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CHAPITRE VI

Le chalet de Lognan est bâti très haut sur le versant méridional de la vallée de Chamonix, au-dessous du grand contrefort de l'Aiguille Verte. Il regarde le nord et, partant du garde-fou scellé devant la porte, le sentier se déroule à travers des pâturages émaiUés de fleurs alpestres et descend dans les sapinières jusqu'au village des Tines puis, au delà, dans le bas dé la vallée. Mais à l'extrémité orientale, un précipice s'ouvre sur la grande chute du glacier d'Argentière et, nuit et jour, venant de profondeurs lointaines, le grondement des eaux provenant du glacier pénètre par les fenêtres et emplit toutes les pièces de la musique d'une rivière écumante.

L'après-midi suivant, vers cinq heures, Chayne était accoudé sur le garde-fou, regardant la chute de glace au-dessous de lui. Le vacarme du torrent l'assourdissait, et ce ne fut que lorsqu'un bruit de pas légers fut devenu perceptible, tout près, derrière lui, qu'il comprit qu'il n'était plus seul. Il se retourna et reconnut, à sa grande siurprise, la petite poupée enrubannée du buffet d'Annemasse, l'enfant des casinos et des plages élégantes, Sylvia Thesiger. La surprise était si visible que Sylvia rougit. Elle lui lit un léger salut et rentra dans le chalet.

Chayne remarqua alors un couple de nouveaux guides qui se tenaient à la porte des communs. Il se souvint alors du livre qu'il avait vu lire à la jeune fiUe avec tant d'intérêt au buffet. Au bout d'une ou deux minutes, elle ressortit sur la terrasse et Chayne remarqua qu'elle était maintenant vêtue d'une façon pratique.

Elle portait une toilette simple et chaude, en harmonie avec le but qu'elle se proposait, sans que pour cela elle manquât d'élégance. Il devina la montagne qu'elle voulait gravir et la lui nomma.

— Oui, répondit-elle. Oh ! dites-moi qu'il fera beau demain.

— Je n'ai jamais vu une soirée si pleine de promesse, reprit ChajTie souriant de son enthousiasme.

Les flancs bruns et escarpés de l'aiguille du Chardonnet juste en face d'eux, de l'autre côté du glacier, étaient rougis pas le soleil couchant, un nuage blanc dentelé et flottant comme une écharpe de dame, voguait dans le bleu du firmament. La propriétaire du chalet sortit et vint parler à Cha^Tie.

— Elle désire savoir à quelle heure nous dînerons, exphqua-t-il à Sylvia. Nous ne sommes que nous deux. Nous pourrions dîner de bonne heure, car il nous faudra partir tôt, (et il répéta l'invariable cri de l'année) il y a si peu de neige. Il vous faudra peut-être beaucoup de temps* pour traverser le glacier en allant à votre montagne. Il y a toujours une crevasse à franchir.

— Je le sais, dit Sylvia avec un sourire, le bergschrund.

— Je vous demande pardon, dit Chayne souriant à son tour. Il va de soi que vous connaissez ces termes. Je vous ai vu lire l'Alpine Journal.

Une heure plus tard ils dînaient en tête à tête ; le soleil couchant rougissait les murs blanchis à la chaux de la rustique salle à manger et transformait d'une façon glorieuse les colhnes alentour. L'émerveillement de Sylvia était tel qu'elle pouvait à peine manger. Elle ne cessait de se tourner vers la fenêtre, ses lèvres à demi ouvertes par un sourire, ses yeux gris brillants de bonheur.

— Je n'ai jamais rien \m de comparable, dit-elle. Tout est si étrange, si magnifique.

