DES PRINCIPALES MATIERES EMPLOYEES POUR LE PLACAGE
Nous avons dit que l'opération relativement compliquée du placage avait pour point de départ la nécessité de ménager l'emploi de matières coûteuses. Peut-être, avant d'entrer davantage dans notre sujet, serait-il bon d'énumérer ces matières, et d'indiquer les qualités principales qui les font rechercher.
Les unes, comme le cuivre, l'étain, l'ivoire, la nacre, l'écaillé, la corne, l'os, la baleine, ne sont plus guère employées aujourd'hui que dans la marqueterie des petits meubles : coffrets, guéridons, etc., ou pour les contrefaçons de ces buffets et tables exécutés dans le pseudostyle de Boulle, dont la mode a sévi sous le règne de Louis- Philippe et sous le second Empire, et qui depuis lors sont tombés dans un discrédit justifié.
Les autres consistent en bois de diverses provenances, ceux-ci indigènes, ceux-là exotiques. Parmi les premiers, il convient de citer le noyer, l'olivier, l'oranger, le citronnier, le merisier, le poirier, le bois de Sainte-Lucie, etc. La liste des bois étrangers est infiniment plus longue. Elle ne comprend pas moins d'une soixantaine d'essences, qui toutes furent employées, au xvne et au xvme siècle, d'une façon plus ou moins courante, mais auxquelles, pour la plupart, l'ébénisterie contemporaine a renoncé à peu près complètement. Nous avons donné autre part la liste de ces bois exotiques1. Ici nous nous bornerons à mentionner l'acajou, le palissandre, le thuya, le pitch-pin, qui
1. V. Dictionnaire de V ameublement et de la décoration, sous Bois.
sont mis en œuvre par grandes surfaces ; le bois de rose et l'amarante, employés par fragments de taille réduite. Il est très rare de voir d'autres bois utilisés aujourd'hui pour le placage des meubles même les plus soignés.
Acajou. — De tous les bois de placage étrangers, l'aca-
Fig. 51. — Panneau de marqueterie en ébèno, amarante, bois violet, écaille et cuivre, enrichi de bronzes dons.
jou, dont nous avons eu déjà occasion de parler assez longuement (voir pages 64 et suiv.), est, sinon le plus apprécié, du moins le plus connu, et celui dont il est fait le plus grand usage. Autrefois, on le tirait de Malabar. Aujourd'hui on le fait venir d'Haïti, de Cuba, du Honduras, du Yucatan. L'acajou d'Haïti est surtout apprécié. Il provient de la cote de Saint-Dominique et des Gonaïves. Son tissu
est fin et serré. Sa couleur est d'un beau rouge, qui se réchauffe encore avec le temps. Celui de Cuba est plus lourd, mais il a la fibre plus grosse. L'acajou du Honduras et du Yucatan est considéré comme étant de qualité inférieure. L'un et l'autre ont le tissu relativement lâche et la fibre épaisse. Ils sont légers, poreux, et leur couleur, d'un rouge pâle tirant parfois sur le jaune, ne revêt point cette ardente et généreuse patine qui donne à leur congénère d'Haïti un si riche et si rutilant aspect.
L'acajou est importé en Europe sous la forme d'énormes billes. Celles-ci, dans le commerce, sont classées non seulement suivant leur pays d'origine et les qualités intrinsèques qui en découlent, mais aussi d'après les dessins plus ou moins riches que forme la disposition de leurs veines ; et leur valeur marchande se proportionne à la complication et à la richesse de ces dessins. On distingue de la sorte Vacajou uni, Yacajou veiné, Y acajou flambé, X acajou moucheté, Y acajou moiré, Y acajou chenille ou tigré et Yacajou ronceux.
Indépendamment de sa contexture, différente suivant son lieu de provenance, l'acajou voit son veinage varier, suivant la partie de l'arbre dans laquelle la bille est taillée. Ces billes, même, sont divisées en deux classes principales. L'une, désignée sous le nom de bois canon, englobe toutes les fractions provenant du tronc et des grosses branches. L'autre, appelée bois fourche, ne comprend que les parties situées au sommet du tronc, à l'endroit où l'arbre se fiburque en des rameaux divergents. Dans le bois canon, les fibres régulièrement allongées se développent parallèlement et sans s'enchevêtrer; elles offrent, à cause de cela, un aspect assez monotone. Dans le bois fourche, au contraire, prenant des chemins divers, elles forment ces dessins curieux qu'on appelle la ronce; et, si le nombre des branches est grand, la ronce, sujette à être fleurie, gagne en beauté et par conséquent en valeur.
