DIVISION DE NOTRE TRAVAIL
« L'’ébiouissement visuel, » dit le Dr J. Couvreux en 1926, « est certainement un des problèmes les plus importants que pose la science de l'éclairage ; c’est aussi l’un des plus complexes, car son étude se rattache à la connaissance de la nature intime de nos sensations, connaissance qui aujourd’hui nous échappe encore à peu près complétement. »
« Bien que nous ayons une notion parfaitement nette de ce qu'est l’éblouissement, il n’est pas possible d'en donner a priori une définition précise, pas plus qu'il n’est possible de définir la douleur, par exemple. C’est, âisent les physiologistes, une sensation désagréable, pénible ou douloureuse, suivant son intensité et qui fait qu’on dit : je suis ébloui ; elle est due à une distribution défectueuse ou à une valeur excessive des brillances dans le champ visuel et semble s'accompagner toujours de troubles de la vision.
« Il importe de prévenir ici une confusion constante. Dans le langage courant on désigne sous le même vocable d’éblouissement deux phénomènes tout à fait différents, et qui doivent être étudiés séparément :
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‘ a) l'éblouissement par insuffisance d'adaptation et
b) l’éblouissement proprement dit. »
Dans une communication à l’Académie des Sciences le Dr Emile Haas (4 mai 1931), donne la définition suivante :
« L’éblouissement peut, selon nous, être dit l’ensemble des désordres occasionnés dans l’appareil visuel par l’excés ou par la mauvaise répartition du flux lumineux au niveau de la rétine, pour un état donné d’adaptation du fond. »
« Je distinguerai dans l’éblouissement, » continue le Dr Haas, « deux stades successifs. Le premier, qui provoque les défenses organiques, et notamment la constriction pupillaire, ne dure que les quelques dixièmes de seconde nécessaires à ces réactions. Le second stade lui succède aussitôt, constituant un état quasi permanent, tant que rien ne change dap»s la valeur ni dans la répartition du flux éblouissant. »
« Le premier stade intéresse surtout la physiologie pure. Sa courte durée réduit son importance dans les applications pratiques. Sa mesure ne peut guère se faire que par la constriction pupillaire, ce qui comporte des difficultés et des incertitudes. »
« Dans certaines conditions, le premier stade étant accompli, tout désordre cesse. On peut donc dire que les défenses ont été suffisantes, et que l’éblouissement réduit à ce premier stade ne mérite pas son nom : c’est seulement un passage nécessaire au maintien de l’état d'équilibre mobile auquel on a donné le nom d’adapta-
tion. »
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« D’autres fois les défenses sont impuissantes à empécher l'établissement de désordres permanents. En un mot le second stade est accompli, l’éblouissement est constitué. »
« C’est la forme sous laquelle il est le plus intéressant pour les applications pratiques. Il est naturel alors de le mesurer par laltération des fonctions rétiniennes élémentaires, sens des formes ou acuité visuelle, sensibilité différentielle, sensibilité lumineuse brute. »
A la cinquième réunion de l’Institut d’Optique, tenu le 7 mai 1931, M. le professeur Charles Fabry s'exprime de la façon suivante : « Il n’est même pas facile de donner une difinition entièrement satisfaisante de l’éblouissement. Pour le moment, je me contenterai de la suivante : l’éblouissement est une diminution des facultés visuelles par suite de la présence d’un objet très fumineux se projetant dans le voisinage des objets que l’on cherche à distinguer. »
Dans la même séance, le Dr Faillie déclare, au sujet de l’éblouissement : « C’est le phénomène qui se produit lorsqu'une source de brillance très différente de celle de l’éclairement général se trouve placée dans le champ visuel du sujet ; il se traduit par des troubles visuels, troubles pouvant être très légers, mais pouvant aller jusqu’à la cécité temporaire. »
Enfin MM. J. Dourgnon et P. Waguet, au début de leur rapport à la huitième session de la Commission Internationale de l'Eclairage, s'expriment de la façon suivante :
« Avant de commencer toute étude sur l’éblouisse-
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ment, il convient de définir le régime permanent pour lequel les conditions physiques et physiologiques restent les mêmes pendant toute la durée d’une expérience, et le régime transitoire pendant lequel les conditions physiques et physiologiques sont variables. »
« Prendre, ainsi qu’un certain nombre d’auteurs le proposent, comme critérium de l’éblouissement en régime permanent la variation qui en résulte des fonctions élémentaires de la rétine, revient à assimiler l’éblouissement à une action particulière des éléments rétiniens les uns sur les autres. »
« La notion courante de l’éblouissement fait intervenir des sentiments vagues de gêne et de fatigue auxquels il ne semble pas possible d’attribuer à l’heure actuelle une valeur scientifique. Il paraît néanmoins que ces sentiments ne dépendent pas uniquement de l’action réciproque des éléments rétiniens les uns sur les autres mais aussi de l’action directe de la lumière sur l’élément directement impressionné. »
« Quoiqu'il en soit, cette action réciproque joue certainement un rôle fondamental dans les phénomènes d’éblouissement, et comme elle permet seule une difinition précise de l’éblouissement et des mesures rigoureuses, les auteurs du présent rapport proposent des’en tenir pour le moment à ce point de vue. Ils considèrent pour diverses raisons que le sens lumineux doit fournir un meilleur critérium que le sens des formes. »
Si l’on compare les citations qui précédent, un certain nombre de conclusions s'imposent, que nous énoncerons maintenant, en empruntant l'esprit et bien sou-
vent la lettre aux leçons faites sur l’éclairage par le Dr Emile Haas à l’Insritut de Technique sanitaire.