Il était sous le charme de sa fraîcheur et de sa simplicité comme l'avait été Mchel RevaiUoud pendant la soirée de la veille. Elle était aussi impatiente qu'un enfant de voir le repas finir et de retourner en plein air, avant que la réverbération du coucher de soleil eût disparu des pics. Il y avait un quelque chose de pathétique dans son désir de ne rien perdre de tels moments. L'empressement qu'elle manifestait montrait bien à Chayne que rarement dans sa vie elle avait été à pareille fête. Il la pressa de manger, cependant, et quand elle eut fini, ils sortirent ensemble et prirent place sur le banc, contemplant en silence la lumière sur les pics, passant du pourpre au rose, les rochers qui devenaient sombres et le bleu du ciel augmentant d'intensité comme la nuit descendait.

— Allez- vous aussi faire une ascension, demanda-t-elle ?

— Non, répondit-il, je vais traverser une passe pour me rendre en Italie. Je quitte Chamonix pour toujours.

Sylvia se tourna vers lui et ses yeux doux étaient pleins de sympathie.

— Oui, je comprends cela, dit-elle. Je suis peinée pour vous.

— Vous avez déjà dit cela une fois devant moi, sur les marches de l'hôtel, dit Chayne; vous avez été bien bonne et quoique à ce moment je n'aie rien dit, je vous en ai été très reconnaissant. Et dans son émotion il lui ouvrit son cœur et lui parla de l'ami qu'il avait perdu. L'obscurité s'épaississait autour d'eux ; il parlait en phrases courtes, comme le font les hommes qui n'aiment pas dévoiler leur émotion ; il s'interrompit pour rallumer sa pipe. Mais elle n'en ressentit pas moins la réalité de sa détresse. Il lui parla, avec une liberté dont il ne se rendait pas compte luimême à ce moment, de cette pure et profonde amitié qui ne devait rien au sentiment, qui jamais ne s'était nourrie de vaines protestations, que de longs intervalles n'avaient pu rompre, et qui reposait sur la mémoire de grands dangers bravement affrontés et vaincus.

Ce lien précieux s'était noué dans les montagnes et elle sentit qu'il en avait gardé quelque chose de leur inspiration.

— Nous nous sommes rencontrés pour la pre-

mière fois dans le Tyrol, il y a huit ans. J'avais, accompagné d'un guide, franchi une montagne, le Glocktum et vers le soir je descendais au Radurschal Thaï où j'avais entendu dire que je trouverais une auberge. Le temps s'était mis à la pluie; mais, d'un épaulement de la montagne, j'avais pu regarder le fond de la vallée et j'avais découvert une construction vaste et allongée à environ quatre milles du pied du glacier. Je traversai les pâturages pour m'y rendre et je trouvai là, assis devant la porte, sous la pluie, l'homme qui devait être mon ami.

La porte était fermée à clef, il n'y avait personne dans la maison ; pas une seule autre habitation à des milles à la ronde ; mon guide continua sa route. Nous restâmes assis, Lattery et moi, sous la pluie pendant une couple d'heures, puis une vieille femme, tenant un large parapluie ouvert descendit des hauts pâturages, chassant devant elle un petit troupeau de vaches. Elle nous apprit que depuis quatorze ans, elle n'avait pas vu une âme s'arrêter à son auberge. Néanmoins elle ouvrit sa porte, alluma un bon feu, nous fit cuire des œufs et nous donna du café. Je m'en souviens comme si c'était hier. Nous restâmes devant le feu, pendant que les matelas et les couvertures séchaient derrière nous, jusqu'à une heure assez avancée de la nuit. Au dehors, le temps empirait. Il y avait un trou dans le chaume de la toiture, et, de mon lit, je voyais par là les éclairs zébrer le ciel. Peu de gens descendaient ou remontaient

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cette vallée et le lendemain matin, après l'orage, on pouvait voir les chamois, dans l'herbe, tout près de notre auberge. Nous continuâmes notre voyage ensemble. Ce fut le commencement

Il parlait simplement, avec un accent de profonde quiétude. Le feu de sa pipe brillait et couvait tour à tour; l'obscurité cachait ses traits. Mais la tendresse, le plaisir avec lequel il appuyait sur les plus légers détails de cette première rencontre, montraient à Sylvia combien ces souvenirs le possédaient en ce moment.