Amarante. — Si nous rapprochons ce bois de l'acajou, c'est qu'il appartient à la même famille. Longtemps, on a
Fig. 52. — Horloge en acajou plaqué, rehaussé de bronzes dorés.
cru qu'il provenait d'un arbre spécial. On sait aujourd'hui qu'il est fourni par une variété du mahogoni. C'est donc un véritable acajou; et comme on le récolte dans la Guyane,
on l'a surnommé dans le commerce acajou de Gayenne. Le bois d'amarante est d'un rouge vineux tirant sur le violet. On en distingue, pour l'ébénisterie, deux variétés : le dur et le tendre. Tous deux ont à peu près la même coloration. Toutefois le tendre n'a que le cœur fortement nuancé. Son aubier est d'un jaune pâle, veiné de noir.
C'est au siècle dernier que l'amarante fit son apparition dans le mobilier parisien. Gressent, le fameux fournisseur du Régent, le mit à la mode. Cet habile artiste exécuta des commodes, des bibliothèques, des bas d'armoire en amarante plaqué , encadré de bois de violette et relevé de bronzes dorés, qui méritèrent tous les éloges.
Palissandre. — Ce beau bois, qu'on a appelé tour à tour bois violet, à cause de sa couleur, bois de violette, à cause de sa très fine et très douce odeur, bois de Jacaranda, à cause de son lieu de provenance, est aujourd'hui tiré du Brésil et de la Guyane. On l'importe soit sous forme de billes non équarries, soit en billes fendues dans le sens de la longueur, soit encore en plateaux assez épais. Sous ces trois formes, le palissandre est extrêmement employé dans l'ébénisterie, et justifie la préférence qu'on lui accorde par ses rares qualités. Il est sec, dur, compact, inaltérable. Son grain fin et serré est susceptible d'un beau poli. Sa couleur d'un brun violacé très foncé, et qui fonce encore avec le temps, est agréable.
C'est dans la première moitié du siècle dernier que le palissandre commença d'être usité régulièrement comme bois de placage. Le développement extraordinaire des échanges, en le faisant arriver par quantités sur le marché européen, s'il ne lui a rien fait perdre de ses remarquables qualités, a du moins grandement atténué son prestige. C'est ainsi qu'il a remplacé dans les mobiliers bourgeois l'acajou discrédité, lui aussi, par son excessive abondance. Pour cette seule raison, ceux qui se piquent de raffinement, le
kffita
dédaignent et donnent la préférence à d'autres bois, qui n'ont cependant ni sa beauté, ni sa durée, ni son incorruptibilité, ni son agréable odeur.
Bois de rose. — Ce bois provient de différentes espèces d'arbres, qui toutes croissent dans les contrées les plus
chaudes de l'ancien et du nouveau monde. Le nom commun sous lequel on les englobe vient de leur couleur qui varie du jaune fauve au rouge pâle. Tous, en outre, ont le grain fin, serré, sont susceptibles d'un beau poli, acceptent admirablement le vernis, et, par le dessin régulier de leurs veines parallèles, se prêtent aux combinaisons du marqueteur.
Le bois de rose est connu et apprécié depuis le xvie siècle. Mais c'est surtout au siècle dernier, qu'il a joui d'une vogue exceptionnelle. Sa couleur tendre, rehaussée de beaux bronzes et combinée avec des encadrements de bois plus sombres, convenait délicieusement aux boudoirs des belles marquises de Versailles et de Paris. On a relevé, dans les anciens inventaires, un nombre considérable de ces meubles coquets et fragiles, exécutés par les ébénistes les plus réputés. Notre époque plus sérieuse semble dédaigner ces ouvrages d'apparence un peu frivole; peut-être est-ce simplement qu'elle est trop économe pour mettre le prix à des travaux exigeant un soin spécial, et qui, par leur nature même, ne supportent pas la médiocrité.
