CHAPITRE XV
LE JOHN LATTERY DE KENYON
Chayne retourna, à Londres le jour suivant, inquiet, l'esprit troublé. Il savait bien que la jalousie est le lot naturel des amoureux. Mais être jaloux d'un Walter Hine, c'était une humiliation cuisante. Il se posait la question habituelle en pareille circonstance, cette futile question que l'amant malheureux se fait avec étonnement et désespoir en constatant les ridicules excentricités de la nature humaine. — Que peut-elle bien voir en lui? Cependant il ne se décourageait pas. Ce n'était pas dans sa nature de lâcher prise quand ses désirs s'étaient fixés sur un but précis. Tôt ou tard les gens et les choses reprendraient leurs proportions réelles dans l'esprit de Sylvia. En attendant, il y avait quelque chose à faire, un doute à éclaircir, peut-être une découverte à effectuer.
Sa conversation avec Garratt Skinner, le sujet que celui-ci avait choisi, et la science avec laquelle il l'avait traité, avaient paru à Chayne dignes de retenir son attention. Il se pouvait qu'un homme, assis au coin de son feu, suivît avec intérêt, même avec la passion de l'alpiniste, l'histoire des aventures et de l'exploration des Alpes. Cela s'était vu avant ce jour, et Chayne n'aurait assurément
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pas attaché grande importance à l'introduction du chapitre par Garratt Skinner, si ce n'eût été pour une ou deux circonstances qui devenaient à ses yeux plus significatives àmesure qu'il y réfléchissait. Par exemple, Garratt Skinner avait parlé des ascensions récentes et fait des questions sur les nouveaux passages franchis dans les vingt dernières années, comme eût pu le faire ^out homme ayant acquis la connaissance de son sujet par les hvres.
Mais il s'était exprimé bien différemment, à l'égard des premières ascensions, quoique la différence fût subtile et difficile à définir. Il semblait que là fût pour lui un terrain familier. Il laissait dans l'esprit de ChajTie un soupçon bien défini qu'il ne parlait plus d'après ses livres, mais d'après une connaissance intime, et personnelle, d'après la science acquise par l'expérience. Ce soupçon s'était développé graduellement et était devenu chez lui presque une conviction.
C'était aux ascensions primitives que la conversation de Garratt Skinner revenait perpétuellement, l'Aiguille Verte, le Grand et le Petit Dru, la traverse qui les sépare, le col Dolent, les Grandes Jorasses et la route de Brenva, oui, par-dessus tout, l'ascension du mont Blanc par la route de Brenva. En outre, comment pouvait-il savoir que ces grandes plaques de granit noir au sommet du Grépon étaient veinées de rouge, éclaboussées de rouge, pour employer son expression, à moins qu'il n'en eût fait l'ascension lui-même ou celle de l'aiguille des Charmoz, en face. La philosophie du
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vieux guide Michel Revailloud traversa comme un éclair l'esprit de Chayne. « On a besoin de quelqu'un avec qui échanger ses souvenirs. » Garratt Skinner avait-il éprouvé ce besoin, et l'avait-il ressenti d'une manière assez pressante pour le forcer à le satisfaire en dépit de lui-même ? Et puis aussi, à quoi bon ses détours, pom-quoi se cachait-il ? Il y avait certainement de la dissimulation dans sa conduite. ChajTie se rappelait comment plus d'une fois Garratt Skinner avait semblé se contenir avant de céder au besoin de parler. Et lorsqu'il avait enfin parlé, c'était pour ainsi dire, contre sa volonté.
Le train s'arrêtait à ce moment à la station de Vauxhall pour le contrôle des billets, quand Chayne, frappé d'une pensée, tressaillit tout à coup. Sur les rochers de l'Argentière, par le côté du grand goulet, pendant qu'ils descendaient vers le glacier, le guide de Sylvia avait prononcé des paroles qui lui revenaient à l'esprit. Elle avait ce joinr-là gravi la montagne, quoique ce fût sa première ascension, comme si elle eût eu la connaissance et l'adresse d'un ascensioniste expérimenté. Elle semblait certaine de la façon dont elle devait manier son piolet, se tenir sur la glace. Sur les rochers aussi, elle savait tout. Quel pied avancer, avec quelle main se raccrocher. Et si cette connaissance était vraiment innée chez elle ? Alors ces mots du guide avaient ime signification, un sens précis. Elle lui avait rappelé quelqu'un, un homme dont il ne pouvait retrouver le nom, mais avec lequel, longtemps auparavant, il avait fait des ascensions. Et alors,
sur ces rochers, un mouvement soudain de Sylvia, un geste spécial comme elle sautait d'un rebord sur l'autre, avait tout à coup rappelé ce nom à la mémoire du guide — Gabriel Strood !
