‹ L'ébénisterieChapitre 16 sur 24 · Voir notre volume sur la Me · texte numérisé non relu

Voir notre volume sur la Me

nuiserie.

rend son emploi plutôt gênant, quand on se borne à exécuter des placages.

Enfin, il n'est pas jusqu'à la consistance de cette colle liquéfiée au bain-marie, qui ne soit à considérer, et qui ne doive être modifiée, suivant la rapidité plus ou moins grande avec laquelle l'ébéniste conduit son travail. L'ouvrier qui opère lentement a besoin, en effet, d'une colle plus fluide que celle dont devra se servir un camarade plus expéditif.

Fig. 42. — Commode exreutt'c par Boulle. (BIBLIOTHEQUE MAZAKINE.)

La température de l'atelier dans lequel on travaille n'est pas elle-même indifférente. Le froid faisant en hiver coaguler très rapidement la colle, on ne peut exécuter de placages bien faits que dans une pièce chauffée à environ 15 ou 20 degrés.

Nous voici donc en possession de nos trois éléments essentiels : le bois de fond, taillé de fil, bien propre, légèrement rayé par le contact d'un fer bretté, exempt de toute tache de graisse ou de tout frottement de suif qui empêche-

rait la colle de prendre ; la feuille de matière plus précieuse, également bien nette; et la colle préparée avec soin.

Pour opérer le placage, il nous suffira de frotter rapidement avec une éponge imbibée d'eau la partie extérieure de notre feuille, — si celle-ci est en bois, — c'est-à-dire celle de ses surfaces qui doit rester visible, d'enduire de colle l'autre côté , d'enduire également la partie correspondante du bâtis ou panneau qu'on veut plaquer, et d'appliquer exactement et rapidement les deux surfaces enduites l'une sur l'autre.

Toutes ces opérations ont leur importance. Grâce au

Marteau de placage.

mouillage, la colle n'a pu pénétrer trop avant dans l'épaisseur de notre feuille, et emplir les pores du bois de façon à dilater une de ses surfaces et à la faire gauchir. Déplus, si cette feuille a été roulée et a conservé une courbure plus ou moins accentuée, en la mouillant du côté concave nous lui restituons sa planitude initiale. De sorte que, par suite de cette opération préliminaire, l'application sur le bois de fond de la feuille de placage n'offre aucune difficulté résultant des déformations accidentelles que celle-ci pourrait présenter si l'on ne prenait cette précaution.

Cette application a lieu, suivant les cas, de quatre façons différentes, qui portent les noms de : placage au marteau, placage à la cale, placage au sable et placage à la sangle. Les deux premiers modes sont employés plus spécialement

pour couvrir les surfaces planes. Les deux derniers, pour les surfaces courbes ou cylindriques.

Le placage au marteau. — Ce mode de placage reçoit son nom de l'outil dont l'ébéniste fait usage — c'est un marteau, en effet, dont la panne est sensiblementplus large que celle du marteau ordinaire. Fi°" 44- "~ Pos'tion dl> marteau

sur la feuille plaquée.

Aussitôt la feuille appliquée sur le panneau ou bâtis, l'ouvrier, de peur qu'elle ne bouge, la fixe avec deux pointes ou avec une petite presse à main, et, appuyant la panne de son marteau sur la feuille, il pousse celui-ci en avant, et le conduit jusqu'au bout, recommençant l'opération dans le même sens jusqu'à ce que toute la surface, ayant subi une pression égale, se trouve bien fixée sur sa base, et que la colle qui pouvait se trouver en excès ait été chassée et expulsée par les bords.

Cette façon de procéder réclame une grande dextérité, en même temps qu'une extrême rapidité d'évolution ; car il est indispensable que la colle n'ait pas le temps de refroidir, et qu'elle se trouve aussi fluide au commencement du travail qu'à la fin.

Parfois, surtout lorsqu'il s'agit de plaquer de grandes surfaces, la colle devient

mal coulante. Alors on a recours au fer à chauffer, — masse de fer plate, assez semblable aux fers à repasser des tailleurs , — qu'on promène lentement, et après l'avoir amenée à une température convenable, sur les parties où la colle n'est plus suffisamment liquide ; parties qu'on a eu soin de

Fi«'. 45. — Le fer à chauffer

mouiller auparavant, pour éviter qu'aucun excès de chaleur n'altère l'épiderme du bois.

