‹ L'Éblouissement RétinienChapitre 19 sur 27 · VE A · texte numérisé non relu

VE A

Il faudra donc tenir compte de ce grandissement dans les résultats de certains modes de pupillométrie. Ces méthodes se divisent en deux procédés, les objectifs et les subjectifs.

Le plus simple des moyens objectifs consiste dans la comparaison de la pupille avec les échelles de Follin, qui comprennent 13 disques noirs sur fond blanc, entre deux desquels on cherche à encadrer la pupille normale.

Un certain nombre de pupillomètres objectifs consistent, comme celui de Follin et Schloesser, en une règle divisée opaque ou translucide, que l’on approche de la pupille à mesurer, en cherchant à mettre en coïncidence les bords de celle-ci et deux divisions de l’échelle. On devine immédiatement que la lecture est très incertaine en raison de la parallaxe, et que de plus les mouvements de l’oeil sont très gênants.

Il est préférable de se servir d’une lunette avec micromètre oculaire, mais les petits et incessants mouvements du globe sont encore très nuisibles. La méthode qui permet de faire la meilleure lecture sans être gêné par les mouvements oculaires est de substituer au micromètre oculaire un dispositif de dédoublement inclus dans la lunette, comme dans l’ophtalmomètre de Javal.

On obtient de meilleurs résultats avec les pupillomètres subjectifs, mais ces derniers ont l'inconvénient de nécessiter que le sujet soit capable de s’examiner luimême, ce qui restreint singulièrement le nombre de mesures susceptibles d’être exécutées.

Tel est le pupillomètre de Fick. Cet instrument, décrit en 1885, se compose de deux petits trous dont on peut

ÉD V (> 2e

faire varier la distance. On regarde ces points à une distance telle que l’oeil n’en puisse former une image nette, c’est-à-dire de très près, et l’on fait varier leur distance jusqu’au moment où leurs cercles de diffusion sont tangents. Leur distance est alors égale au diamètre de la pupille.

Le pupillomètre de Fick a été fortement amélioré par Broca, qui en a donné la théorie correcte, et qui, au lieu de regarder directement les deux points, en forme une image réfléchie sur une glace transparente. Dans ces conditions, l'observateur peut considérer simultanément les points et le fond placé derrière la glace, ce qui lui permet d'étudier sur lui-même l'influence du fond d'adaptation.

Signalons encore la mesure de la pupille par la photographie. Si l’éclair de magnésium est, comme d'usage, assez court, sa durée est inférieure à celle nécessaire à la constriction pupillaire, il ne modifie donc pas la chose à mesurer. Mais il est à peine besoin de souligner que le dispositif nécessaire n’est pas commode pour la pratique courante, qu'il est assez coûteux, et qu'il ne dispense pas de certains calculs de réduction.

La constriction pupillaire a été étudiée par A. Broca, pour déterminer la valeur des différentes sources de lumière au point de vue de l'hygiène de l'oeil. Cet auteur s’est servi, non sans difficultés tenant aux petits mouvements des yeux, d’une petite lunette à micromètre oculaire. Sur un miroir on plaçait un papier blanc, éclairé par la source en expérience. Le patient, regardant un point donné du papier, se trouvait dans des conditions

Era

tout-à-fait analogues à celles d’un lecteur qui a dans son champ visuel indirect une source de lumière, le miroir lui renvoyant l’image de la source en expérience. L’appareil était réglé de façon que le sujet fût environ à 1 mètre du papier et que la source se projetât à 13 centimètres du point fixé. De la sorte, la région de la rétine impressionnée en lumière indirecte était toujours la même, ce qui était nécessaire pour pouvoir conclure. Cette région avait toujours à peu près pour centre le point situé dans le plan horizontal à 10 degrés du point de fixation.

Les observateurs étaient au nombre de cinq. Les résultats ci-dessous sont la moyenne des résultats obtenus, les nombres du tableau correspondent au diamètre des pupilles en millimètres. Les observations ont été faites après un séjour de 20 minutes à l’obscurité. Ci-dessous le tableau réduit, d’après le tableau plus complet de l’auteur.

Nature de la Éclairement du Diamètre source papier pupillaire Lampe au tantale 9,6 4 18,8 3,6 26 3,9 Arc avec globe 9,9 3,6 26,5 3 Arc nu 9,5 2,9 17:57 2,9 20: 2,9 Lampe-Nernst 4,6 3,7 Arc au mercure 10,7 3,4 Arc au mercure 19,4 D)

On voit, d’après ce tableau, que la constriction pupillaire serait en général à peu près indépendante du diamètre apparent de la source. Ceci se vérifie pour la lampe

au tantale l’arc à feu nu et l’arc au mercure. La constriction pupillaire est d’ailleurs dans l’ordre des éclats des sources.

Une exception se présente dans le cas de l'arc muni d’un globe. Dans ce cas, la quantité de lumière reçue par la rétine est grande, mais elle se répartit sur une grande surface. Il semble que, dans ces conditions, la constriction pupillaire augmente quand la quantité de lumière augmente, la surface de l’image augmentant proportionnellement.

Plus tard, en 1924, J. Couvreux, se servant du pupillomèêtre de Fick modifié par A. Broca, a étudié notamment la réaction photomotrice de l'œil désaccomodé pour les grands fondes d'adaptation. Nous donnons ci-dessous un tableau réduit d’après l’un des tableaux plus complets dans lesquels cet auteur représente ses résultats.

Éclairement du fond en lux Diamètres pupillaires Eblouissement 2 millis 400 2,4

Obscurité 05

Si l’on construit la courbe correspondante à ces résultats, on constate qu'elle a deux parties bien caractéristi-

ques, l’une de variation rapide pour les basses lumières, l’autre de variation lente pour les hautes lumières. Il y a là deux modes de réaction tout à fait différents, et c’est pour des éclats correspondant à des éclairements d’une dizaine de lux que se fait le raccordement entre les deux parties. Or, fait encore remarquer l’auteur, la courbe de l’acuité visuelle en fonction de l’éclairement présente elle-même une allure tout à fait analogue. La concordance est frappante et ne saurait être l’effet d’un hasard.

Etudiant encore la réaction photomotrice pour les fonds d’adaptation limités, Couvreux a trouvé que, toutes choses égales d’ailleurs, les fonds dont le diamètre apparent dépasse 5/100 provoquent tous la même réaction. Au-dessous de 5/100, la constriction pupillaire diminue de plus en plus rapidement avec la surface rétinienne éclairée. Il n’a d’ailleurs pas fait usage des fonds éclairés par plus de 500 lux.

Il a vérifié enfin que pour des sources éclatantes placées dans le champ visuel et hors de la vision centrale, jusqu’à des angles de 45 degrés, la constriction pupillaire est encore très voisine de celle qui aurait eu lieu pour un éblouissement près de la macula.

Nous n'avons pas fait nous-même de mesures des réactions photomotrices, puisque nous nous placions surtout au point de vue de l’éblouissement constitué. Et même, à cette deuxième période, et pour éliminer toute variation accidentelle de la pupille dûe à des causes différentes de l’éclairage nous avons fait aussi souvent que possible usage d’une pupille artificielle pour éviter d’introduire une inconnue dans les résultats.

SEL T. Pa

Il est, d'autre part, peu probable que la pupillométrie, mesure qui semble réservée aux habitués de la physiologie, pénètre dans le domaine des éclairagistes, au point de vue desquels nous nous sommes placés. Cependant, on nous saura gré d’avoir donné tout-au-moins quelques indications sur les beaux travaux de A. Broca et de J. Couvreux.

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