Fis. 54 à 56.
Placages divers en bois de rose.
Le thuya, sans avoir, dans le passé, une histoire aussi glorieuse que le bois de rose, est aujourd'hui presque aussi délaissé et pour les mêmes raisons. Il se recommande cependant par sa belle teinte rousse, tirant sur le verdâtre, et par ses veines brunes très curieusement dessinées. On l'importe du Canada et de la Chine.
Pitch-pin. — De tous les bois exotiques, c'est le meilleur marché; aussi l'emploie-t-on en massif, presque autant qu'en placages. Originaire d'Amérique, il a toutes les qualités du pin européen, avec une fibre plus compacte, une dureté plus grande, une couleur plus riche, un veinage plus varié. Il était à peu près inconnu en France avant 1868, époque à laquelle un fabricant de meubles normand eut l'heureuse idée de confectionner, avec lui, des ouvrages qui, grâce à leur jolie couleur, à leur propreté et à leur prix modeste, conquirent de suite la faveur du grand public.
L'érable est également très usité pour les placages d'une certaine étendue. Les principales variétés qu'on trouve en France sont Y érable sycomore et l'érable à feuilles de frêne. A ces espèces indigènes, plus spécialement employées dans la menuiserie, il faut ajouter Y érable gris ondulé, Y érable moucheté ou à œil d'oiseau, Y érable argenté uni, la loupe de couleurs variées, la loupe d'érable blanc argenté, qui, provenant d'Amérique, offrent des variétés intéressantes, et sont d'un prix très abordable.
L'érable présente une particularité qui le fait réserver pour certains usages spéciaux. Tous les bois que nous venons d'énumérer avant lui se débitent dans le sens de leur longueur. Suivant leur contexture et leur prix de revient, on les scie où on les tranche. L'érable, lui, se déroule, c'est-à-dire qu'on le tranche circulairement, en partant de son épiderme pour atteindre son cœur. Cette façon de procéder, imposée par cette particularité que le cœur de
l'arbre est mauvais , permet d'obtenir des feuilles d'une étendue exceptionnelle. Les plafonds des wagons de chemiu de fer sont souvent plaqués en érable déroulé.
Tels sont les principaux bois exotiques en usage dans l'ébénisterie contemporaine pour les placages. Parmi ceux qui jouirent jadis d'une réputation méritée, nous pourrions citer encore l'aloès, l'agaloche, le bois de calembourg, l'amourette, le bois de Rhodes, le bois de Corail, le bois d'Inde, le jaune clairembourg, le santal citrin, le santal blanc, le satiné jaune, le satiné rouge, et enfin toutes les variétés du fameux bois d'ébène, qui a donné son nom à l'industrie que nous étudions. Mais, nous l'avons dit, ces différentes sortes sont aujourd'hui fort oubliées; et il nous reste à nous occuper des essences indigènes.
De tous nos arbres français, c'est le noyer qui a été le plus généralement employé en placages. C'est, du reste, un bois fort remarquable à tous égards. Il est d'un grain serré, doux à l'outil, très durable avec cela et susceptible de recevoir un beau poli. Pendant la première moitié de ce siècle, il a presque contre-balancé la vogue de l'acajou. Il présente au surplus, quand il est bien choisi, une variété de dessins égale à celle de ce dernier. Comme lui, il est tantôt veiné, tantôt moiré, flambé, etc. Il n'est inférieur à son célèbre rival que sous le rapport de la couleur. Sa teinte jaune fauve, mêlée de brun ou de noirâtre, n'a pas les rutilences superbes des diverses variétés du mahogoni.
Dans le commerce, on distingue deux sortes de noyer : le blanc, relativement commun, et qu'on utilise plus généralement dans la menuiserie; et le noir ou noyer d'Auvergne, réservé pour l'ébénisterie. Les loupes de ce dernier sont parfois d'une rare magnificence de dessin. Au Moyen Age, sous le nom de madré, on les employa spécialement à faire des vases à boire, extraordinairement recherchés.
DE LA FAÇON DONT ON DEBITE LES BOIS DESTINES AU PLA- CAGE, ET DES DIVERSES TEINTURES EMPLOYEES POUR VA- RIER LEURS NUANCES.
