc par la route de Brenva ? demanda-t-il. Il y a une mince arête de glace, j'en ai lu la description dans le Journal de Moore. Il vous faut avancer à califourchon, une jambe pendante de chaque côté sur le précipice.

Chayne hocha la tête.

— Lattery et moi avions l'intention de tenter ce passage cet été. Nous devions faire aussi la Dent du Requin.

— Ah, c'est une des ascensions modernes, n'est-ce pas ? La difficulté gît dans les deux ou trois cents derniers pieds, je crois.

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