Voir VÉglise chrétienne, p. 48 et suiv
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de la Bible, a une valeur par lui-même et ajoute une nuance au sens. Aquila en concluait que chaque mot hébreu doit être traduit par un mot grec. De tous les mots hébreux le plus vide de sens est sûrement la particule et, qui sert à marquer le régime direct du verbe. Un traducteur grec raisonnable a rempli son devoir quand il a mis à l'accusatif le mot précédé de cette particule. Aquila ne l'entendait pas ainsi. Il rendait systématiquement et par guv, quoique cela ne fît en grec aucun sens. Traduisant, par exemple, le premier verset de la Genèse, il mettait '< que Dieu créa cùv tov oùpavov xal oùv r/jv yvlv » *. Or cette particularité bizarre s'observe toujours dans la traduction grecque du Cohélet qui fait partie de la Bible grecque orthodoxe^. Cette traduction se
1. Saiat Jérôme, Ad Pammachium, de optimo génère interpretandi, Opp., IV, 2« partie, p. 235 (MartiaDay).
2. GrxiZjKoMet,]^. 175 et suiv. Voir surtout £cd.,ii, 17; III, il\ yiu, 8, 15, 17 ; ix, 15; xi, 7; xii, 9, 14. Notez oûfAiraç pour et kol, ix, 1 .
dislingue, d'ailleurs, par une littéralité extrême. Elle a donc été faite sous Tinfluence des idées de Rabbi Aquiba. Est-elle d'Aquila lui-même? Cela est très douteux ; car une version grecque différente de celle-là figurait dans les Héxaples d'Origène sous le nom d'Aquila. Mais Aquila fît souvent plusieurs versions d'un niême livre. Les deux versions, au moins, sont sûrement contemporaines ; car cette bizarre manie de rendre et par aiiv dura très peu de temps. On la trouvait aussi dans la traduction grecque, maintenant perdue, de TApocalypse d'Esdras, ouvrage de la fin du i" siècle de notre ère *.
Il semble donc que le Cohélet ne fut traduit en grec que vers Tan 130 après Jésus-Christ. Cela coïncide avec ce fait qu'on n'en trouve aucune citation chez les écrivains chrétiens du i" et du ir siècle. Pourquoi le Cohélet a-t-il été traduit si
1. Ch. VI, 59, cum seculo, qui est sûrement la traduction de oùv Tov aiwva. Voir l'Église chrétienne, p. 120-122.
tardivement, quand tous les autres écrits hébreux ont passé en grec au m** et au ii® siècle avant Jésus-Christ? Probablement parce qu'il ne faisait pas partie de la Bible à cette époque ; peut-être même parce qu'il n'était pas encore composé *.
Les derniers versets, enfin, présentent quelques particularités qui conduisent à considérer le livre comme le plus moderne des écrits de la Bible hébraïque. M. Nahman Krochmal remarqua le premier que l'ouvrage se terminait en réalité au verset 10 du chapitre xii. Les deux versets qui suivent n'ont aucun rapport avec Touvrage et ont dû servir de clausuie fînalea u recueil biblique, quand le Cohélet formait les dernières pages du volume.
Ce n'est point par hasard que ce petit qua-
1 . Il n'est nullement sûr que le CohéletiXi partie de la supputation générale des livres saints donnée par Josèphe, Conlre Apion, I, 8.
train se trouve fixé h la fin de notre livre, et non à la fin des Chroniques, ou d'Esther ou de Daniel, qui, eux aussi, ont longtemps traîné aux derniers feuillets du volume sacré. L'addition de notre livre au Canon paraît donc un
it^ récent et dont les traces se laissent encore apercevoir.
Le livre ne renferme pas un grand nombre de traits qui puissent servir à tracer le tableau du temps où vivait Fauteur. On voit bien, à son état d'âme, que les vieilles mœurs étaient perdues. La famille est détruite; la femme, à la suite des scandales de Tépoque séleucide et à la veille des effroyables crimes domestiques de Fâge hérodien, est devenue un fléau. Ce qui soutenait l'ancien sage, quand sa philosophie était trop ébranlée, c'était l'espérance de se survivre en ses enfants. La postérité le consolait de la fragilité de la vie individuelle. Notre au-
eur voit dans cette façon de raisonner une
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amère duperie. Que sait-on de ses enfants? Ce seront peut-être des sots, qui vous couvriront de honte et démoliront ce que vous avez cherché à édifier. Le vrai commentaire du Cohélet, ce sont les livres XII et XIII Ae^ Antiquités de Josèphe, ce tissu de crimes et de bassesses qui, surtout, depuis Tan 200 (av. J.-C.) à peu près, compose l'histoire de la Palestine. Les hasidim échappaient à la réalité par leurs rêves messianiques; notre auteur y échappe par son fatalisme résigné et par son goût de la vie raffinée.
Le temple de Jérusalem existait quand le livre fut écrit, et le culte y florissait*. Le sacerdoce était organisé avec un certain pouvoir temporel^. Il y avait des piétistes zélés, qui exagéraient les prescriptions et faussaient la religion par un zèle et une austérité oulrés. Jérusalem était le siège d'une royauté et d'une cour ^, où les gens un peu