On voit que ce premier procédé ne laisse pas que de présenter des difficultés sérieuses, et même quelque danger. Sans compter que l'ouvrier, s'il n'est pas très habile, risque de gripper et même de déchirer les feuilles de placage avec son marteau. C'est pourquoi, pour les travaux courants et particulièrement pour les grandes surfaces, on donne la préférence au procédé suivant.

Le placage a la cale, plus régulier dans ses applica-

Fig. 46. — Placage à la cale.

tions, d'une pratique plus rapide, est aussi moins sujet à accidents. Cette seconde méthode emprunte son nom à des plateaux très unis, exactement plans, dressés avec soin dans de belles planches de peuplier de fil1 et sans nœuds, bien d'équerre sur leurs champs, suffisamment épais pour résister à une pression assez forte, et d'égale épaisseur partout. Ces plateaux, nommés cales, servent à comprimer la feuille et le bâtis qui vient de la recevoir.

1. Le rôle de la cale est si important, et son bon conditionnement si essentiel, que pour les ouvrages de prix on se sert parfois de cales en acajou, qui, avec une planitude plus grande, une fermeté supérieure, offrent cet avantage de fournir d'un seul morceau des plateaux d'une plus vaste étendue.

Pour plaquer à la cale, on procède comme nous avons indiqué plus haut pour le placage au marteau. — On humecte la feuille à l'endroit; on l'enduit de colle à l'envers; on encolle ensuite le bois de fond; puis on dispose celle-là sur celui-ci, et on applique la cale sur le tout. Mais comme cette cale ne serait pas assez pesante pour provoquer partout l'adhérence et pour chasser la colle qui

Yig. 47. — Placage à la cale d'une surface courbe.

se trouve en excès, on a recours, dans ce but, à un système de presses, qu'on désigne sous le nom de presses à plaquer. (Voir fig. 46 et 47.)

Ces presses à plaquer, assez analogues aux châssis à coller employés dans la menuiserie, consistent en un châssis rectangulaire, formé de deux traverses et de deux montants assemblés à tenons et mortaises. La traverse supérieure est percée de trous taraudés en pas de vis, et dans chacun desquels une vis à main est engagée. Une fois le châssis, la feuille et la cale disposés comme nous venons

de l'expliquer, on introduit le tout dans la presse, et l'on tourne les vis à main de façon qu'elles serrent fortement la cale. Vingt centimètres plus loin, on recommence l'opération à l'aide d'une autre presse pareillement disposée, et on continue ainsi, de vingt en vingt centimètres.

On abandonne ensuite presses, cales et bois plaqués à eux-mêmes, en ayant soin que l'atelier où on opère ne soit ni trop sec ni trop humide; et au bout de trois ou cinq heures, suivant l'époque de l'année, on peut desserrer les presses et enlever les cales. Le placage est achevé.

Quoique ce mode de procéder présente, avec plus de simplicité, plus de chances de parfaite réussite que le placage au marteau, pour achever et assurer son absolu succès on prend encore certaines précautions utiles. Gomme le but qu'on se propose est — nous l'avons dit — non seulement de provoquer l'adhérence de deux surfaces, mais d'expulser l'excès de colle qui peut se trouver entre elles, il importe que celle-ci ne perde pas, dans un refroidissement trop rapide, son indispensable fluidité. Aussi a-t-onsoin de faire préalablement chauffer la cale devant un feu clair, en faisant bien attention qu'elle soit également chaude sur toute sa surface. En outre, pour empêcher que la cale, ainsi chauffée, en s'imprégnant des gouttes de colle qui suintent parfois à travers la feuille de placage, ne vienne à s'attacher à cette dernière, on frotte la surface extérieure de la feuille avec un peu de savon blanc.

