Fête votive, en Gascogne
sait la cour de cris aigres et nasillards, de battements d'ailes. Dans le chai, calées sur les tins, quatre barriques devin d'Armagnac montraieni leurs panses, et, derrière elles, sur une planche clouée à la muraille, s'alignaient les pots d'eaude-vie nouvelle que la Silote était allée chercher elle-même, en contrebande, dans un proche village du Gers.
Le dimanche et le mercredi, jour de marché, Fnuberge regorgeait de gens. On y buvait du vin à deux sous l'heure. Des femmes offraient aux buveurs des corbeilles de lourds massepains et de tortiilo7is dorés en forme de couronnes, qu'ils trempaient dans leurs verres épais. Certains, dès la première demi -heure, avaient vidé leur troisième chopine et demeuraient là, les coudes sur la table, affalés contre le mur, regardant devant eux, sur la route, les joueurs de quilles aux bras nus lancer leurs maillets.
Un quinconce de grands platanes étendait son ombre mobile en face de l'auberge, de l'autre côté de la route, et menait aux arènes de taureaux, dont les gradins de bois, soutenus par des entrelacements de poutrelles rouges et noires, se découpaient, entourés de larges feuillages, sur l'azur ardent du ciel.
La rumeur du marché arrivait par bouffées,
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|us([uVi rauberge où, un instant, dans la tor|)eur écrasante du soleil, se taisaient les voix. Alors, dans ce demi-silence bourdonnant de mouches où le cliant des cigales crépitait, égal, strident, inlassable, un bruit sec de raaillet fauchant les hautes quilles d'un jeu proche retentissait, faisant tressaillir les buveurs attablés. Ils se levaient, la veste sur Tépaule, le béret de travers, mâchant leur cigarette éteinte, et s'en allaient vers le groupe attentif qui environnai!, les joueurs. Les plaisanteries échiî aient à la ronde.
— Combien comptes-lu de quilles, Peignen?
— Douze, pardi!
— Tu les vois double -- à travers un chopet devin!...
— Elles sont bien douze... avec leur ombre?
La Silote s'était assise sur le seuil, à Tombre du rameau de pin. Elle caressait doucement un gros chat gris ocellé de taches fauves, qui ronronnait dans le creux chaud de sa jnpe; elle le retournait sur le dos, grattant avec précaution son cou renversé, effleurant son mufle rose et noir, ses oreilles couchées, — ses doigts s'arrêtèrent sur les longs yeux à demi clos où fusait uiie mince ciartc verte.
Le chat, tout à fait heureux, ne bougeait phis. Alors elle tira de la poche de son tablier un morceau de lard enveloppé de papier jaune et frotta délicatement le dessous de ses pattes tendues et raidies par l'énervement des caresses. Les ongles rétractiles se contractèrent à peine. Comme elle achevait de les frotter doucement, un formidable éclat de rire jaillit derrière elle. L'animal, terrifié, se retourna, ramassé, le poil droit, la queue battante, et comme elle le retenait encore, il ouvrit ses griffes nerveuses, zébra la main qui arrêtait son élan et disparut, d'un bond énorme, par le trou rond percé au bas de la porte qui s'ouvrait sur le couloir,
Barransan, le Teneur de corde, la considérait d'un œil malin.
— J'avais toujours pensé, naïf que je suis, que tu gardais le lard pour frotter ta poêle aux jours de crêpes, vieille gourmande, — et tu en frictionnes les pieds de ton chat. Est-ce que ses sabots lui font mal?
— Chut!... tais-toi, vilain oiseau bavard, tu ne sais pas?...
— Eh bien? quoi?...
— J'ai acheté ce chat, je Tai payé avec une paire de poulets, parce que les rats mangent le maïs de la volaille, mais il ne veut pas rester
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dans la maison. On y fait trop de bruit. Les chats aiment le calme. Alors il s'en retourne chez lui, tous les soirs. C'est la troisième fois qu'on le ramène... Et quand un animal de son espèce fait ainsi, il suffit de lui graisser les pattes avec du lard, et du temps qu'il se lèche avec soin, se barbouille, ou se débarbouille, il trouve que sa salive est bonne, il prend goût aux choses de la maison et ne songe plus jamais à s'en aller.