— Nous descendîmes du Tyrol à Vérone, continua-t-il, et là nous nous sommes cuits au soleil comme des lézards, pendant un jour entier, sous les colonnades, puis nous revînmes par le Saint- Gothard à Goeschenen. Connaissez-vous la vallée de Goeschenen ? Un hémicycle de montagnes, les Winterbergen, l'enferme vers le haut, nous y grimpâmes pendant une semaine tous les deux, sans guide. Je me rappelle une crête de rocher qui se trouve là, elle était barrée par un pinacle qui semblait en surgir et que l'on appelle un « Gendarme &. Nous dûmes quitter l'arête pour nous frayer passage le long de la face du pinacle, à angle droit avec la montagne. Puis, nous recontrâmes un petit rebord. On pouvait, en regardant entre ses pieds, voir le glacier, deux mille pieds plus bas. Nous arrivâmes à im endroit où l'escalade du mur du pinacle semblait possible. A dix pieds au-dessus de nos têtes, il y avait une fente dans le rocher qui, partout ailleurs, était littérale-

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ment à pic. J'étais ie plus léger. Mon ami se planta sur le rebord aussi fermement qu'il put, les mains appuyées à plat sur la face lisse du rocher. Il n'y avait pas la moindre prise et je grimpai sur son dos et me dressai sur ses épaules. Je découvris que le rocher, à partir de la fissure, s'inclinait en arrière d'une manière tout à fait praticable. Seulement il se trouvait là, reposant sur la pente à ma portée, un gros rocher rond que nous n'aurions pu, éviter de heurter.

Il ne me sembla pas très solide sur sa base. J'avançai donc la main pour le tâter, ce que je fis le plus légèrement possible. Mais il était si exactement en équilibre que la plus petite vibration devait suffire à l'ébranler et je le vis commencer à se mouvoir lentement, très lentement, comme s'il ne pouvait pas faire de mal à qui que ce soit. Mais pourtant il se dirigeait vers moi ; ma poitrine atteignait le haut du niveau de la fissure, de sorte que je pouvais parfaitement voir ce qui se passait. Je ne pouvais rien faire, rien tenter. Il était trop lourd et trop volumineux pour que mes bras pussent l'arrêter et je ne pouvais bouger puisque j'étais debout sur les épaules de John Lattery. Il ne semblait pas nous rester grande chance de salut avec, au-dessous de nous, un gouffre qui ne nous offrait rien d'autre que ses deux mille pieds de profondeur.

Je remarquai pourtant une faible anfractuosité sur le rebord de la fissure ; il y avait chance que le roc pût rebondir par-dessus la crevasse et passer

sans me toucher. Je me rappelle mon angoisse, ne quittant pas des yeux cette chose menaçante qui ghssait, sans secousse, lentement, d'une manière amicale pour ainsi dire, et je me demandais combien de temps il s'écoulerait avant qu'elle fût sur moi. Heureusement une imperceptible irrégularité dans la déclivité amena le roc juste sur la saillie et soudainement il fut projeté en l'air et passa à mon côté avec un sifflement. Il m'effleura d'assez près pour couper le drap de la manche de mon vêtement. J'avais été fasciné à un tel point par sa lente glissade que j'avais totalement oublié d'avertir Lattery de ce qui se passait, et quand le roc passa en sifflant au-dessus de sa tête, il éprouva une telle surprise qu'il fut sur le point de perdre l'équilibre et nous fûmes à deux doigts de suivre l'énorme pierre dans sa chute sur le glacier. C'est une de nos premières aventures... Et il se mit à rire, d'un rire heureux.

