Chiens dô bergtr
arabe, à queue floltante, aux sabols vierges du ici' et dont le pas allongé le berçait durant des heures au milieu de ses pignadas ^
Il visitait ainsi ses quatorze métairies, et leurs champs de seigle, ses bois de chênes sur les pentes des combes, ses immenses forêts de pins, et ses landes do rase bruj^ère où paissaient de nombreux troupeaux de vaches libres et des. cavales.
Ce matin-là il descendit de sa chambre vers les cinq heures. La maison dormait. Seule la grande cuisine s'éclairait d'une flambée joyeuse dont les reflets dansaient au mur, léchaient les lourds chaudrons de cuivre rougeoyants et s'allongeaient en nappe de lumière, de Tâtre au seuil.
Une femme allait et venait, d'un pas silencieux et vif. C'était Marinette, sa servante, une Landaise de quarante ans à peine, fraîche encore, alerte et grasse, car elle ne s'était point desséchée au soleil comme celles de sa race employées aux travaux de la terre et dont la beauté s'efl^ace après la vingtième année. Elle avait de beaux yeux noirs, une peau très blanche, ia gorge lourde et les bras fermes. Ses cheveux
i. Forôtsde pina.
LÏXARTEUR 3
(Vuii brun mat formaient des bandeaux sous le foulard de soie noire qui, épingle au sommet de la tcle, bouffait jusqu'au frwit et retombait derrière, en flottant un peu sur Tépaule.
Elle paraissait grave en accomplissant sa besogne quotidienne, d'une sagesse de gestes qui contrastait fort avec la turbulence effrontée des deux filles qui l'aidaient.
Mais comme Pouyabère, sur le seuil, faisait sonner le talon de ses bottes éperonnées et lui jetait un gaillard bonjour, elle se retourna vivement et sourit. L'éclat de ses dents rajeunit son visage. Elle avait à la main une lourde lampe. Elle se haussait, les bras levés, pour la suspendre au fil de fer attaché à la poutre maîlresse de la salle. Pouyabère s'était glissé derrière elle. Il emprisonna sa gorge au creux de ses mains, la renversa contre lui, et, l'œil rieur, lui murmura, en gascon, près de l'oreille :
— Aucune ne te vaut, Marinette; la brune et la blonde, en paire, ne le remplaceraient pas !...
Pouyabère flalla Fencolure de sa jument, prit l'étrier, s'enleva, se mit en selle, rendit la main, et comme sa bêle, un peu chaude, partait en pointant, il lâcha un juron joyeux, tandis que Jeanti, le domestique, lui criait, familier et goguenard :
— En vérité, maître, vous n'avez que vingt ans!...
Et de fait il se croyait jeune encore. Une légère ivresse montait en lui à sentir vibrer entre ses jambes nerveuses une bête ardente et souple.
Plein de sagesse, il avait su, jusqu'à ce jour, régler sa vie.
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Il était de souche paysanne, fils d'un marchand de bétail, enrichi dans les affaires, et qui s'était marié sur le tard, avec une vieille veuve, propriétaire de grands domaines dans la Lande, d'un troupeau de vaches de course, et de vignobles en Armagnac. Quand il mourut, deux ans après sa femme, son fils César avait vingt-trois ans. Dès ce jour, celui-ci ne quitta plus ses terres. 11 ne pouvait vivre ailleurs que dans celte antique maison de Cerbuë, perdue au milieu des landes, dans une chênaie, sur le revers d'une combe sauvage, où deux ruisseaux captés formaient un large étang.
La route pavée la plus proche était distante de six kilomètres environ. On y accédait par un grand chemin de sable aux ornières mouvantes creusées par les chars à bœufs à travers les bruyères, les ajoncs arborescents et les hautes brandes.
La maison, carrée, massive, aux pierres grises, ornée de deux pignons servant de pigeonnier, à la vaste cour quadrangulaire, au porche surmonté d'un auvent, apparaissait au bout d'une double allé e de chênes énormes, dont les quatre rangs s'espaçaient entre les immenses champs de seigle, fortifiés de talus plantés d'ajoncs, et de fossés.
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Toute maison (le niiiîlre isolée, d'où dcpendent des métairies, est dénommée lou Castcl ^ en Gascogne. Dans ce coin perdu, Gerbue était le château.
Ge malin d'octobre, au soleil levant, se^ pierres s'éclairaient de lueurs roses, et les feuillages dorés des chênes tranchaient, lumineux, sur les horizons bleuâtres que formaient les cimes des pins.
Quand Pouyabère passa sur la jetée de l'étang, une brume flottait au ras de Teau noire. De grands roseaux velus, semblables à des quenouilles garnies de lin, s'élevaient sur les bords. Une arête de rouge calcaire saignait plus haut, entre deux bancs de sable couverts de bruyère en fleurs, puis c'étaient les pinadas mornes, dont les mille et mille colonnes régulières s'enlevaient sur le ciel bleu.
Pouyabère trottait dans les bois, d'un ample trot anglais, dont les battues souples secouaient sa chair heureuse. Ses joues fouettées d'air vii étaient toutes roses. Une chaleur douce le pénétrait. La main gauche refermée sur les quatre rênes, il écartait, de l'autre, les branches épi-