C'est égal, acheva-t-elle en poussant un juron de colère, tu es cause qu'il m'a joliment griffée, toi ! ... Et elle étancha les goutelettes de sang qui perlaient à sa main brune avec un coin de son tablier.
Barransan s'avançait, s'épongeant le front d'un grand mouchoir à carreaux. Sous le pantalon de toile blanche saillaient ses jambes musclées, agiles encore malgré le poids du corps athlétique qu'elles portaient. Il retenait d'une main sa veste jetée sur l'épaule, et sa large ceinture de laine écarlate tranchait violemment sur la blancheur éclatante de la chemise qui bouffait,
11 jeta un regard distrait aux joueurs de quilles, traversa les allées de platanes qui menaient aux arènes. On avait réservé, tout au
milieu des grands arbres, une clairière où s'élevaieiil les amphithéâtres, de sorte que les ramures horizontales aux larges feuilles palmées s'étendaient au-dessus des gradins, formant un auvent d'ombre mouvante et trouée de soleil.
Comme il quittait Tallée principale, son nom, lelé à pleine voix par un enfant, le fit s'arrêter. II se détourna. Un large sourire d'aise éclaira sa face cuivrée.
Une troupe de jeunes drôles de sept à douze ans jouait « d la Course », le jeu préféré des enfants du pays, entre la Garonne et l'Adour. L'un d'eux, trapu et fort, tenait dans ses petits poings fermés de courts bâtons aigus, affilés au couteau. C'était le taureau Lancetero^ l'une des plus redoutables bêtes du troupeau de Lomprè. Il fonçait droit, par bonds, sur une troupe de petits camarades qui, eux, le jarret tendu, les bras levés, le sifflaient en risquant des feintes.
Quelques poutrelles dressées contre un tas de planches formaient le toril où des taureaux bipèdes étaient en train d'aiguiser leurs cornes en bois de chêne, en attendant leur tour. D'ailleurs ils alternaient volontiers leur rôle d'écarteur ou de bétail, échangeant vite le nom d'une vache espai^'nole pour celui d'un toréador landais. Et cela donnait lieu à de violentes querelles, cha-
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cun se jugeant digne d'usurper le nom d'un homme renommé par son agilité ou sa bravoure.
— Barransan ! Barransan ! fais donc sortir la CapitanUy — moi, je Técarle à la mountadel criait, en trépignant d'ardeur, un petit de sept ans à peine, rouge et bouclé.
Pour le coup, Barransan, le vrai, s'arrêta. Il è'.ait maintenant plus qu'amusé. Une sorte d'attendrissement provoqué par une légère ivresse l'amollissait un peu. Il voulut voir sortir la Capitana. C'était un robuste garçon, d'une diziiine d'années, celui-là, qui portait bas les cornes — deux poinçons de bois dur, acérés, pareils à des couteaux.
Le petit écartear, bravement campé, attendait. Ses camarades à l'entour s'étaient espacés, attentifs. Soudain il y eut un choc. La CapUana lancée à fond de train avait touché le brave petit homme et le roulait dans la poussière.
— Assez ! assez ! cria Barransan qui craignait que cela ne durât trop pour le petit. Et il empoigna le grand, d'une main, au col; — sous ses gros doigts les muscles se gonflèrent et la CapUana, se retournant, hurla en gascon : — Grand lâche, tu prends par derrière! Tiens, voilà!.. El le Teneur de corde reçut en plejne ceiiiluœ un violent coup de corne de bois. II
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riposta d'une taloche, et la CapUana roula à terre en mâchant des injures, les yeux pleins de larmes derago, et brandissant d'un poing noueux ses cornes menaçantes. Déjà elle se relevait, souillée de sable, et marchait vers le groupe des autres en criant de toutes ses forces :
— La course n'a pas cessé, — gare ! je ne suis pas rentrée au toril!...
