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cendie de 1720 qui dévasta ses ateliers, son logement et la galerie où se trouvaient ses collections, acheva de précipiter le désastre. Les dernières années de sa vie furent gâtées par de ridicules ou douloureux procès, qui ne préviennent nullement en faveur de la rectitude de sa vie et de ses bonnes habitudes commerciales. Mais ce n'est point ici le lieu de nous appesantir sur les incidents de son existence privée. Ses œuvres seules doivent nous retenir, et cellesci sont tout à son honneur.

Il ne faudrait pas, toutefois, déduire des éloges prodigués à Boulle, que le mobilier triomphant de splendeur qui porte son nom soit exempt de défauts et qu'il échappe à toute critique. Pour répondre au besoin de magnificence qui caractérisait son époque et le Grand Roi dans lequel elle trouvait sa vivante incarnation, notre artiste fut presque fatalement amené à sacrifier à la somptuosité l'agrément et la logique.

Sans vouloir prétendre que l'abus des frontons, des colonnes, des niches et des entablements, qui transformaient les meubles de la Renaissance en de véritables petits édifices, et donnaient à l'architecture le pas sur le mobilier, constitue la perfection idéale; encore, dans tout travail de menuiserie, la construction rationnelle doit-elle, autant que possible , demeurer évidente. Dans ce nouveau mobilier surprenant de richesse, une ossature savamment assemblée continua bien d'assurer la solidité, — condition essentielle, — mais cette charpente ne fournit plus le point de départ, les premiers éléments de la décoration. Celle-ci devint indépendante, sinon de la forme générale du meuble, du moins de ses divisions caractéristiques. Pour faciliter le développement de ce beau décor, si riche, si somptueux, on renonça aux saillies des montants et des traverses qui, tout en formant des encadrements agréables, expliquent la structure du meuble; et les panneaux, occupant ainsi toute

la façade, ne présentèrent plus que des surfaces planes et unies. L'ornementation, dont le rôle devrait être d'accompagner la forme et non de se substituer à elle, commença d'établir sa complète domination. Les cabinets et les bas d'armoire, avec leurs portes dissimulées, ressemblèrent à des coffres pleins et sans ouvertures. On fit des commodes en manière de tombeaux; et cette tendance à subordonner au décor les dispositions fondamentales des meubles, alla en s'aggravant sous le règne suivant, au point que, sous la pression de la mode, les contours finirent par se boursoufler et par se gondoler d'une façon certainement amusante, mais singulièrement illogique.

Ainsi, sous l'empire de ces préoccupations de somptuosité, une transformation dangereuse s'était produite dans l'ameublement français. La magnificence, dont l'excès dans les arts est toujours dangereux, avait pris le pas sur la saine raison. Les ouvrages d'ébénisterie, en perdant leur aspect rationnel, perdirent aussi leur caractère pratique; et c'est là ce qui fait de l'œuvre de Boulle un œuvre incomplet. Le mobilier auquel il a légué son nom demeure uniquement un mobilier d'apparat. Il porte en soi une solennité exclusive de toute intimité ; et l'éclat même de sa décoration interdit la possibilité, aussi bien que la pensée, de faire de ces meubles admirables un régulier et constant usage.

C'est le propre du génie, de masquer les défauts essentiels de ses ouvrages ou de les faire oublier. Il ne faut donc pas s'étonner que les contemporains de Boulle n'aient pas songé à lui marchander leurs hommages, et n'aient pas paru s'apercevoir du côté peu pratique de ses créations. Mais par la suite , quand des imitateurs maladroits prétendirent mettre ses principes en application et suivre ses exemples, les défectuosités que nous venons de signaler devinrent si évidentes, que les gens de goût répudièrent toujours cette parodie grossière d'un style, où l'amour exagéré de la splendeur avait triomphé de la raison.

l'ÉBÉNISTERIE AU XVIIIe SIÈCLE

La grande supériorité des meubles exécutés par André- Charles Boulle sur ceux du môme genre que produisirent ses concurrents les mieux inspirés et les mieux outillés, ne provient pas seulement de la richesse de leur décoration, et de la façon irréprochable dont les parties d'ébénisterie étaient traitées par ce grand artiste. Elle résulte encore de la parfaite unité de conception et d'exécution qui les distingue.

Savary des Bruslons, si bien renseigné sur les industries de son temps, nous apprend que les ébénistes, au xvnc et au xvme siècle, posaient sur leurs meubles les bronzes qui devaient les orner, — et Ton sait si dans les ouvrages de Boulle, ils jouent un rôle considérable; — « mais, dit-il, ce sont les fondeurs ou sculpteurs qui les jettent en moule et qui les réparent, et les doreurs sur métal qui les dorent soit d'or en feuille, soit d'or moulu1. » Ces détails ont une importance capitale. Ils nous expliquent comment, par suite d'une collaboration rendue obligatoire par les Statuts des diverses corporations, les ébénistes se trouvaient alors forcés de se conformer à des exigences étrangères à leur profession. Ils nous font comprendre pourquoi des meubles sortis de divers ateliers présentent trop souvent, avec une incohérence relative, un air de famille. La plupart du temps, ce n'était pas le fondeur qui obéissait à l'inspiration directe de l'ébéniste, mais celui-ci qui était obligé de tenir compte des modèles qu'on pouvait mettre à sa dispo-

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