— Nous restâmes tard ce jour-là sur la montagne, poursuivit-il, et il ne faisait plus guère clair quand nous arrivâmes à la longue pente neigeuse qui s'étend à sa base. C'était pour nous un terrain nouveau. Nous étions exténués. Nous voyions la pente étincelante se dérouler au-dessous de nous. Elle pouvait se terminer par une crevasse et un glacier ; nous n'en savions absolument rien et nous tînmes conseil pour décider s'il nous fallait être prudents ou courir la chance de rencontrer le précipice. Nous nous décidâmes pour cette dernière alternative, et, nous étant assis sur

la neige, nous nous laissâmes glisser dans l'obscurité n'ayant pas la plus vague idée du point où nous nous arrêterions. Ah ! nous eûmes, à tout prendre, de biens bons moments, lui et moi. Et tout cela a pris fin au glacier des Nantillons.

Chayne se tut ; Sylvia, assise à côté de lui, ne l'avait pas une fois interrompu. En face d'eux, les pâturages disparaissaient dans l'obscurité. Seules, quelques petites lumières claires brillant dans les chalets, leur disaient qu'il y avait encore dans le monde, d'autres humains qui veillaient. Aucun son ne venait troubler le silence profond, à l'exception du grondement du torrent qui coulait au fond de la gorge à leur droite. Chayne secoua les cendres de sa pipe.

— Je vous demande pardon, dit-il. Je vous ai parlé de quelqu'un que vous n'avez pas connu. Vous étiez si silencieuse que je croyais simplement me rappeler mes pensées.

— Si j'étais silencieuse, dit Sylvia, c'est que je désirais vous entendre continuer. J'étais heureuse de vous écouter. Cette histoire de votre amitié était poru" moi nouvelle et étrange et elle me causait tant de plaisir. Aussi nouvelle et plaisante que cette tranquille et fraîche soirée, sur la lisière des neiges, loin des hôtels et du bruit. J'ai peu entendu parler de telles amitiés, et j'en ai encore moins vu d'exemples.

Les pensées de Chayne furent brusquement ramenées de son ami disparu à cette compagne vivante, assise à ses côtés. Il y avait quelque chose

d'aussi triste et sympathique dans le ton de sa voix que dans les paroles qu'elle prononçait. Elle parlait avec une sorte d'humilité. Il sentait avec quelque embarras que ce n'était plus une enfant, mais une femme qui l'écoutait. Il voyait confusément le profil de ses traits, calmes comme la nuit même. Elle regardait droit devant elle dans l'obscurité. Il pensait à sa vie et à la façon dont elle la supportait, et se demandait comment elle s'était conservée si pure au milieu de son entourage. Il ignorait alors la protection tutélaire de ses rêves. Mais l'image de la mère était vivante à ses yeux, cette mère déclassée dont les femmes s'écartaient d'instinct, bruyante, criarde, faisant sa société d'oisifs élégants et d'officiers en demi-solde dont la jeunesse était passée.

Les derniers mots qu'elle avait dits l'avaient convaincu qu'elle supportait mal cette existence ; ils avaient jeté une clarté sur un point sombre où il ne semblait pas qu'il y eût beaucoup de bonheur.

— Je suis très heureux que vous soyiez ici ce soir, dit-il. Vous avez été bien bonne de m'écouter. Je redoutais un peu cette soirée.

Quoique ce qu'il disait fût l'expression de la vérité, ses paroles venaient en partie d'un sentiment de pitié. Il désirait qu'elle sentît sa propre valeur. Et, en réponse, elle lui laissa voir un autre coin de cette sombre place de son existence.

— Votre ami, dit-elle, devait être beaucoup aimé à Chamonix.

— Pourquoi ?

— Tant de guides se présentèrent de bonne volonté pour se mettre à sa recherche.