Mais le drôle s'arrêta net, comme cloué par la surprise.
Un homme vêtu de toile blanche, coiffé d'un grand feutre gris, débouchait au carrefour par l'allée montant aux arènes.
— Té y Florian! espie toun paï — heï enta et.., qu'et baillera Mén un so ! (Tiens ! Florian ! regarde ton père ! va vers lui, il te donnera bien un sou), chuchotaient-ils dans le groupe. Et Florian, le petit écarteur blessé dont le nez saignait, écorché, dans la face blanche de poussière, se releva, secouant son béret, et Toeil espiègle, boitillant un peu de ses blessures, trottina vers le « monsieur ».
En le voyant accourir. Floréal Lugat eut un geste d'ennui, l'envie de tourner le dos et de fuir. Mais il rencontra les yeux de Barransan fixés sur lui. Il mâcha nerveusement un cigare et l'alluma.
— Bonjour, papa ! dit le petit.
— Tu te trompes, je ne suis pas ton père...
— Si fait, maman me Ta dit.
— Et qui est-elle, ta maman?
— C'est la Maria de Bernadère.
— Et quel âge as-tu?...
— Sept ans demain...
Floréal eut Tair de réfléchir un instant. La vue de cet enfant ne le troublait pas outre mesure, mais il songeait à la mère, une belle fille blonde qu'il avait connue à dix-huit ans, et qui s'était donnée à lui un soir de fête. Cette image ne fit que passer et s'effaça. Ce fut Valéria qu'il vit, heureuse, ses rouges lèvres offertes aux baisers de Simounet. Il mordit sa moustache et reprit d'une voix songeuse :
— Sept ans, déjà? Maria de Bernadère? Oui, ça se peut bien que tu sois de moi ! Tiens, voilà de quoi faire la noce après-<Iemain, le jour de la Bote... Et il lui jeta une poignée de sous où brillaient quelques pièces d'argent.
Barransan, accoudé au tronc énorme d'un platane, les regardait.
Le rire frais de Tenfant sonnait sous les feuilles, mêlé au tintement des sous qu'il comptait sur un banc de pierre, et le cri saccadé des ci^^ales bruissait, si violent, dans les hautes
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branches, qu'il semblait le pélillemenl du soleil.
Ils causaient tous deux dans l'arène, à voix basse, après en avoir examiné la piste rectangulaire, les barrières et les gradins.
— Voyez-vous, monsieur Floréal, tout sera bien ainsi. Je craignais que les loges ne fussent étroites, — mais non, — tenez! il vaut mieux que la bêle n'ait pas trop d'espace afin qu elle ne se couche pas. Certaines s'embarrassent dans la corde et se salissent — et puis ce n'est point comme si elles devaient y séjourner longtemps.
— Oui, oui, vous avez raison, Barransan, répétait machinalement le jeune homme dont les yeux durs regardaient sans voir.
— Ça n'a pas l'air de vous intéresser beaucoup, monsieur Floréal? Pourtant, c'est votre bétail qui va courir.
Barransan avait souligné sa phrase d'un geste large, et le fixait à la dérobée d'un œil malin.
— Ah! oui, mon bétail! Celui de mon frère, de Simounet, tu veux dire? Moi, je ne m'en occupe pas... Si je m'en occupais, voyez-vous, je ferais mieux les choses pour ceux qui travaillent, pour vous autres écarteurs, teneurs de corde et vachers. J'aimerais m'en occuper avec un
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homme comme loi, Barransan, mais avccSimounet... jamais!... Je ne sais seulement pas le bélail que vous avez choisi...
— Simoiinet Ta Irié avec soin, malgré qu'il songe plulôl à la date de son mariage qu'à celle de la course.
— Ah! il va... se marier... avec?...
— Oui. il ne vil plus que pour cette fille. Mauvaise afl'aire, à mon avis. Elle ne lui apportera pas un sou. Elle n'a que de beaux foulards. 11 est vrai qu'elle est bien jolie...