En premier lieu, tout phénomène physiologique doit être défini quant à sa nature avant de l'être quant à sa grandeur, ou quant à la grandeur de ses causes ou de ses effets. Il faut donc d’abord définir l’éblouissement comme phénomène oculaire avant de le définir par la grandeur de ses causes ou de ses effets.
Deuxièmement, il est naturel de rapporter les causes de l’éblouissement à la rétine, (sous la forme de flux pénétrant dans l’œil, ou d’éclairement des images rétiniennes), et non pas, d'emblée tout-au-moins, aux objets extérieurs (sous la forme de brillances). Nous savons bien que l’éclairement des images dépend de la brillance des objets, mais il dépend aussi de la grandeur de la pupille, et d’ailleurs c’est l’éclairement des images qui seul intervient directement dans l’éblouissement.
Troisièmement, la définition de l’éblouissement n’a de sens que pour un œil pris dans un état donné d’adaptation. Telle lumière qui m'éblouit si je sors d’une pièce obscure me laisse indifférent si je séjourne depuis longtemps dans une pièce suffisamment éclairée.
Quatrièmement, il faut bien distinguer entre le premier et le second stade de l’éblouissement, tels qu'ils peuvent être compris selon la citation ci-dessus du Dr Haas.
Cinquièmement, il faut séparer avec netteté, comme le fait cet auteur dans ses leçons, et comme il est d’ailleurs naturel de le faire lorsque l’on connaît les faits classiques de contraste successif et de contraste simul-
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tané, les phénomènes d'éblouissement successif, qui se rattachent aux premiers, et les faits d’éblouissement simultané, qui se rattachent aux seconds. Cette distinction essentielle semble pourtant avoir souvent échappé aux éclairagistes purs, qui semblent surtout impressionnés par ce qu'ils appellent le mécanisme d’action réciproque des éléments rétiniens les uns sur les autres.
Sixièmement, les critères de l’éblouissement doivent être recherchés dans les trois fonctions élémentaires de la rétine : sens lumineux brut, sens différentiel, sens des formes. L'avenir, dit le Dr Haas, montrera si l’une des trois est préférable pour certains buts particuliers. En attendant, 1l faut les étudier toutes ies trois, puisqu'elles sont toutes les trois accessibles à la mesure, et que les troubles que l’on peut constater dans l’une quelconque d’entre elles ont un rôle dans l’un quelconque des actes de la vision.
Le Dr Haas fait également remarquer qu’il y a intérêt, chaque fois que cela est possible, à étudier l’acuité visuelle d’une façon un peu particulière : non point comme on le fait généralement, en haute lumière, mais sous la forme de mesure de la brillance liminaire correspondant à la définition d’un augle donné. Aïnsi la mesure devient une mesure de seuil, beaucoup plus précise.
En résumé, nous nous guiderons, dans le plan de ce travail, sur la définition et les conseils de M. Haas :
« L'éblouissement, dit cet auteur, est l’ensemble des désordres occasionnés dans l'appareil oculaire par l'excès ou la mauvaise répartition du flux qui rencontre la rétine, prise dans un état donné d'adaptation. »
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Nous décrirons d'abord les grandeurs et unités photométriques à l’aide desquelles on peut caractériser les causes physiques de l’éblouissement.
Ensuite nous rappellerons la définition des sensibilités rétiniennes élémentaires, ainsi que les processus de l'adaptation.
Nous n'insisterons que peu sur le premier stade de l’éblouissement, dont nous n’avons pas eu le dessein de faire l’objet essentiel de cette étude, mais il ne sera pas possible de passer sous silence son phénomène le plus caractéristique, la constriction pupillaire, puisque cette constriction de défense a présicément pour effet de régler le flux pendant le second stade.
Ensuite, à propos de l’éblouissement successif, et à propos de l’éblouissement simultané, nous décrirons les altérations, des trois fonctions élémentaires de la rétine, tant les altérations qui nous sont connues par les expériences des auteurs, que celles qui résultent de nos recherches personnelles. Ce cadre rigide est le seul où l’on puisse ranger commodément les faits signalés par les différents chercheurs, et, retrouver facilement ce que l’on désire.
Enfin nous signalerons pour mémoire un certain nombre de recherches sur la fatigue psychique, sur les modifications des réactions psycho-motrices, et sur le rendement du travail indutriel avec et sans éblouissement. Encore que ces critères ne soient pas des critères directs, tels que peut les désirer un ophtalmologiste, il serait très injuste de ne pas les considérer comme légitimes, et susceptibles de rendre des services dans l'application à l’industrie.