Nous avons expliqué, dans le précédent chapitre, que le bel effet produit par les bois plaqués provient, en grande partie, des dessins plus ou moins compliqués produits par leur veinage. Aussi, dans la façon dont les feuilles de placage sont débitées, a-t-on grand soin de trancher les billes de manière que leurs veines se présentent sous leur aspect le plus riche et le plus mouvementé. C'est pourquoi, surtout lorsqu'il s'agit de bois fourches ou de loupes, on scie le bois transversalement à la longueur des fibres, de sorte que les couches concentriques offrent la disposition de rosaces plus ou moins régulières. Quand, au contraire, la partie à débiter rentre dans la catégorie des bois canons, c'est-à-dire appartient au tronc même de l'arbre, alors on tranche le bois obliquement à sa longueur, et de cette manière, les couches concentriques, les nœuds, les déviations de la fibre, forment sur les feuilles des gerbes flamboyantes d'un effet assez brillant. On ne tranche guère le bois parallèlement à sa fibre que si son veinage n'est pas apparent, ou ne peut pas ajouter à la beauté de son aspect. L'ébène noire et le bois de corail sont dans ce cas.
Mais il arrive très souvent que les feuilles de placage, fournies par le bois précieux qu'on débite, ne sont pas de taille suffisante pour couvrir toute la surface qu'on désire plaquer; alors on est obligé d'employer plusieurs feuilles.
L'ouvrage, dans ce cas, n'aurait guère d'aspect, si les feuilles juxtaposées n'offraient des analogies entre elles et ne composaient pas — une fois rapprochées — un dessin sinon absolument régulier, tout au moins symétrique. Aussi, lorsqu'on recouvre un panneau avec deux feuilles, non seulement on a soin qu'elles proviennent du même morceau et qu'elles aient été tranchées l'une auprès de l'autre, de façon à répéter exactement le même dessin, mais encore, en les appliquant sur le bâtis, on prend garde que les
Fig. 58. — Placage d'acajou, feuilles Fig. 59. — Placage de noyer, feuilles réunies en croix. réunies en croix de Saint-André.
tranches analogues se touchent et, lorsque le panneau est vertical, que leur joint, partageant la surface par le milieu, soit bien exactement perpendiculaire au sol.
Si deux feuilles ne suffisent pas et qu'il en faille employer quatre, on a recours à des précautions de même genre. On dispose les quatre feuilles de telle manière que leurs dessins se combinent et que leurs joints forment soit une croix ordinaire, soit une croix de Saint-André. Cette dernière disposition est parfois commandée par la nature même des feuilles de placage, qui gagnent à être taillées en triangle, et perdraient de leur beauté ou de leur étendue si on voulait les ramener à la forme d'un parallélogramme.
La façon dont on tranche les bois de placage n'est pas, du reste, le seul artifice auquel on a recours pour augmenter leur belle apparence. On se sert également de certaines teintures, qui augmentent la beauté des bois exotiques, en exaltant la vivacité de leur nuances, et qui permettent, dans nombre de cas, d'approvisionner la palette du marqueteur, en donnant à certaines essences indigènes, telles que le platane, le frêne, le houx, le peuplier, des nuances variées leur permettant de remplacer, au besoin, des bois plus précieux.
C'est, en outre, à la teinture qu'on a recours pour communiquer au chêne et au noyer la nuance brune et chaude qui, dans les mobiliers dits « de style », joue un rôle si important; et au poirier cette belle teinte noire qui lui permet de simuler l'ébène.
Les principales matières qu'on emploie pour donner aux bois indigènes ou étrangers ces différentes colorations, sont les suivantes :
Pour le rouge : la garance, le campêche , le bois de Brésil, l'orseille, le fernambouc, la cochenille, le rouge d'aniline, le santal, le rocou, l'orcanette, le carthame, etc;
Pour le bleu : l'indigo, les oxydes de cuivre rouge, le tournesol, etc.
Pour le jauxe : la gomme-gutte, le chromate de potasse, la gaude, le quercitron, le cucurna ou safran des Indes, le fustet ou bois-jaune de Hongrie.
Pour le noir : la noix de galle, le sulfate de fer ou couperose verte, le sulfate de cuivre ou couperose bleue, l'encre de Runge, etc.
