FABRICATION
DES DIVERSES MANIÈRES D EXECUTER LES PLACAGES. — PLACAGE AU MARTEAU. PLACAGE A LA CALE. PLA- CAGE AU SABLE. PLACAGE A LA SANGLE.
A petite incursion que nous venons de faire dans l'histoire de l'ébénisterie française, ne nous aura pas été inutile. Elle nous aura d'abord appris ce qu'il faut entendre exactement par ce mot, et comment la profession d'ébéniste, née de celle du marqueteur, dont elle constitue une branche devenue exceptionnellement importante, tire son nom d'un bois qu'elle n'emploie plus guère. Elle nous aura permis, en outre, de constater que cette même industrie met en œuvre, à l'aide de placages, une foule de matières précieuses qui, sans les procédés employés par elle, ne pourraient, soit à cause de leur prix, soit à cause de leur nature, entrer dans la confection courante de notre mobilier.
La base fondamentale de l'ébénisterie, c'est donc le placage. Sans placage, en principe du moins, l'intervention de l'ébéniste est superflue ; car le menuisier suffit à assurer, nous l'avons démontré autre part1, la construction solide et rationnelle de tous les meubles qui nous sont nécessaires. Examinons donc, d'une façon générale et aussi brièvement que possible, en quoi consiste au juste le placage, et comment il s'exécute.
Le placage réside uniquement dans l'application, sur un bois relativement commun, de feuilles très minces d'une matière quelconque (bois exotiques, écaille, ivoire ou métal) beaucoup plus coûteuses que le bois destiné, si l'on peut dire ainsi, à lui servir d'excipient.
Pour que le bois commun appelé à recevoir le placage se prête bien à cette opération, il faut qu'il se présente de fil. C'est là une condition essentielle, parce que le bois de bout n'accepte que très difficilement la colle.
Cette colle qui, suivant l'expression même des spécialistes, « est l'intermédiaire dont l'ébéniste se sert pour fixer les feuilles de placage sur les bâtis », joue un rôle considérable dans toutes les opérations de l'ébénisterie. Aussi sa composition est-elle l'objet de soins tout particuliers; et dans les traités consacrés à l'art qui nous occupe, on ne manque jamais de donner d'excellentes formules, soit pour obtenir de bonne colle forte, ou colle de Flandre, à l'aide de rognures de peaux d'animaux, de sabots et d'oreilles de bœuf ou de cheval, soit pour confectionner de bonne colle d'os, qu'on fabrique en faisant bouillir des os, de façon à détacher la gélatine qu'ils contiennent. Ces traités spéciaux, auxquels nous renvoyons le lecteur, expliquent également que la colle d'os est plus homogène que la colle forte ordinaire, et par cela même beaucoup plus tenace. Mais cette ténacité, précieuse surtout pour les assemblages,