— Est-ce possible ? se demandait Chayne. Et si c'était vrai, quelle sombre histoire y avait-il dans le passé de Strood pour qu'il eût dû changer de nom, disparaître du monde, et renoncer aux nuits d'été, aux jours de soleil ou d'orage sur les sommets élevés et sur les pentes de glace ?
Chajme était résolu à trouver la réponse à cette question. Sylvia était dans la peine. Gîtte maison sous les Downs n'était pas faite pour elle. Luimême était effrayé en pensant à ce qui s'y complotait. Il pourrait lui être utile d'en connaître plus long sur Garratt Skinner, et il pensa qu'il y aurait peut-être une possibilité d'en apprendre davantage.
Il dîna à son club, et à dix heures remonta Saint James Street. La rue était déserte. C'était une chaude nuit, toute étoilée, dans la première semaine d'août, et il éprouva la nostalgie de ce monde que l'on découvre au-dessus des neiges éternelles. Combien de ses amis dormaient par cette nuit dans les huttes au flanc de la montagne, ou dans les bivouacs à ciel ouvert adossés à un rocher à pic, un feu de branches de sapin pétillant à leurs pieds ? Probablement celui qu'il désirait voir ce soir, était parmi ceux-là.
— Et pourtant il y a encore une chance de le trouver chez lui, se disait-il pour s'encourager.
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Il traversa Piccadilly pour passer dans Dover Street ; à moitié chemin de cette rue de modistes, il s'arrêta devant ime maison où demeurait un savant bien connu.
— M. Kenyon est-il à Londres ? demanda-t-il, et à son grand soulagement, le valet répondit :
— Oui, monsieur, mais il n'est pas encore rentré.
— Je l'attendrai, dit Chayne.
Le domestique l'introduisit dans le cabinet de travail et lui alluma une lampe. Les murs étaient couverts de livres, du plancher jusqu'au plafond. A l'aide d'une échelle, Chayne atteignit dans un coin, tout en haut, quelques ouvrages simplement rehés en toile brune. C'étaient des volumes de l'Alpine Journal. Il choisit ceux qui dataient de vingt à vingt-cinq ans. Il tira une chaise près de la lampe et commença à tourner fiévreusement les pages, s'arrêtant souvent, car souvent paraissait à ses yeux le nom qu'il cherchait. Chayne Hsait les exploits de Gabriel Strood dans les Alpes. Plus d'une nouvelle expédition y était décrite, beaucoup de variations des vieilles ascensions, beaucoup d'excursions déjà famihères. Il était clair que l'homme appartenait à la vraie confraternité des alpinistes. Gabriel Strood ne choisissait pas uniquement les nouvelles ascensions, celles déjà faites l'attiraient Valement, et il brûlait de répéter en compagnie les exploits qu'il avait une fois accomplis. Aucune des descriptions n'était écrite par Strood lui-même, mais par les camarades qu'il avait dirigés, et la plupart se plaisaient à témoigner de l'endurance
extraordinaire, du courage déployé par Strood, comme s'il eût toujours été seul à triompher d'obstacles que ses compagnons ne rencontraient point et dont ils ne donnaient que de vagues explications. Chayne finit par arriver à cette même nai ration que Sylvia avait lue en allant à Chamonix, et alors la vérité éclata brusquement, et pour la première fois, à ses yeux. Dans cette pièce tranquille et à demi éclairée, il eut un soubresaut. Il tenait la preuve, maintenant, là sous son doigt, la preuve indiscutable. Gabriel Strood souffrait d'une affection des muscles de la cuisse droite, et cependant il s'arrangeait à dépasser tous ses rivaux. Les paroles de Hine résonnaient dans les oreilles de Chayne : « Cependant il nous a laissés en arrière. » Garratt vSkinncr : Gabriel Strood. Plus de doute possible, les deux hommes n'étaient qu'un seul et même individu. Chayne remit les volumes en place et en descendit quelques autres. Dans le premier qu'il ouvrit, c'était le numéro d'automne de dixneuf ans passés, on parlait encore de cet homme, et l'ascension décrite était celle du mont Blanc par le glacier de Brenva. Chayne se renversa sur le dossier de sa chaise, devant cette dernière preuve. Dans leur conversation Garratt Si<inner en était toujours revenu à cette route de Brenva. Il avait bien parlé de l'Aiguille Verte, des Grandes Jorasses, des Charmoz, de la Blaitière, mais il était toujours revenu, la voix ardente, les yeux pleins de feu, à cette arête de glace sur la route de Brenva. Chayne parcourut les pages, continuant sa re-
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cherche. Mais dans aucun des autres volumes qui tombèrent sous sa main il ne trouva trace des exploits de Strood. D'autres l'avaient suivi qui mentionnaient son nom, mais de l'homme luimême, il n'était plus question. Personne n'avait grimpé en sa compagnie, nul ne l'avait aperçu audessus de la ligne des neiges.