Barransan fit claquer sa langue en connaisseur, comme s'il eût goûté un vin précieux cl de sa main dessina en l'air un geste de caresse amoureuse, au long de l'invisible corps qu'il évoquait.
— Mais il faut être riche pour se payer ces femelles-là, et lui sera pauvre, car elle lui mange tout, — son argent et même sa force. Ils se tuent tous les deux. . .
— Ah!... et ces courses donc? articula, d'une voix enrouée de colère contenue, Floréal qui soufi'rait d'entendre ces choses.
— Oh! ce seront de belles courses. Les dix loges de face s'ouvrant directement dans l'arène, sous les tribunes des premières, seront habitées par dix des meilleures bêtes : huit
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vaches, dont quatre nouvelles qui paraîtront sans cordes et fourniront une course brillante, puis deux taureaux de Colnaenar : Zapatéro et Lancétero, les plus dangereux du troupeau. Il faut inaugurer dignement les arènes neuves.
— Et la Capitanaf cette vieille vache fourbe, y sera-t-elle?
— Oui, mais c'est moi qui tiens la corde !
— C'est égal ! Il n'y en aura pas beaucoup pour récarter, elle se retourne sur l'homme, ou s'arrête à deux pas et ruse sur la feinte...
— Si je voulais, avec elle, je les ferais tous tuer! tous...
Il eut un gros rire.
Malgré que le soleil disparût au bout du grand plateau de sable, derrière les pinadas, les cigales chantaient toujours.
Toute l'arène était dans Tombre. Mais, sur le ciel d'une limpidité soyeuse et qui semblait, pareil à une eau bleue, couler entre les cimes des platanes, les hautes branches gardaient encore l'éclat doré du jour.
Alors, brusquement, tournant vers le Teneur de corde sa face tendue, crispée, devenue blême, et les deux mains posées sur ses larges épaules, Floréal lui souffla d'une haleine :
— Je suis riche, j'ai le droit de commander!...
Si je le donnais de Tor, beaucoup d'or... cent pistoles... pour laisser toucher un homme, — peut-être mortellement,,. — m'obéirais-tu?... Le regard fourbe de Barransan se déroba. Ses paupières battirent, mais, sous le feu des yeux verdatres qui le fixaient, il les rouvrit à demi et murmura :
— Oui...
Floréal se raidit sous un frisson d'angoisse où il y avait de la volupté :
— Et tu sais qui?...
— Oui... Simounetho
L'air était d'une chaleur voluptueuse. Une lente brise du sud soufflait toujours, pleine d'odeurs de foins coupés et de résine: Juillet torride brûlait les herbes et la pelouse jaunie ne gardait qu'un espace de gazon encore vert au pied des chênes dont l'ombre noire avait arrêté le feu du soleil.
Au delà du grand lac d'or pâle que formaient les champs de seigle, s'étendait le désert de roses bruyères.
Des hommes aux chemises blanches et bleues, le visage brûlé sous le béret, moissonnaient les champs de Lomprè, et des femmes, coiffées du grand chapeau de paille de seigle en usage dans la Lande orientale, les suivaient,
pas à pas, courbées vers les sillons dont le sable chaud comme la cendre d'un brasier était jonché d'épis mûrs sous les faucilles. Quand le soleil tomba, derrière la pinède dont les cimes semblèrent bleuir, et dont les troncs, espacés en allées profondes, se découpèrent comme de noires colonnades entaillées de vermeil sur la flamme de Touest, Valéria, qui demeurait débouta Torée du champ, jeta sa faucille, enleva son chapeau fleuri d'une immortelle et regarda vers la maison .
Elle se dessinait ainsi, mince et haute, au crêt du talus de sable, sur la splendeur du ciel.
Ses vêtements étaient imprégnés de lumière. Sa chemise largement ouverte dénudait le col robuste, et comme elle portait une main aux cheveux, pour en réparer le désordre, son bras relevé et nu se teignait d'or.