Le placage à la cale est également employé pour les surfaces légèrement courbes. Mais, dans ce cas, la cale cesse d'être plane pour prendre une forme inverse à celle du bâtis que le placage doit habiller, de façon qu'appliquée sur ce bâtis, elle en épouse le contour. Et dans le cas où, par suite de complications, la presse que nous avons décrite ne s'adapte pas très exactement à ce nouveau service, on a recours à d'autres presses plus simples, en forme de C, comme le montrent nos figures 46 et 48.

Placage au sable. — Si les cales bien aplanies, de bonne épaisseur et soigneusement équarries, telles en un mot que nous venons de les décrire, peuvent servir pour exécuter indistinctement toutes sortes de placages sur les surfaces planes, il n'en va pas de même, nous venons de le voir, pour les surfaces fortement recourbées.

Il faut donc, pour chacune de celles-ci, posséder une cale correspondant strictement à l'inflexion que produit sa courbure. Aussi, pour éviter des pertes de temps fâcheuses,

Fis:. 42. — Placage au sable.

est-on obligé de réunir à l'atelier un assortiment assez complet de plateaux présentant des inflexions variées, et dont la forme fournit la contre-partie des moulures ou des ornements qu'on emploie d'une façon courante. Mais, sous peine de limiter ses ouvrages à un nombre restreint de contours, — restriction qui entraînerait une monotonie forcée dans la confection de ses meubles, — l'ébéniste est obligé de chercher continuellement de nouvelles formes et de recourir à de nouveaux profils. En outre , il arrive souvent que les moulures à plaquer ne se développent pas sur un plan droit, mais décrivent elles-mêmes des courbes plus ou moins régulières, comme cela se produit notamment dans les commodes cintrées, les ciels de lit, les fûts de colonnes, etc. Dans ces divers cas, la confection de cales

84 L'ÉBÉNISÏERIE

spéciales, toujours difficile et dispendieuse, devient impossible , et l'on tourne la difficulté en employant le placage au sable.

Pour cela, on prend un certain nombre de sacs en toile très fine et très souple, on les remplit d'un sable très fin, on fait chauffer ces sacs, et, jjj le placage humecté et encollé ayant été dis-

posé sur le bâtis comme il a été expliqué plus haut, on applique ces sacs sur la feuille de placage, de façon qu'ils ne laissent entre eux aucun espace vide. Puis, sur ces sacs, on place une cale plane de grandeur convenable, et l'on serre le tout avec des presses à plaquer. (Voir fig. 48.)

Le placage a la sangle est aussi un procédé économique , rapide et commode , qu'on emploie pour les meubles et les moulures cylindriques, et notamment pour plaquer les colonnes. Sous le règne de Louis-Philippe, on a fabriqué, entre autres ouvrages très ordinaires, des quantités de tables de nuit affectant une forme arrondie. Gomment faire pour plaquer en noyer ou en acajou de pareils meubles ? Employer les cales et les presses? la chose est impossible. Ces dernières, en effet, manqueraient de point d'appui. Là encore on élude la difficulté, en appliquant sur la feuille de placage préparée comme il convient, des sacs de sable fin, et en soutenant et en serrant ces sacs avec une sangle, ou avec une corde que l'on fait tourner autour du meuble. On tend autant que possible cette corde ou cette sangle, et on s'arrange de manière que chaque évolution touche celle qui la précède. Puis, les deux extrémités en étant solidement arrêtées , si l'on craint de n'avoir pas

Fig. 49. — Placage à la sangle.

encore assez serré, on mouille la corde ou la sangle, qui, sous l'action de l'humidité, se contracte, et donne autant de pression qu'il est nécessaire pour chasser l'excédent de colle et faire exactement adhérer le placage.

Ce procédé relativement simple, et somme toute peu coûteux, est également employé pour les meubles à coins arrondis. Toutefois, pour éviter, dans la confection de ces derniers ouvrages, une perte de temps toujours préjudiciable et qui pourrait devenir funeste, on applique sur les parties planes des cales ordinaires, et l'on réserve pour les encoignures les sangles ou cordes, qui pressent sur le tout.

)0. — Panneau plaqué en acajou, avec les feuilles disposées en croix.

Page 1