De nouveau, Chayne se retourna vivement vers elle. Il voyait dans sa phrase une empreinte du milieu, dans lequel elle avait passé son existence et du manque total d'idéalisme qui le caractérisait. Toujours les raisons personnelles, ou l'argent. En dehors de cela, pas d'autre mobile. Il lui répondit doucement :

— Non, ce n'est pas la raison qui les a fait agir. Comment vous expliquer cela ? Il se pencha en avant, les coudes appuyés sur ses genoux et parla lentement, choisissant ses paroles. — Je pense que ces guides obéissaient à une loi à laquelle on n'échappe pas, celle qui veut que ce que vous savez faire vous le faites, quand il s'agit de sauver la vie de votre semblable. Je suis persuadé que sur dix médailles décernées par la Société de Secours neuf sont données en conséquence de la contrainte que cette loi exerce sur les individus. Si vous savez nager, diriger un bateau ou escalader une montagne, vienne le moment où une vie himiaine ne peut être sauvée que par l'usage de vos connaissances, eh bien, il vous faut les mettre en œuvre. Voilà la loi. Bien souvent, j'en ai la conviction, c'est à contre-cœur qu'on y obéit ; la plupart du temps, je crois qu'on le fait par instinct, sans en considérer les conséquences. Mais on l'observe, cette loi, et les guides y étaient soumis quand un si grand nombre d'entre

eux m'accompagnèrent sur le glacier des Nantillons.

La jeune fille poussa un petit soupir. Elle frissonna.

— Vous avez froid ?

— Non, répondit-elle, mais cela aussi est nouveau pour moi. J'aurais dû connaître cette loi sans qu'on eût besoin de me l'expliquer. Mais je ne l'oublierai jamais.

Une fois de plus, l'humilité se faisait sentir dans l'accent tranquille de sa voix. Elle avait compris la leçon. Elle sentait qu'elle n'aurait pas dû en avoir besoin et, avec franchise, elle confessait son ignorance.

— Ce qu'on sait faire, on doit le faire, répétât-elle, gravant les mots dans sa mémoire, si par là on peut sauver une vie humaine. Non, je n'oublierai pas cela.

Elle se leva.

— Il faut que je rentre.

— Oui, dit Chayne, se levant aussi. Vous êtes restée debout trop longtemps. Demain vous serez fatiguée.

— Pas avant demain soir, dit-elle, riant. Elle regarda le ciel rempli d'étoiles.

— J'espère qu'il fera beau. Oh, il faut qu'il fasse beau. Demain est mon jour unique. Je voudrais tant qu'il fût parfait, s'écria- t-elle.

— Je crois que de ce côté, il n'y a rien à craindre. Elle lui tendit la main.

— C'est notre adieu, je suppose, dit-elle, sans

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essayer de cacher le regret que ces mots lui causaient.

Chayne prit la main qu'on lui tendait et la retint une ou deux secondes. Il devait partir une heure et demie avant elle. Il savait très bien cela mais il répondit :

— Non. Nous suivons la même route pendant quelque temps. A quelle heure partez-vous ?

— A une heure et demie.

— Moi aussi. Il fera jour avant que nous nous séparions. Je me demande si vous pourrez dormir cette nuit. Moi, je ne dors jamais, la première nuit.

Il parlait d'un ton léger et elle lui répondit de même.

— Je ne saurais dire si je dors ou si je veille avec le bruit du torrent qui m'arrive par la fenêtre, car d'aussi loin que je puisse me rappeler, j'entends toujours dans mes rêves le murmure d'eau coiu-ante.

Ces mots frappèrent Chayne et se gravèrent dans son esprit. En réalité, il ne savait rien d'elle, excepté ce fait curieux. Elle entendait toujours dans ses rêves le murmure d'une eau courante, et cette particularité semblait être comme une partie d'elle même. Il y avait similitude; l'eau courante était bien en quelque sorte, comme un s5nnbole de la jeune fille. EUe semblait, par nature, aussi fraîche, aussi claire que le ruisselet qui s'échappe d'une source et elle était tout aussi fugitive; et quand elle riait; l'éclat de son rire était aussi libre, aussi léger, que le gazouillement d'un ruisseau.

Elle entra dans le chalet. Par la fenêtre, Chayne la vit frotter une allumette et l'approcher de la bougie. Elle resta un moment immobile le regardant gravement, la lumière faisant une auréole à son jeune front. Puis un sourire hésita sur ses lèvres et, lentement, prit possession de ses joues, de ses yeux, de sa physionomie entière Elle se détourna et rentra dans sa chambre.

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