Pendant cinq ou six saisons il avait rayonné dans les Alpes. AroUa, Zermatt, le Montenvers, la hutte de la Concorde, avaient successivement eu sa visite : depuis vingt ans il avait disparu.
Chayne remit les volumes à leur place et revint s'asseoir dans son fauteuil devant la cheminée. C'était une histoire obsédante et étrange que celle qu'il reconstruisait dans son esprit. Des hommes de la trempe de Gabriel Strood reviennent toujours aux Alpes. Ils ont des nuits trop agitées, ils ont hâte d'y retourner, et cependant cet homme n'y était pas revenu. Quelle grave raison pouvait l'en avoir empêché ? Les idées de Chayne prirent une autre direction. Sylvia avait dix-huit ans, presque dixneuf maintenant. Gabriel Strood s'était-il marié juste après cette dernière saison où il avait grimpé du glacier de Brenva à la Calotte ? L'histoire restait inachevée... et pendant que son imagination cherchait le dénouement, la porte s'ouvrit et un homme grand et mince, la barbe taillée en pointe, s'arrêta sur le seuil. Il paraissait avoir cinquante ans, ses épaules commençaient à fléchir, et sa figure fine et délicate, quoique respirant encore la force, portait l'empreinte de la mélancolie particulière à
ceux qui vivent seuls, cela jusqu'au moment où il venait à sourire. Et alors dans son sourire, se découvrait beaucoup de bienveillance amicale et de sociabilité. Il souriait maintenant, en tendant à son visiteur une main longue, finement modelée.
— Je suis heureux de vous voir, Chayne, dit-il d'une voix remarquable par sa douceur, quoique d'un autre côté j'en sois peiné parce que je sais pourquoi vous êtes en Angleterre et non sur les Alpes.
Chayne s'était levé de son siège, mais Kenyon lui posant la main sur l'épaule le força amicalement à reprendre sa place.
— J'ai appris la mort de Lattery. J'en ai eu de la peine, pour vous autant que pour Lattery, car je sais ce qu'une telle perte cause d'affliction. Ah oui ! c'est une grande calamité, ajouta-t-il, laissant reposer un regard sympathique sur le visage de son jeune ami.
Kenyon posa le whisky et l'eau de Seltz à la portée de Chayne, installa le pot à tabac sur la petite table placée entre eux, puis il s'assit et allum^a sa pipe.
— Vous êtes revenu tout de suite après l'accident ? demanda-t-il.
— J'ai traversé le col Dolent pour descendre en Italie, répondit Chayne.
— Oui, oui, dit Kenyon, hochant la tête, mais vous retournerez l'année prochaine, ou la suivante.
— Peut-être, dit Chayne, et pendant quelques moments, ils fumèrent leurs pipes en silence.
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Alors Chayne expliqua l'objet de sa visite. — Kenyon, demanda-t-il, avez-vous des photographies de ceux qui parcouraient les montagnes il y a vingt ou vingt-cinq ans ? J'ai pensé que peut-être vous aviez conservé quelques groupes pris en Suisse à cette époque. Si vous en avez, je serais heureux de les voir,
— Oui, j e crois que j 'en ai, dit Kenyon. Il s'avança vers son bureau, ouvrit un tiroir et en tira un certain nombre de photographies, Puis plaçant la lampe à abat-jour vert de manière que la lumière en tombât claire et forte sur la petite table, il les y étendit.
Le cœur de Chayne battait'' violemment quand il se pencha pour les examiner. Ses soupçons allaient-ils se confirmer ou disparaître ?
Il prit les photographies une à une et les regarda avec attention, les mettant ensuite de côté, pendant que Kenyon se tenait immobile à l'autre bout de la table. Il en avait retourné une douzaine quand il s'arrêta. Il tenait en main la photographie d'un hôtel suisse, avec une terrasse devant la porte, où quelques hommes étaient rassemblés, causant en groupes. Quelques-uns s'appuyaient sur leurs piolets, d'autres portaient le rûcksack sur le dos, comme s'ils eussent été sur le point de partir pour les hauteurs. Comme il rapprochait un peu la photographie de la lampe, et se penchait davantage Kenyon eut un léger mouvement de malaise que Chayne ne remarqua pas. Il était assis très tranquille, les yeux fixés sur la photographie. A l'ex-
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trémité du groupe se trouvait le père de Sylvia, plus j eune, plus léger de structure, la figure pleine et respirant une grâce juvénile perdue depuis longtemps — mais il n'y avait pas à s'y méprendre, c'était bien le père de Sylvia.
Les contours des montagnes disaient clairement à Chayne en quelle vallée l'hôtel était situé.