Un sifflement aigu la fit tressaillir. Le troupeau sortait sur le pâtis entouré de palissades, Modestin le suivait, escorté de ses grands labris. 11 passait près d'elle, de l'autre côté de la barrière. Elle feignait de ne le point voir. Depuis la scène du parc, il semblait ne plus exister pour elle, et lui se mourait de désir. Il était là, debout, la regardant de ses yeux de fièvre. Son visage amaigri avait une telle expression de douleur passionnée et farouche qu'elle eut
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presque penr. Elle comprit que le souvenir de sa chair l'alTolait. Il la nomma d'une voix Iremblantc, afin qu'elle abaissât son regard sur lui :
— Valéria?...
— Que me veux-tu, petit?...
Ce mot, qu'il eût aimé dans la bouche d'une autre, lui sembla l'injure choisie pour l'humilier encore, — comme si son silence ne suffisait point. Elle l'appelait petit — et lui se sentait un cœur d'homme pour l'aimer et des bras de lutteur pour la prendre, ployer sa taille lascive et Tétreindre jusqu'à la briser.
Il ne répondait rien. Les mots ne lui venaient pas devant elle, mais comme elle étendait la main pour saisir son chapeau sur une toulTe de grandes fougères poussées au revers du talus, il saisit son bras, son beau bras doré, maladroitement, les doigts crispés et raides, car il avait peur de serrer avec trop de force, et il appuya brusquement ses chaudes lèvres sui la peau nue, au-dessus du coude, où perlaient encore des gouttelettes de sueur.
— Tais-toi! grand pecq!... fît-elle dans un léger rire. Si tu y reviens jamais, je le dis à Simounet... Tiens! une vache dans le seigle^ cours...
Le vacher détourna la tête et bondit vers le
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troupeau en poussant de grands cris rauques, qui soulageaient un peu son cœur.
Le crépuscule baignait la terre d'une clarté mourante qui s'éternisait sur les champs, une clarté faite de lueurs jaunes et blanches où tranchait la sombre verdure des feuillages.
Les cigales cessaient de chanter.
Simounet s'était allongé dans l'herbe chaude, sur le pâtis, au pied de l'un des grands chênes. Il avait soupe frugalement d'une tranche de jambon cru, et fumait une cigarette dont les petitsnuages blancs floconnaientdansl'air léger.
— Simounet!... Où es-tu?... cria Valéria sous l'auvent. Veux-tu des cerises?
— Apporte-m'en.
— Mais où es 4u?
— Viens.,, il fait bon sous les chênes.
Elle s'avança, pieds nus, traversant le gazon jauni, et comme elle dépassait le jeune homme, (ne l'ayant pas aperçu, couché de tout son long derrière le premier arbre), il passa une main sous sa jupe, empoigna haut sa jambe qui était ronde et belle et la fit choir tout contre lui, tandis qu'elle poussait un cri de surprise joyeuse. Toutes les cerises qu elle portait au creux de ses mains roulèrent dans l'herbe.
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— Là!... où sonl-olles, mainlenanl, tes cerises? gnmd pèguas^l écrasées sans doule... et pleines de sable...
— Elles craqueront davantage...
11 avait pris sa taille libre sous la jupe de colonnade légère et la serrait contre lui. Il appuya ses lèvres sur les siennes, une cerise juteuse et sucrée emplissait sa bouche, et il but^ longtemps, dans ce baiser, Thumide saveur de sa chair amoureuse et le sang pourpre du fruit mûr- Une lassitude délicieuse les engourdit dais les herbes.
Au delà des chênes ombreux, il faisait jour encore.
Debout maintenant, adossé au tronc rugueux, Simounet roulait une seconde cigarette et regardait, étonné, vers Foccident.
L'air était subitement devenu frais. Sans doute, un grand orage avait passé là-bas, sur la mer. Une clarté d'un rose glacé d'aurore demeurait sur les bois de pins. 11 ne s'expliquait pas ce reflet attardé du soleil. Neuf heures sonnaient lentement à la pendule de la maison.