Pour le vert : divers mélanges des teintes jaunes et bleues mentionnées plus haut, ou encore la couperose verte et le vert-de-gris.
Pour le violet : des mélanges de rouge et de bleu, ou bien le campêche et l'alun.
Pour I'orange : des mélanges de jaune et de rouge.
Enfin, pour la teinte brune, connue sous le nom de vieux chêne : le brou de noix.
Si l'on veut que ces différentes teintures produisent le bon effet qu'on en attend, il faut qu'elles pénètrent les bois sur lesquels on les applique, s'incorporent à leur tissu, mais n'empâtent pas les cellules cependant, et permettent de continuer à distinguer le veinage et les dessins plus ou moins compliqués qu'il forme. Lorsque les bois sont tendres et poreux, comme le poirier par exemple, ils se laissent assez facilement pénétrer dans toute leur épaisseur par la teinture. Mais quand, au contraire, leur grain est très serré et leur nature résistante et dure, on est obligé de ne les teindre qu'après les avoir débités en feuilles de deux millimètres d'épaisseur, pour que la couleur, agissant sur les deux surfaces à la fois, puisse s'introduire à l'intérieur de la feuille. En outre, il convient de ne pas oublier que seuls les bois tout à fait blancs sont susceptibles de recevoir les couleurs claires et les nuances tendres. Encore est-il bon, pour éviter les surprises désagréables, de les débarrasser, dans bien des cas, des principes colorants que naturellement ils renferment en eux-mêmes- Cette opération s'effectue à l'aide d'un blanchiment préalable, c'est-à-dire en imbibant le bois d'un mélange de chlorure de chaux et de soude cristallisée, dissous dans de l'eau, en les lavant ensuite dans une solution d'acide sulfureux, chargée de faire disparaître le chlore, et finalement dans de l'eau ordinaire, qui élimine à son tour l'acide sulfureux. Parfois le mordancage , dont nous allons dire un mot, suffit pour rendre le bois d'une blancheur suffisante.
Plusieurs des matières colorantes que nous énumérons plus haut se fixent d'elles-mêmes dans le bois, et lui demeurent incorporées d'une façon durable. Pour d'autres, au contraire, il faut recourir à l'opération dont nous venons de transcrire le nom, — au mordancage, — c'est-à-dire
qu'il faut faire emploi d'un mordant, pour amener l'union intime de la couleur et de la matière colorée.
Suivant les cas, l'application du mordant précède l'appli-
61 — Armoire plaquée en mosaïque de bois teintés.
cation de la nuance, ou, mélangé avec elle, il est appliqué en même temps. Quant à la mise en couleur, elle peut se faire de trois façons différentes : soit à la cuve, c'est-à-dire
par immersion, soit à l'aide du pinceau, soit en se servant de Y éponge.
L'immersion, qui consiste à laisser baigner dans la teinture les fragments qu'on veut colorer, jusqu'à ce qu'ils aient pris la nuance qu'on désire, est, des trois procédés, le plus sûr et le meilleur. Mais il n'est pas toujours applicable, surtout quand les pièces à teindre dépassent certaines dimensions. Alors il faut recourir au pinceau ou à l'éponge, opération plus délicate et qui exige une certaine habitude, pour que la couleur soit exactement répartie. Enfin, pour que le bois se pénètre bien de la couleur qu'il doit revêtir, et pour que celle-ci se loge rapidement dans les pores, il importe qu'elle soit appliquée non pas bouillante, mais fort chaude.
On comprendra que nous n'entrions pas dans plus de détails sur ces opérations, qui, suivant les cas et grâce à certains tours de main qu'enseigne l'expérience, varient à l'infini. « On connaît plus de quarante manières de teindre en noir, » écrivent MM. Nosban et Maigne1. Sans être aussi nombreuses pour les autres nuances, encore les façons de colorer le bois en rouge, en jaune, en violet, etc., ne laissent-elles pas que de s'élever à un chiffre trop considérable pour qu'il soit possible de les énumérer toutes ici. On en connaît une quinzaine pour le rouge, six ou sept pour le bleu, autant pour le jaune. On en pourra trouver l'explication détaillée dans les recueils spéciaux.