— C'est Zermatt, dit-il sans lever les yeux.
— • Oui, répondit tranquillement Kenyon, un Zermatt que vous êtes trop jeune pour avoir connu.
Le doigt de Chayne s'arrêta alors sur la figure qui l'intéressait. Qui est celui-ci ? demanda-t-il.
Kenyon ne répondit pas.
— C'est Gabriel Strood ? continua Chayne.
II y eut un m.oment de silence, et alors Kenyon confirma la demande du capitaine.
— Oui, dit-il, et à uni. trace d'émotion dans sa voix, Chayne leva les yeux. La lumière frappant le visage de Kenyon à travers l'abat -jour vert, lui donnait une étrange pâleur. Mais il sembla à Chayne que cette pâleur n'était qu'en partie due à la lampe.
— Pendant six saisons consécutives, dit Chajnie, Gabriel Strood parcourut les Alpes, Dès la première il était célèbre.
— C'est le meilleur ascensioniste que j'aie jamais rencontré, dit Kenyon.
— Il avait la passion des montagnes. Et pourtant après six ans, il n'y revint jamais. Il avait dispani. Pourquoi ?
Kenyon resta absolument silencieux, il ne fit
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pas un mouvement. Peut-être le trouble qu'on voyait sur son visage s'accentua-t-il légèrement, mais ce fut tout. Cependant, Chayne voulait une réponse. Ne fût-ce que pour Sylvia, il la lui fallait. Il était indispensable qu'il connût le père entre les griffes duquel elle était tombée.
— Vous connaissez Gabriel Strood ? n'est-il pas vrai ?
Kenyon se pencha pour retirer doucement la photographie des mains de Chayne. Il la mêla aux autres, sans y donner un regard, et replaça le tout dans le tiroir où il les avait prises. Puis il revint à la table et répondit enfin à Chayne.
— John Lattery était votre ami. Vous avez passé en sa compagnie quelques-unes des meilleures années de votre existence. Vous le reconnaissez maintenant. Mais vous le reconnaîtrez encore plus sûrement lorsque vous serez arrivé à mon âge, quelque heureux que vous puissiez être d'ici là. Le feu de bivouac, le rocher plat pour tout plancher, la nuit obscure autour de vous pour murailles, les heures de causerie, la crête et la pente de glace, le mauvais temps par l'orage et le brouillard, le beau temps au soleil réconfortant, les nuits froides où la faim se faisait sentir quand vous vous trouviez enveloppé dans les ténèbres, les jours de repos où vous paressiez à l'aise. Vous n'oublierez jamais John Lattery.
Kenyon s'exprimait avec calme, mais avec conviction et aussi avec une certaine solennité qui impressionna vivement son compagnon.
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— Non, dit Chayne, je n'oublierai pas John Lattery. Mais sa question demeurait toujours sans réponse, et il était de nature tenace. Les yeux toujours fixés sur le visage de Kenyon, il ajouta :
— Eh bien ?
— Je n'ajouterai que ceci, dit Kenyon, Gabriel Strood était mon John Lattery, et faisant le tour de la table, il vint poser la main sur l'épaule de Chayne. — Ne m'en demandez pas davantage, dit-il avec un sourire de tristesse.
— Pardonnez-moi, dit Chayne.
Il avait sa réponse. D savait maintenant qu'il y avait quelque chose à cacher, qu'il existait une raison précise à la disparition de Gabriel Strood.
— Bonne nuit, dit-il, et comme il quittait la chambre, il vit Kenyon s'affaisser dans son fauteuil. Il y avait quelque chose de triste et de résigné dans l'attitude de cet homme qui approchait de la vieillesse. Une fois de plus l'avertissement de ]\Iichel Revailloud revint à l'esprit de Chayne. « Quand tout sera fini et que vous rentrerez chez vous, tâchez qu'il y ait une lampe allumée dans la chambre et que cette chambre ne soit pas vide. Ayez avec qui partager vos souvenirs, quand la vie ne sera plus faite que de souvenirs. »
Ainsi donc, à chaque instant, la simple philosophie de Michel Revailloud semblait recevoir une nouvelle confinnation. Était-ce là ce que le sort lui réservait aussi ? Pendant un moment, il sentit le découragement l'envahir. Il referma silencieusement la porte et descendant l'escalier, sortit dans
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la rue. Au-dessus de lui, la nuit était claire, et il se demanda si elle était ainsi au-dessus des Downs de Dorsetshire. Très lentement, il parcourut la rue. Garratt Skinner était Gabriel Strood. Il y avait certainement une raison obscure dans cette métamorphose. Il lui restait à découvrir cette raison. Mais cette nuit-là il ne s'appesantit pas davantage sur ce problème. Il pensait simplement, comme il longeait la rue, que Michel Revailloud était un sage.